17 décembre 2008

De notre correspondant : Benoit Rozès

CLUB TAURIN DE PARIS

Remise des "Prix de la Rencontre 2007"

Photos: Benoit Rozès

El Juli à gauche, recevant son prix, une peinture intitulée "Avant le corrida", à droite, le peintre : Vincent Verdeguer

Le Club Taurin de Paris a invité le 10 décembre 2008 le matador de toros El Juli et le ganadero Victoriano del Rio afin de leur remettre le prix de la rencontre 2007 en hommage à la faena réalisée par le torero au toro Cantapajaro le 24 mai 2007 à Madrid, faena au cours de laquelle El Juli s’est vu décerner une seule oreille par la présidence. La soirée se déroulait dans l’Amphithéâtre Bourgogne Athènes-Services, rue d’Athènes (9ème).
Après un apéritif sympathique, les participants ont rejoint l’amphithéâtre dans lequel une grande ovation à a été faite lors de l’arrivée du torero et de l’éleveur.

Le Président, Jean Pierre Hédoin a ouvert la soirée par un discours en évoquant les meilleurs toros fournis par l’élevage Victoriano del Rio lors de certaines ferias et des souvenirs personnels sur El Juli notamment à Barcelone où il aurait vu les plus belles naturelles de la saison (corrida qui avait lieu le lendemain de la corrida anniversaire des dix ans d’alternative à Nîmes).

La soirée s’est poursuivie avec une petite intervention de l’éleveur, qui a fait part de sa joie d’être présent au Club Taurin de Paris et celle qu’il avait que son toro ait pu être torée par El Juli. Ce dernier a ensuite pris la parole pour indiquer l’importance pour un torero d’avoir un bon toro.

Il y eut ensuite la remise des prix sur le thème « avant la corrida »: un tableau représentant un toro dans le couloir sombre avant de sortir en piste a été offert à Victoriano et un tableau représentant un portrait du matador s’habillant de sa cape de paseo, au Juli.

Le discours de Francis Wolff empreint d’humour et de sympathie intitulé « Cher Julian, nous t’aimons… » a démontré qu’il y avait dans le Club ou plus généralement en France les  Poncistes et les anti-poncistes, les Tomasistes et les anti-tomasistes, les Morantistes et les anti-morantistes, les sud- estistes et les sud-ouestistes. Mais en France il n’y a que des Julistes. Par sa technique et sa maturité il est devenu « le plus grand dominateur de ses quarante dernières années ». Le public français a adopté ce torero qu’il aime, alors qu’en Espagne la reconnaissance a été plus difficile. En France El Juli fait l’unanimité.
La France aime El Juli pour le torero qu’il est et le toreo qu’il donne mais aussi pour tout ce qu’il fait pour la survie de la Tauromachie « Nous t’aimons aussi pour ton combat pour la tauromachie » et la promotion de la fiesta : présence lors de festivals et création de la « fondation El Juli ».

Après avoir projeté le film la faena du toro de Victoriano del Rio à Madrid, objet de la rencontre, ce fut la séance des questions.

Victoriano del Rio, il y a dans le dernier numéro de Tendido Cero un reportage sur vos toros et sur le clonage pouvez vous nous en parler ? 
J’ai un bon semental qui a dix huit ans et tous ses produits ont un bon taux de réussite, je pourrai effectivement faire du clonage. Je suis d’ailleurs allé au Mexique au congrès des éleveurs pour me renseigner, et j’ai fais le nécessaire. Le problème est qu’il y a une interdiction au niveau européen, les produits ne peuvent passer les frontières, alors j’attends que cela soit autorisé pour pouvoir le faire.

Dans ce cas, pourrait alors cloner El Juli… ?
C’est vrai mais il existera toujours une différence entre l’original et le clone. Tous les toros même ceux clonés sont différents. Si on clonait El Juli, il y aurait donc cette différence et le clone ne serait  pas aussi grand que celui qui est présent ce soir…

Combien de bêtes sont prévues pour les spectacles en 2009 ?
Depuis dix ans je fournis entre soixante dix et quatre vingt cinq toros de quatre ans. Sur un nombre donné de toros j’ai environ cinquante pour cent de pertes mais ces pertes sont aussi liées à l’élimination que je fais et qui est nécessaire pour garder de la crédibilité : Je dois être crédible vis à vis du public et vis à vis des toreros. Si le toro est bon le torero s’engagera et donnera la meilleur au toro, c’est pourquoi je dois conserver ma crédibilité en fournissant les meilleurs toros et pour cela je dois en éliminer même lorsque je fais les lot pour les corridas.

