14 mars 2008

Matador à neuf ans ! Un nouveau petit phénomène !

À propos des enfants toreros

....... Depuis les débuts du siècle dernier, des enfants toreros ont émaillé l'histoire de la corrida comme, par exemple, les frères "Gallo", les frères Bienvenida, les frères Dominguín au Mexique pendant la guerre civile Espagnole, Paco Camino, Emilio Muñoz, Julián López "El Juli", notre Castella...
....... Ils ont été considérés comme de petits Mozarts et, comme le petit Mozart, ils ont connu une enfance bien particulière, à certains égards critiquable.
Mais ils ne l'ont jamais regretté, sont devenus des adultes accomplis, de véritables caballeros (équivalent espagnol de gentlemen), des personnalités très attachantes pour la plupart.

....... Les meilleurs professeurs ne feront jamais de n'importe quel enfant un torero même s'ils parviennent à lui inculquer la technique et lui montrent comment faire des passes. Les véritables enfants toreros sont de rares phénomènes qui possèdent une qualité bien particulière et innée, indéfinissable, que les Espagnols ont parfois appelé par facilité "sangre torera" ou encore, comble de l'insaisissable, "duende". Cela confirme que l'éclatant mystère du toreo prend une dimension universelle et ontologique s'offre à tous, puisque même des enfants parviennent à s'en approcher et parfois à le célébrer.

....... A quoi se reconnaît un enfant torero ? A son plaisir de toréer, à l'entière et saine joie qu'il irradie avec fraicheur naturelle, sans artifice et sans effort, même au sortir d'une voltereta si douloureuse qu'elle lui ferait verser de grosse larmes s'il n'était pas né torero.
....... Ah ! si seulement les tristes individus qui veulent interdire les arènes aux enfants pouvaient comprendre ça !

....... Nous vous invitons à faire connaissance avec l'une de ces petites merveilles d'aujourd'hui.


Traduction d'un message d'Andrés León Martínez à Marc Roumengou

Marc Roumengou qui nous a transmis l'intéressant courriel à l'origine de la présente page, nous précise que son ami Andrés León Martínez est le chef de l'équipe médico-chirurgicale des arènes de Lima (Acho)

9 mars
2008 - Objet : Becerrada* à Lima

Cher Marc,

Le 2 mars 2008, programmé par la municipalité du Rimac ( mairie du secteur de la plaza de Acho ) eut lieu une becerrada avec quatre pensionnaires de la ganadería Apostol Santiago, propriété de Nazario Villafuerte, l'un des organisateurs à Acho et père du matador Freddy Villafuerte.
Etaient à l'affiche Michelito Lagravère dont il se dit qu'il est âgé de 9 ans et le Péruvien Andrés Roca Rey " El Andi " âgé de 10 ans et frère du matador national Fernando Roca Rey.
" El Andi " ne put se présenter pour toréer, ayant été admis dans une clinique pour une affection intestinale aiguë avec fièvre et déshydratation sévère. Michelito dut se charger seul des quatre becerros qui donnèrent un bon jeu. Sa grande aisance tant à la cape qu'à la muleta fut appréciée, il domina très bien ses becerros, ne fut jamais a leur merci. A chacun il cloua, al quiebro, une paire de banderilles courtes. Ses faenas de muleta, toutes de qualité, furent données des deux mains ; et sûrement, quand il aura pris un peu plus de bouteille, il allongera ses passes qui s'avérèrent quelquefois un peu trop courtes.
Il tua les quatre becerros de quatre estocades et d'un pinchazo.
Il fut récompensé d'une oreille du premier, des deux du second, d'une ovation au troisième qu'il avait " pinché " et d'une oreille avec demande de la seconde au quatrième. En tout quatre oreilles et sortie a hombros.
Son père, le matador Michel Lagravère était heureux et nous pensons que la nouvelle de cet exploit incitera des organisateurs à engager Michelito.
Le public était peu nombreux, environ un millier de personnes.
Un abrazo.
Andrés

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* N.D.L.R : Voici ce que précise l'article 96 du Reglamento taurino del Rimac ( pages 18 à 33 du journal officiel du 16 10 1999) :
Les "bécerristes" sont les enfants toreros de moins de 14 ans qui combattent des erales (bêtes n'ayant pas plus de 2 ans) avec la permission de leurs parents et l'autorisation de l'autorité compétente.
En Europe (Espagne,
France), la loi interdit aux enfants de moins de 16 ans de tuer des novillos ou des becerros mais en Amérique latine,
c'est toléré !


