30 janvier 2008

Le toro en hiver

 

Comme nombre de mammifères des zones tempérées, le toro craint le froid et, suivant la descente du mercure dans le thermomètre, il "monte" le poil d'hiver en deux ou trois jours. Les chevaux, les taureaux, ont une éruption filiforme bouclée qui protège le corps, et conserve, autant que faire se peut, la chaleur de l'animal.

Contrairement à ce que la sensibilité humaine prône, lorsqu'il n'y a pas d'abris (arbres, fourrés, lévadons - monticules de terre -, roseaux) les taureaux se regroupent la croupe au vent, les plus costauds au milieu, les plus faibles, sur les bords. C'est une loi immuable de la nature qui cherche toujours à éliminer les faibles pour protéger la race. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle la future girouette qui ornera le toit de la plaza de tienta de la ganaderia Riboulet, contrairement aux usages, présentera l'arrière train au vent, plutôt que les cornes.

Pour que les naissances aient lieu à une époque plus clémente, dans notre région bien des éleveurs mettent l'étalon "sur les vaches" (1 pour 30) fin juin, juillet et août. Ainsi les veaux naissent au début de la bonne saison, riche en herbe nouvelle(*). Dans le sud de l'Espagne, la latitude plus clémente permet de programmer les naissances pour octobre et novembre. D'où la fameuse année ganadera qui, contrairement à l'année calendaire, ne commence pas le 1er janvier, mais bien le 1er juillet. Les veaux qui naîtront le 14 juillet 2003, porteront le guarismo (chiffre) 4 de 2004. Les coutumes sont ainsi !

Le grand problème de l'hiver est que le gel brûle l'herbe et surtout que, par très basse température, il gèle les points d'eau. Un toro adulte, a une panse d'une contenance de 200 litres : 5 litres d'eau pour lui, c'est un verre pour nous. Contrairement au cheval qui, lorsqu'il constate que l'eau est solide, pense à taper du sabot, voire même des deux, pour casser la croûte gelée, le bovin heurte du museau sur le miroir de glace une ou deux fois, tout surpris de cette résistance, et s'en va, l'air de ne pas apprécier du tout la plaisanterie. Le travail du gardian est donc d'aller casser la glace rapidement et tous les jours, car un toro qui n'a pas bu de toute une journée, a très soif. La différence entre sa température intérieure, et celle de l'extérieur produit une grosse évaporation. Assoiffé, l'animal peut pomper d'un seul coup 20 litres d'eau glacée, ce qui est préjudiciable à sa santé.

Dans les élevages camarguais, bien souvent on laisse les chevaux avec li bioù, ce qui résout naturellement le problème. En revanche, avec les toros d'origine espagnole, le risque de confrontation existe au moment du partage de la pitance, ce qui peut donner de malencontreux coups de cornes.

Mais la nature fait bien les choses, le froid ne dure pas. A partir de la mi février, les journées sont plus longues, le soleil plus chaud, la nature s'éveille, les amandiers sont déjà en fleurs. Les oiseaux se cherchent pour s'accoupler un peu plus tard, d'où d'ailleurs la St. Valentin. Et j'ai vu à partir de cette époque, à la mi journée, au soleil et à l'abri des roseaux, de vieilles vaches sautiller maladroitement de joie.

René Chavanieu Nîmes, le 10 février 2003

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(*) N.D.L.R : Chez la vache brava la gestation dure un tout petit peu plus de 9 mois, 286 jours en moyenne. Voir Ainsi, par exemple, une vache couverte le 1er juillet mettra bas autour du 12 avril.