24 septembre 2008
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Malgré des vendanges tardives, des champignons qui tardent à pousser, et une encerrada de Castella à Nîmes, nous ne l’avons pas vu arriver mais l’automne est bien là. Pourtant, cette tarde de fin de temporada me laisse un pénible arrière goût. Quelque chose est trop vieux, quelque chose se meurt, ça ne sent rien qui vaille. Cette corrida prouve de façon irréfutable que les grands éleveurs (dits de garantie) peuvent sortir aujourd'hui’hui des taureaux de quatre ans qui ne nécessitent pas de piques. La preuve dans cette course où tous les picadors déposent simplement leur arme sur le morrillo et la relèvent immédiatement, sans forcer, sans pomper, sans vriller, sans enfermer les taureaux. Un seul piquero a déposé maladroitement sa puya au milieu du dos et corrigé le tir à la vitesse de l’éclair en la mettant délicatement prés du morrilo, comme on pose une cerise en décoration sur une forêt noire. Ce soir le premier tiers n’existe plus, ce soir ses fantômes hantent encore le ruedo et gâchent la fête. Ils ne servent à rien, tout juste provoquent-ils la nostalgie de quelques rares aficionados bougons. Il existe des novilladas avec ou sans picadors, pourquoi pas des corridas ? Un autre scénario, respectant une apparence de tradition, recueillerait l’unanimité enthousiaste de la moderne critique taurine : J’imagine un président, dans le genre du regretté « Guy Lux », déclenchant la mise en œuvre d’un tercio renouvelé, l’apparition d’une grande baudruche de carnaval, très colorée, gonflée à l’hélium, montée sur des roues pour la maintenir au niveau du sol, poussée par des monosabios protégés dans des enveloppes de mousse, comme dans les spectacles d’Intervilles. Deux rencontres, au moins, de l’animalcule et de la grosse baudruche se feraient en musique, dans le suave et entraînant registre de - la véritable musique de cirque risquant d’être trop traumatisante - « Bécassine, c’est ma cousine ». Mais plus sérieusement, que deviennent alors nos deux excellentes cavaleries françaises (Bonijol & Heyral) et que deviennent les picadors ? N’en déplaise aux éternels optimistes, aux flagorneurs des médias régionaux et autres courtisans du callejon, le picador, ce personnage fascinant, ce révélateur de la bravoure, arrive à l’automne de son existence. Et au rythme où vont les choses à Nîmes et ailleurs, l’hiver ne tardera pas… Javier Depobladios (1) Nom de la coiffe des picadors autrefois faite en peau de castor. Par extension synonyme de picador. (2) World Wide Fund for Nature (littéralement, Fonds mondial pour la Nature) (3) Voir note 1 |