9 décembre 2008
| De notre correspondant, Benoit Rozès : |
Toréer sans la mort ?
Jeudi 4 décembre - 9h-17h30 au Centre Culturel Gulbenkian, 51 avenue d’Iéna, Paris 16ème Les présentations étaient dans l’ensemble intéressantes, bien qu’un certain nombre d’intervenants ne connaissaient quasiment rien à la tauromachie, certains soutenant la cause contre les corridas avec plus ou moins de véhémence. Les débats se sont tenus sur un ton cordial, mais parfois musclé. Parmi les interventions et les idées soutenues on retiendra tout d’abord celle de Frédéric Saumade (Anthropologue) par laquelle la mort est bien présente dans la tauromachie française avec un paradoxe : en France il existe les courses camarguaises et landaises dans lesquelles il n’y a pas de mise à mort. Or il se trouve que c’est en Camargue et en Provence que se déroulent les corridas avec mise à mort. Nous avons également eu droit de la part d’Elisabeth Hardouin Fugier (Historienne) à un discours traitant de la présence de la mort en tauromachie par l’énumération de faits tirés de récits divers et épars sur toute forme de violence infligée aux toros (mise à mort sommaire dans les fêtes de village, souffrance et agression administrées sans respect). On retiendra la définition qu’elle a donnée du derribo qui consisterait à abattre le toro dans l’élevage en lui plantant une lance sous la queue. Carlos Pereira (Enseignant-Chercheur) a évoqué la mise à mort dans la tauromachie Portugaise au fur et à mesure de l’évolution judiciaire, et de la pensée populaire de la situation économique, en incluant également l’aspect symbolique (la pega des forcados serait une mort symbolique du toro) Anne Marie Quint (Professeur de littérature) a énuméré des extraits de chroniques sur le combat à cheval mêlant la mort dans les combats de toro et les combats Moyenâgeux, constituant un ensemble d’anecdotes. Marie Frédérique Bacqué (Psychologue) intervenant comme regard extérieur, a donné une vision de la tauromachie comme un combat entre force de vie et la mort, et assimile les spectateurs d’une corrida à un public d’enfant qui assisterait à une scène d’amour entre un hyper male (le toro) et un être fémininisant vêtu d’un costume collant au corps et esquissant des pas de danses… Bartolomé Bennassar (Hispaniste), étant absent a fait lire son exposé par Carlos Pereira : la mort du toro est la conséquence logique du combat. Dans les courses camarguaises, le combat est fondé sur l’expérience du toro, et sa connaissance. Dans la tauromachie espagnole, le toro ne peut connaître à l’avance le déroulement du combat sinon il ne chargerait pas de façon neutre. Le toro de corrida ne pouvant être utilisé que pour un combat unique, sa mise à mort paraît logique contrairement aux toros camarguais qui eux sont utilisés pour plusieurs courses. Dominique Fournier (Ethnologue) voit la mort du toro comme un sacrifice qui se justifie par une dimension religieuse et par la volonté de l’homme qui tue le toro de s’élever dans l’échelle sociale. Jean Baptiste Maudet (Géographe) a parlé des différentes tauromachies d’Amérique du Sud : au Brésil, le Coleo, aux Etats Unis, le rodéo et au Chili, le rodéo Chilien. Par rapport à la tauromachie avec mise à mort il y voit des points communs d’une part, le fait que ce soit un spectacle, d’autre part, le risque que prend l’homme lors de l’affrontement. Il y voit également des différences :
Jacqueline Penjon (Professeur de civilisations Brésiliennes) a exposé l’évolution des courses de toros au Brésil. L’idée qui semble être ressortie est que toutes les tauromachies contiendraient de façon expresse, implicite ou symbolique la notion de mort : celle du toro dans la corrida, mort symbolique dans certaines tauromachies ne pratiquant pas le mise à mort, ou mort de l’homme dans la mesure ou il prend des risques en affrontant le toro. Comme toute réunion concernant de près ou de loin la tauromachie, les heurts entre les aficionados et ceux défendant la cause anti corrida n’ont pu être évités. On retiendra la présence et les interventions de Francine Yonnet, José Manrubia, et celle du Président de Séance, Jacques Roux (Sociologue) qui au hasard des discussions a fait savoir qu’il était défavorable aux corridas mais a mené les débats avec une grande objectivité et un respect pour tous. Benoit Rozes |