Le toro de lidia, est-il petit ou est-il grand ?

par Jeff Pledge

....... Un jour, il y a une quinzaine d'années, en capea dans un bouvaou au bord du Vistre, il m'est sorti un taurillon croisé, d'un an et demi à peine, qui était tout petit. Il avait peur de ce nouveau monde enfermé où il se retrouvait tout seul, peut-être pour la première fois de sa vie. Il fuyait les capes et cherchait l'abri de la clôture, qu'il longeait la tête basse, en jetant des regards méfiants à droite et à gauche. Il a fallu quelque temps pour qu'il se laisse provoquer par une cape, mais cette cape, c'était la mienne, qui n'était pas encore en mesure d'estimer la distance dont il fallait citer l'animal, et de synchroniser les mouvements de façon à ce qu'il s'engouffre dans les plis de l'étoffe.
....... Nous nous sommes rencontrés une bonne douzaine de fois - en tout cas il me semblait autant - et à chaque fois, sans prêter la moindre attention à la cape, il s'est jeté directement sur ma personne, me piétinant avec une confiance chaque fois accrue, et un plaisir idem.
....... Nul n'est trop vieux pour apprendre, et au bout de quelques minutes mouvementées, dont je garde un souvenir clair et pénible, j'ai traîné mon corps jusqu'à la clôture, le jeans plein de sable, la chemise déchirée (encore une...), le corps meurtri.
....... Et le petit taurillon de caracoler en plein centre de la piste, la tête haute, en me regardant avec un certain dédain, pour ne pas dire un dédain certain, dorénavant maître des lieux. Quel culot !
....... Et il avait doublé de taille en quelques minutes.

 

Vœux ferroviaires

par Pierre Rougeot

....... Cela se passait début décembre, nous étions dans un TGV qui nous conduisait à Paris. Quelques litanies d'actualités : un arrêt suite à un incident à un passage à niveau, risque de grèves d'une certaine catégorie du personnel, conditions climatiques, bref la mise en condition pour affronter le stress de la Capitale. C'est à ce moment là que mon portable sonne, je décroche et sort dans le sas d'entrée pour continuer ma conversation.
....... A peine commencée, petite tape sur l'épaule : Monsieur votre billet s'il vous plaît ? Mimiques pour expliquer où se trouve le précieux sésame, mais l'inflexible m'attend. Je retourne à ma place accompagné par mon cerbère, un homme, la trentaine, les cheveux courts de ceux qui vous font oublier l'alopécie, l'air sérieux : force reste à la loi. Je remarque cependant sur la machine électronique qu'il porte ostensiblement en bandoulière que le quidam l'a recouverte d'un drapeau catalan portant un toro de combat (format A4).

....... Ma situation étant régularisée, j'y vais de :

" Je suis aficionado et m'interroge sur votre badge.
- C'est très simple, je suis catalan et je défends ma culture en l'affirmant.
- Personne ne vous interpelle ou vous agresse ?
- Non, mais encore une fois, il me semble indispensable de faire quelque chose…. "

....... Quelques mots encore et le contrôleur repartait à son travail quotidien…
....... Depuis il m'arrive souvent de penser à la détermination simple et évidente de ce Monsieur qui n'avait pas envie que d'autres décident pour lui de sa culture.

....... Même si certains portent des tee-shirts avec CORRIDA NON MERCI sous l'œil bienveillant de journalistes soumis à leurs réseaux relationnels, 2008 devrait être une bonne année !
....... Merci à Lui !
....... Et bonne année à tous !