Né de papa Français et de maman Mexicaine :
(Explorer les liens attachés aux images)


Images et commentaires

Michelito n'est pas tout à fait inconnu en France puisqu'il a déjà triomphé à Fontvieille le 4 août 2007. Voir compte rendu et reportage vidéo sur Corrida Tv, accessible ici - Michelito intervient dans la dernier tiers de la vidéo (curseur)

Durant l'été 2007, il a souvent toréé au Mexique, chez lui à Mérida, comme le montrent ces deux vidéos de You Tube : Vidéo n° 1 - Vidéo n° 2

Et encore des images sur "Noticias en linea" !

Des images de son exploit du 2 mars dernier sont visibles sur une vidéo Reuters, de très bonne définition, accessible ici via le site : "Cesar Terán - Toros Peru" auquel nous avons emprunté la photo de Michelito triomphant, ci-dessus.

Sur ce même site, dans le compte rendu de l'évènement certaines critiques ne sont pas ménagées.
Elles portent essentiellement sur l'allure très peu protocolaire, pour ne pas dire débraillée, du spectacle et sur le non respect du règlement local, puisque le seul règlement taurin en vigueur au Pérou est celui du Rimac dans l'attente d'un règlement taurin national indéfiniment annoncé et reporté. Cette multiplication des règlements seulement propre à combler la vanité de quelque baronnets locaux est une véritable calamité !
A quand un règlement taurin universel ?

Ici, il est reproché :

  • L'absence d'alguacilillos, de puntilleros et même du train d'arrastre (voir photo),
  • La présence de picadors dans une becerrada qui ne peut qu'interpeller des aficionados européens. Regarder avec attention, le tout début de la vidéo Reuters.
    Noter la référence à l'article 275 du règlement taurin dont la précision n'est pas la qualité majeure. Il est rédigé comme suit :
    Art 275 - Dans les festivals taurins n'importe quelle catégorie du bétail pourra être combattue à condition qu'il s'agisse de mâles et qu'ils répondent aux critères sanitaires nécessaires. Les piques seront pour novillos ou pour toros selon les cas et les chevaux de pique ne seront pas moins de trois.
  • L'allure calamiteuse des "cargadores", "capitalistas" dans le jargon espagnol imagé, ceux qui portent les triomphateurs sur leurs épaules à la fin du spectacle : "L'un d'eux braguette au vent, éhonté, manqua de peu de laisser choir Michelito, la tête la première." (voir photo)
  • La superfétatoire vuelta a hombros du Maire du Rimac.

Pour ce qui est des mises à mort, le commentateur, rompu aux mœurs et usages américano-latins, se contente de remarquer, sans autre émotion, que l'enfant-matador surprend par son expéditive et habile manière de tuer.

Profitant de ce qu'aucun âge frontière n'y soit fixé, de très jeunes Espagnols de moins de 16 ans s'engagent au Mexique dans des novilladas piquées pour brûler les étapes et se faire très tôt connaître.
Quand il leur arrive d'être blessés, parfois gravement, la polémique s'enfle, éternel débat qui a déjà opposé des papes et des rois, non parce que les enfants matadors tuent des taureaux mais parce qu'ils risquent trop précocement et surtout trop gratuitement leur vie.
Ainsi, le jeune Jairo Miguel, âgé de 14 ans et originaire de Cáceres en Espagne, alors qu'il toréait, en piquée, son deuxième novillo de Chinampas à Aguascalientes le15 avril 2007, s'est fait encorner très sérieusement lors d'une réception à la cape par cambiada de rodillas et a manqué de peu d'y laisser la vie.
Voir, ci-dessous, et explorer les liens attachés aux images pour en savoir plus :

La cornada de Jairo Miguel
Photos "Suerte Matador" voir
A l'infirmerie
Photo "El Mundo" voir