Que pensez vous de l’indulto de Desgarbado le 7 septembre dernier à Dax ?
Desgarbado est un toro qui a de la mobilité et du répondant, il était différent des autres et je voulais donc voir les résultats qu’il donnait. Aujourd’hui il sert donc de reproducteur.

Pourriez vous nous dire comment vous concevez le tercio de piques ?

V. del Rio : La pique est indispensable au toreo. Pour certains toros il est nécessaire de donner de nombreuses piques. J’ai deja vu des toros piqués jusqu’à cinq fois mais ce n’est pas pour cela que la suite du combat est intéressante. Mais cela reste une étape indispensable à la corrida.

El Juli : C’est le torero qui doit décider du nombre de pique et de la durée. Dans les arènes de première catégorie une deuxième pique est obligatoire mais si le toro pousse trop il ne donnera plus rien pour la faena. La pique a un aspect esthétique et fait partie intégrante de la lidia, mais c’est le torero qui doit décider du nombre de piques et de son déroulement.

Julian, peux tu nous dire comment tu as vécu la faena à Cantapajaro et peux tu nous parler d’autres rencontres marquantes de ta carrière ?
Dès le sorteo j’ai été satisfait et donc serein pour la corrida. J’ai senti que c’était un bon toro qui pouvait permettre un triomphe. Je l’ai donc ménagé pendant la lidia en étant attentif à tout pour pouvoir faire une bonne faena et c’est ce qui  s’est réalisé. J’ai senti une entente entre le toro et moi à tel point « que je me suis oublié » en le toréant..

Concernant les rencontres marquantes, c’est difficile à dire parce que en dix ans d’alternative il y en a beaucoup, mais je peux parler d’une corrida de Fuente Ymbro à Séville ou rien ne se passait bien, ce n’était pas une bonne journée pour moi sauf sur deux séries de passes ou j’ai pu faire ce que je voulais. Il y a eu aussi un toro à Bilbao qui m’a donné un coup de corne au visage dont j’ai encore la trace. Enfin, une faena à Mexico où j’ai coupé les deux oreilles et la queue.

…et la faena de Nîmes en 2001 où il pleuvait et le public se demandait comment tu faisais pour continuer à toréer, tu t’en souviens ?
Oui je m’en souviens très bien, c’est vrai que les conditions étaient très mauvaises mais le public attendait et était resté pour  me voir. Je me devais de faire passer le public avant tout le reste, terminer la faena et donc de rester toréer.

Julian, à quel âge as tu voulu être torero ?
Je ne sais plus je devais avoir dix ans. Au départ on ne veut pas être torero, on veut s’habiller, puis toréer, c’est petit à petit qu’on veut être torero et  devenir le plus grand.

Le 14 août 2007 à Dax, tu as fais une grande faena, le public demandait les deux oreilles et la queue et le Président ne t’a donné que les deux oreilles, as tu eu un sentiment de frustration ?
Ce toro que j’ai toré était un grand toro et le plus important était de faire un bonne faena mais j’avais tout de même une petite frustration.

Tu as déjà dix ans de carrière, as tu déja pensé à la retraite ou pas ?
Ma vie est consacrée au toro, j’ai tout donné pendant dix ans pour en arriver là, je ne peux donc arrêter comme ca du jour au lendemain. Si je sens que je ne suis plus à la hauteur j’envisagerai de m’arrêter mais aujourd’hui je ne le souhaite pas. En revanche je ne sais pas si je pourrai continuer pendant dix ans au même rythme que ces dix dernières années.

As tu profité de Paris pour faire tes courses de Noël ?
Non je n’ai pas encore eu le temps mais peut être demain

La soirée s’est terminée par la projection de l’émission de France 3 « sous le signe du toro » consacré au seul contre six le 19 septembre 2008 à Nîmes pour les dix ans de son alternative. Avant de partir le matador s’est livré à la traditionnelle séance de photo et dédicaces. Le public a été très satisfait de cette grande soirée qui fera date.
Sur les bancs de l’amphithéâtre on murmurait que le prix de la rencontre 2008 serait pour Jose Tomas. Alors, vrai ou faux ?

Benoit Rozès

Victoriano del Rio reçoits son prix, une peinture intitulée "Avant la corrida" des mains de Mme Araceli Guillaume Alonso