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À
PROPOS DE PIQUES ET DE BUTOIRS
Deuxième partie
Lorsqu’au mois de juin, j’ai rédigé ce qui précède, j’avais fait la
remarque suivante dans le début du texte : « Si c’est une catastrophe ferroviaire, elle est évidente et spectaculaire ; […] La
catastrophe tauromachique a lieu quand le butoir ne remplit pas son
rôle et pénètre dans la blessure. Elle est aussi évidente et
d’extrême gravité, mais elle n’est pas spectaculaire, même pas
visible. »
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Cenicientos, 18 août 2008
Le 6ème toro d'Escolar Gil pour Sergio Aguilar.
Photo : Partick Colleoni |
Après avoir assisté aux corridas de la feria de Cenicientos, je peux
citer un cas où les effets des piques assassines étaient visibles.
C’était lors de la quatrième et dernière corrida[1], au dernier
taureau. Pratiquement dès sa sortie du toril, il fut évident que les
toreros étaient pris de panique. Dans la plus grande pagaille, le
premier tiers fut une effroyable boucherie : toutes les piques
placées en arrière du morrillo, voire du garrot, et en faisant la
carioca une ou plusieurs fois. À la première pique : 26 effets de
“marteau-piqueur”, à la deuxième : 20, à la troisième : 25, soit un
total de 71 effets de “marteau-piqueur”[2]. Que sont à côté de cela
les 15, 20, voire 30 piques que recevaient les taureaux des temps
héroïques de la pique en fer (dont les faces étaient simplement
dressées à la lime) et à butoir en forme de citron !
Au second tiers, les banderilles n’ont pas été clouées, mais
pratiquement lancées comme des fléchettes et pourtant l’une d’elles
s’est enfoncé de la moitié de la longueur du bâton, soit ± 35 cm), ce
qui apparaît clairement sur la photo ci-contre (photo de
Patrick Colleoni). Son inclinaison de quelque 45° vers l’avant prouve
qu’elle est simplement “tombée” dans la blessure faite par une pique
en arrière.
Sanctionner les picadors qui ferment la sortie au taureau (carioca),
cela est prévu dans les deux règlements, REST et RTM[3]., mais les
sanctions ne sont certainement pas systématiques. Quant à la pratique
d’imprimer un mouvement de “marteau-piqueur” à la garrocha (les
Espagnols appellent cela mete y saca), elle n’est interdite par aucun
des 2 règlements précités. En voici la preuve :
« REST, art. 72. 4. Quand la bête accourt [sic] au cheval, le picador
effectuera la suerte par la droite, restant interdit de vriller
(esp. : barrenar), fermer la sortie de la bête, tourner autour
d’elle, insister ou maintenir le châtiment incorrectement appliqué.
Si la bête rompt le contact (esp. : deshace la reunión), il reste
rigoureusement prohibé de donner immédiatement un autre coup de pique. »
« RTM, art. 73. 4 - Quand l’animal s’élance vers le cheval le picador
effectuera la suerte par la droite, perpendiculaire au cercle
extérieur. Il est interdit de vriller, de fermer la sortie à
l’animal, de tourner autour de lui, d’insister ou de maintenir le
châtiment s’il est mal donné. Le picador devra piquer dans le haut du
morillo [sic]. Si le toro se sépare du cheval, il est interdit de le
piquer à nouveau immédiatement. Les toreros devront immédiatement
écarter le toro pour, s’il y a lieu, le remettre à nouveau en suerte
tandis que le picador fera reculer son cheval afin de le repositionner.
Les toreros opèreront de la même façon lorsque l’exécution de la
suerte est incorrecte et surtout si elle se prolonge trop longtemps.
Les picadors pourront à tout moment se défendre et protéger leur
cheval.[4] »
Et si ce qui n’est pas expressément interdit est permis… Or, nous
nous trouvons ici devant une manœuvre assassine qui n’est interdite
ni explicitement, ni implicitement. Et ce qui est tragique, c’est
qu’à ma connaissance, jusqu’à présent personne n’en parle. Si nous
nous reportons au Decálogo para regenerar la suerte de varas élaboré
par les associations “El Toro de Madrid”, “La Cabaña Brava”, “El
Toreo en Red-Hondo” et le portail taurin "elchofre.com"[5], appuyées
par une soixantaine d’autres, ce qui est mal de la part d’un picador, c’est uniquement de piquer hors du morrillo, de vriller, de faire la carioca hors les cas de couardise (esp. : mansedumbre) manifeste.
Incidemment, il faut noter que ces associations n’ont pas fait
figurer dans les missions de la suerte de piques deux choses pourtant
essentielles :
- abaisser la tête du taureau, et réduire la mobilité de l'ensemble
tête-encolure ;
- obtenir du taureau des charges rectilignes et concentrer son
attention sur une cible unique.
Par contre, elles donnent comme 2e objectif :
- ajuster, corriger et diminuer la force de ses attaques,
ce qui en d’autres termes signifie atténuer la puissance du taureau,
objectif qui s'est ajouté à une époque relativement récente, et dont
le but est de faciliter les interminables exhibitions de passes de
muleta, essentiel de la corrida moderne :
Il est donc de la plus extrême urgence que les auteurs des règlements
apportent la modification nécessaire. À tous les critiques taurins
intègres, à tous les représentants des aficionados et aussi des
éleveurs de taureaux de combat de l’exiger.
Marc ROUMENGOU
Août 2008
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[1] 6 taureaux de José Escolar pour Rafael Rubio “Rafaelillo”,
Fernando Robleño et Sergio Aguilar.
[2] Il semble qu’il y ait eu une 4e rencontre taureau-picador, mais
si ce fut bien le cas, je n’en ai pas noté le détail.
