10 décembre 2008

Le tercio de pique selon Stéphane Fernandez Meca

Photos : Olivier Roques............................................................................................................................ Compte-rendu : Jean-Jacques Dhomps

Stéphane Fernandez Meca et son jeune protégé Alberto Aguilar ont été reçus au Club Taurin de Castres (que j’ai les très grands honneur et bonheur de présider) dans la soirée du 5 décembre.
Ils firent part l’un et l’autre des projets et ambitions de leurs respectives carrières, celles d’empresa et d’apoderado pour Stéphane, celle de jeune matador plein d’envie, de volonté, de pundonor… pour Alberto.
Ce fut tout à fait convivial, sincère, émouvant, passionnant !

Mais, ici, je tiens à reproduire les propos qui s’échangèrent en fin de réunion.
En effet, profitant du jeu des questions diverses de l’assistance, nous avons, le Président ami Guy Tanguy et moi, demandé à Stéphane son avis sur la situation actuelle du premier tiers de la corrida, lui qui, durant sa carrière de matador, s’appliqua de belle manière à le faire aimer au public français.

Voici ses réponses :

« - Le premier tiers se porte très mal, le premier tiers est menacé et nous assistons déjà dans des places qui se veulent importantes à des corridas « non piquées ». Trop d’éleveurs sélectionnent le bétail dans cette perspective. Nous ne pouvons pas continuer comme ça sous peine, après avoir supprimé les piques, de supprimer l’estocade et la corrida elle-même.

- Pourquoi avez-vous expérimenté la pique andalouse à Beaucaire ?

- Les premiers résultats sont difficiles à interpréter et il faudrait poursuivre assez longtemps l’expérience avec contrôles vétérinaires systématiques pour tirer des conclusions statistiques valables d’expériences suffisamment nombreuses.
Mais, je suis déjà à peu près persuadé que la pique andalouse n’est pas très différente de la pique usuelle et risque d’être même plus profondément pénétrante.
J’ai voulu, en réalité, produire un électrochoc, montrer qu’il était possible d’expérimenter un nouveau modèle de pique, « bouger » le premier tiers pour faire évoluer les mentalités.

Un taureau bien piqué, à peu près devant, pourquoi pas avec une pique plus petite ? S’il ne subit pas des rencontres interminables et assassines, il ira deux, trois, quatre fois… au cheval, en étant placé assez loin. Dans ces conditions, il n’arrive pas au troisième tiers exsangue et sans charge. Ça le public le sait mais beaucoup de professionnels refusent de l’admettre. Je voudrais patiemment arriver à montrer que c’est possible. Pour faire évoluer le tercio de pique dans le bon sens, il est indispensable que des professionnels le veuillent. 
Je dois aller doucement car sinon tout le monde va me tomber sur le dos. »

Jeffrey Pledge

A ce moment, Jeffrey Pledge intervient dans le débat pour renchérir en expliquant que, selon lui, la manière de piquer aujourd’hui a pour résultat principal de détruire le taureau brave, de l’envoyer au dernier tiers à peu près estropié. Trop d’aficionados ne savent apprécier sa bravoure que dans la mesure où il s’épuise en poussant droit dans le peto. Alors qu’elle devrait s’apprécier plutôt dans l’allure de sa charge vers le cheval et surtout dans sa capacité à répéter cette charge, avec plus ou moins d’allant et d’allégresse, 7, 8, 9…15 fois !
Pour cela, la pique serait munie d’un butoir (genre limoncillo) juste derrière la pointe d’acier. Les chevaux posséderaient la qualité Bonijol, et les cavaliers devraient être bons, très bien formés, passionnés de leur art. Un piéton se tiendrait toujours en alerte, dans le bon sitio pour un quite immédiat et synchrone afin d’écarter le taureau dès que le picador, juste après l’impact, l’« ouvrirait » vers leur cape tandis qu’il « fermerait » le cheval. Série de brèves rencontres, stratégie de la mobilité, le contraire du lourd bétonnage actuel… Ainsi le tercio de piques retrouverait, selon Jeff, la splendeur qu’il revêtait à la fin du XVIIIème siècle. 

En attendant de revenir à cet âge d’or, nous avons suggéré que des expériences dans l’esprit de Beaucaire puissent se poursuivre avec l’accord de l’UVTF dans deux ou trois arènes françaises. La difficulté, bien sûr, est de recruter les professionnels, maestros et picadors, qui voudront bien s’y prêter.
Pourquoi ne pas expérimenter d’abord dans des novilladas ? Les jeunes novilleros et picadors candidats, si leurs cuadrillas acceptent de les accompagner dans l’aventure (voir syndicat des professionnels) en tireraient, peut être, de la considération, mériteraient un intérêt attentionné.
Dans tous les cas, les aficionados seraient certainement présents à ces rendez-vous !

Jean-Jacques Dhomps
                                                                                   

A Castres le 5 décembre 2008, de gauche à droite : Stéphane Fernandez Meca, Alberto Aguilar,
Marie-Isabelle Auger, Présidente de la Casa de España de Castres, Jean-Jacques Dhomps