Le tercio de pique selon
Stéphane Fernandez Meca
Photos : Olivier
Roques............................................................................................................................ Compte-rendu : Jean-Jacques Dhomps
Stéphane Fernandez Meca
et son jeune protégé Alberto Aguilar ont été
reçus au Club Taurin de Castres (que j’ai les très
grands honneur et bonheur de présider) dans la soirée du 5 décembre.
Ils firent part l’un et l’autre des projets et ambitions
de leurs respectives carrières, celles d’empresa et d’apoderado
pour Stéphane, celle de jeune matador plein d’envie, de volonté,
de pundonor… pour Alberto. Ce fut tout à fait convivial,
sincère, émouvant, passionnant ! Mais,
ici, je tiens à reproduire les propos qui s’échangèrent
en fin de réunion. En effet, profitant du jeu des questions diverses
de l’assistance, nous avons, le Président ami Guy Tanguy
et moi, demandé à Stéphane son avis sur la situation
actuelle du premier tiers de la corrida, lui qui, durant sa carrière de
matador, s’appliqua de belle manière à le faire aimer au public
français. Voici ses réponses : « -
Le premier tiers se porte très mal, le premier tiers est menacé
et nous assistons déjà dans des places qui se veulent importantes
à des corridas « non piquées ». Trop d’éleveurs
sélectionnent le bétail dans cette perspective. Nous ne pouvons
pas continuer comme ça sous peine, après avoir supprimé les
piques, de supprimer l’estocade et la corrida elle-même. -
Pourquoi avez-vous expérimenté la pique andalouse à Beaucaire ? -
Les premiers résultats sont difficiles à interpréter et il
faudrait poursuivre assez longtemps l’expérience avec contrôles
vétérinaires systématiques pour tirer des conclusions statistiques
valables d’expériences suffisamment nombreuses. Mais, je suis
déjà à peu près persuadé que la pique andalouse
n’est pas très différente de la pique usuelle et risque d’être
même plus profondément pénétrante. J’ai
voulu, en réalité, produire un électrochoc, montrer qu’il
était possible d’expérimenter un nouveau modèle de
pique, « bouger » le premier tiers pour faire évoluer
les mentalités. Un taureau bien piqué, à
peu près devant, pourquoi pas avec une pique plus petite ? S’il
ne subit pas des rencontres interminables et assassines, il ira deux, trois, quatre
fois… au cheval, en étant placé assez loin. Dans ces conditions,
il n’arrive pas au troisième tiers exsangue et sans charge. Ça
le public le sait mais beaucoup de professionnels refusent de l’admettre.
Je voudrais patiemment arriver à montrer que c’est possible. Pour
faire évoluer le tercio de pique dans le bon sens, il est indispensable
que des professionnels le veuillent. Je dois aller
doucement car sinon tout le monde va me tomber sur le dos. »
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A
ce moment, Jeffrey Pledge intervient dans le débat pour
renchérir en expliquant que, selon lui, la manière de piquer aujourd’hui
a pour résultat principal de détruire le taureau brave, de l’envoyer
au dernier tiers à peu près estropié. Trop d’aficionados
ne savent apprécier sa bravoure que dans la mesure où il s’épuise
en poussant droit dans le peto. Alors qu’elle devrait s’apprécier
plutôt dans l’allure de sa charge vers le cheval et surtout dans sa
capacité à répéter cette charge, avec plus ou moins
d’allant et d’allégresse, 7, 8, 9…15 fois !
Pour cela, la pique serait munie d’un butoir (genre limoncillo)
juste derrière la pointe d’acier. Les chevaux posséderaient
la qualité Bonijol, et les cavaliers devraient être
bons, très bien formés, passionnés de leur art. Un piéton
se tiendrait toujours en alerte, dans le bon sitio pour un quite
immédiat et synchrone afin d’écarter le taureau dès
que le picador, juste après l’impact, l’« ouvrirait »
vers leur cape tandis qu’il « fermerait » le cheval.
Série de brèves rencontres, stratégie de la mobilité,
le contraire du lourd bétonnage actuel… Ainsi le tercio
de piques retrouverait, selon Jeff, la splendeur qu’il revêtait à
la fin du XVIIIème siècle.
En attendant de revenir à cet âge d’or, nous avons suggéré
que des expériences dans l’esprit de Beaucaire puissent se poursuivre
avec l’accord de l’UVTF dans deux ou trois arènes
françaises. La difficulté, bien sûr, est de recruter les professionnels,
maestros et picadors, qui voudront bien s’y prêter.
Pourquoi
ne pas expérimenter d’abord dans des novilladas ? Les jeunes
novilleros et picadors candidats, si leurs cuadrillas acceptent de les accompagner
dans l’aventure (voir syndicat des professionnels) en tireraient,
peut être, de la considération, mériteraient un intérêt
attentionné. Dans tous les cas, les aficionados seraient certainement
présents à ces rendez-vous ! Jean-Jacques
Dhomps
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A Castres le 5 décembre
2008, de gauche à droite : Stéphane Fernandez Meca,
Alberto Aguilar, Marie-Isabelle Auger,
Présidente de la Casa de España de Castres, Jean-Jacques
Dhomps | |