[3] Règlement Espagnol des Spectacles Taurins et Règlement Taurin
Municipal (France).
[4] Cet article est extrait du RTM non daté qui figure sur le site
Internet de l’UVTF en août 2008 ; faute de date et sachant que
presque à chaque assemblée générale de l’UVTF il est apporté quelque
modification, il est donc impossible d’assurer qu’il s’agit bien de
la version la plus récente et de dire lors de quelle AG elle a été
adoptée. Ceci étant, la rédaction de cet article appelle deux
commentaires :
a) En espagnol, morillo signifie chenet et l’on ne voit pas dans
quelle cheminée de l’arène on en trouve. Par contre le morrillo (avec
deux r) se traduit “partie supérieure de l’encolure du taureau et de
certains animaux”. Un r de plus ou de moins change beaucoup de
choses ; peut être un jour la rectification sera-t-elle faite ; peut
être même MM. les maires des villes taurines accepteront-ils
d’employer le vocabulaire français aussi souvent que possible.
b) les matadors, banderilleros, picadors et puntilleros sont tous des
toreros. Lorsque dans cet article, il est question de toreros, il
s’agit des banderilleros ou péons. Cela aurait mérité d’être précisé. [5] II° Encuentro de Aficionados. Saragosse 26 & 27 avril 2008
Note du Webmaster :
Nous reproduisons, ci-après, le "Décalogue" dans sa traduction par "Campos y Ruedos"
" Décalogue de la suerte de varas "
1° La suerte de varas est la clef de voûte de la lidia. Elle a trois missions :
a) Révéler les caractères de bravoure, de tempérament et de comportement du toro ; révéler ses qualités.
b) Régler, corriger et ôter de la puissance à sa charge, en vue de la suite de son combat et de sa mort, au moyen de piques dans le morrillo, brèves et dosées.
c) Dans des conditions propices, créer, transmettre beauté et émotion consubstantielles à cette suerte incomparable.
2° La suerte de varas doit être réalisée selon les canons :
- Placer le toro devant son picador, qui doit présenter la poitrine du cheval et provoquer sa charge.
- Piquer seulement avec la pyramide en acier (fer de la pique), sans introduire la partie en corde (arrêt, butoir, frein ou heurtoir).
- Pointer la vara vers l’avant et piquer dans le morrillo du toro avant que celui-ci n’atteigne le caparaçon du cheval.
- Tandis que le toro pousse, le picador doit se défendre en portant tout son poids sur la pique, comme s’il se laissait tomber sur elle, en dégageant son corps de la monture sans rectifier ni faire tourner le fer de la pique dans la blessure, en dosant le "châtiment".
- En aucun cas le picador ne doit fermer la sortie au toro, ni avoir recours à la "carioca", sauf dans les cas de mansedumbre évidente.
3° L’importance du tercio de piques nécessite, pour une exécution correcte :
- De modifier le dessin de la pique de façon à ce que l’on ne puisse piquer qu’avec la pyramide en acier (Note CyR : voir image ci-dessous) ; pour cela il faudra placer un croisillon pivotant à la base de la pyramide ou revenir à l’usage du "limoncillo".
- Des chevaux dressés et d’un poids proportionné.
- L’équipement destiné à les protéger doit être élaboré, de préférence, avec des matériaux flexibles et légers. Il ne doit en aucun cas blinder le cheval et s’apparenter à un mur contre lequel le toro s’écrase.
- Les chevaux doivent avoir un œil découvert pour pouvoir s’orienter dans l’arène.
4° L’importance de ce premier tiers pour le déroulement ultérieur de la lidia implique que les matadors, les subalternes et les picadors, chacun dans la mesure de leurs responsabilités, soient à leur place, réalisent la suerte correctement, loyalement, en plaçant le toro comme il faut, en le piquant avec mesure et en faisant le quite "peu de temps" après la rencontre.
5° Ne primer aucune faena si le toro n’a pas reçu, dans les règles, deux piques au moins.
6° Ne primer aucun toro, que ce soit dans l’arène ou avec un prix, s’il n’a pas reçu plus de deux piques au cours de son combat.
7° Ne primer aucune course dans son ensemble si trois toros, au moins, n’ont pas reçu trois piques ou plus, et les autres, un minimum de deux ; vu que tous les toros prennent bien la première pique, qu'ils ne commencent à laisser entrevoir leur bravoure qu’à la seconde, et qu’ils ne se révèlent réellement braves qu’à la troisième.
8° Conscients que l’habileté et la précision, en plus du "savoir" (Note CyR : "conocimiento" dans le texte) et de l’engagement, sont nécessaires pour réaliser correctement la suerte de varas : ne primer aucun picador :
- Qui échoue lors de la première rencontre avec son toro.
- Qui pique en dehors du morrillo, et ce malgré une très bonne réalisation de la suerte.
- Qui fait tourner le fer de la pique dans la blessure.
- Qui exécute la "carioca" sans nécessité.
9° Exiger que les responsables du bon déroulement de la course, que sont les présidents, les délégués, les alguazils et les vétérinaires, accomplissent leurs obligations en ne déléguant pas leurs pouvoirs aux professionnels taurins. Ils doivent agir avec la rigueur nécessaire afin que le règlement soit respecté et que la lidia se déroule avec ordre, en particulier lors de la suerte de varas.
10° Nous nous devrons de dénoncer, au travers des médias que nous avons à notre disposition :
- Les picadors qui ne respectent pas les règles qui régissent le premier tiers du combat.
- Les matadors sous les ordres desquels ils agissent et qui sont, en définitive, les véritables responsables.
- Les autorités qui, négligeant les droits et les devoirs de leur fonction, ne corrigent, n’interrompent, ni ne sanctionnent les infractions commises. »
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