Rappelons que Jean-Pierre Digard est ethnologue et anthropologue, membre de l'Académie d'agriculture. Il est directeur de recherche émérite au CNRS, spécialiste de l'Iran (notamment des tribus et du nomadisme) et de la domestication des animaux. Il convient de préciser encore qu’il est aficionado a los toros, membre éminent de “La Querencia de Paris”. Dans les archives de ce site, retrouver sa contribution au colloque de notre 90e Congrès National organisé par “La Querencia” le 28 octobre 2006 à Paris, sous le titre Préserver la corrida : De quoi ? Comment ? Cliquer ici.

 

Dans L’animalisme est un anti-humanisme, il introduit son sujet en soulignant une première erreur volontaire qui consiste à poser l’Animal, au singulier et avec une majuscule, comme un égal de l’unique espèce Homme, alors qu’il existe une dizaine de millions d’espèces animales et à l’intérieur de mêmes espèces des sujets sauvages et des domestiques.
Il précise que, dans la suite de l’ouvrage, chaque fois qu’il abordera l’éthique, attentif à la distinction de Max Weber, il sera animé par l’éthique de la responsabilité et non par celle de la conviction.

Après avoir montré que l’évolution des rapports humains-animaux a été fortement impactée par l’explosion du phénomène “animaux de compagnie”, il déroule l’évolution des sensibilités qui a conduit de l’animalitaire de 1799 à l’animalisme d’aujourd’hui. Il montre l’accélération du processus par les convergences d’une incontinence législative, de la radicalisation anti-especiste, de la partialité des médias en recherche d’audimat, d’une contamination de l’éthologie et de l’anthropologie par les idéologies animalistes.

Il s’attache ensuite à dénoncer avec beaucoup de rigueur et pertinence les mensonges des animalistes.
Ils mentent quand ils prétendent que rien n’est fait pour protéger les animaux.
Ils mentent par omission quand, suite à l’amendement Glavany, ils répètent que les animaux ne sont pas considérés comme des êtres vivants mais comme des meubles refusant de considérer la distinction du Code civil entre biens immobiliers et mobiliers.
Ils noircissent la réalité (association L114) en généralisant des faits isolés, actes de violence injustifiés sur des animaux de boucherie, pour donner à penser qu’ils constituent une réalité quotidienne.
Ils présentent la domestication des animaux par l’homme comme une action d’une intolérable violence alors que cette domestication, commencée il y a des milliers d’années, caractérise la transition d’une économie et d’une idéologie de prédation à un système fondé sur une exploitation des ressources naturelles impliquant leur connaissance, leur entretien, leur protection et leur valorisation.
Ils accusent l’élevage d’être une calamité écologique et sanitaire alors que, dans ces deux domaines, il produit des effets bénéfiques.
Ils prétendent que l’alimentation carnée est nuisible à la santé alors qu’elle convient à l’homme naturellement omnivore au terme de son évolution.
Prenant prétexte d’un continuum biologique et s’appuyant sur des publications bien contestables, ils nient la différence entre l’Homme et les animaux, les primates en particulier, qui possèderaient des aptitudes cognitives, sensorielles, techniques sociales et culturelles comparables, oubliant que l’Homme moderne est à la pointe d’un processus évolutif étalé sur plus de six millions d’années qui lui a donné le langage articulé, la pensée réflexive, la culture, le souci du politique,… Et lui a permis de conquérir toute la surface du monde terrestre.
Un autre mensonge est de faire croire que “rendre justice aux animaux” aidera à résoudre les problèmes des humains. Ici, Jean-Pierre Digard ne se prive pas de rappeler que la compassion pour les animaux ne protège pas des violences et des totalitarismes, le IIIe Reich avait une législation des plus favorables aux animaux.
Enfin, les animalistes présentent comme massif un mouvement en réalité très minoritaire. Selon les sources du CRÉDOC, en 2016, les végétariens déclarés représentaient 1,4 % de la population française, les végétariens effectifs 0,8 %, les végétaliens 0%, les véganiens 0 %, sauf à Paris où ils atteignaient 2 %.

Un dernier chapitre est intitulé : Résister, comment ?
D’abord les harcèlements des animalistes conduisent souvent les décideurs à prendre des mesures lourdes de conséquences qui vont à l’encontre du but recherché. Un exemple, la Convention européenne des animaux de compagnie ratifiée par la France en 2003 donne de ces animaux une définition tellement large qu’elle peut s’appliquer au cheval et comme elle interdit les “moyens artificiels” de dressage, ici mors, enrênements, éperons et cravache, qu’adviendrait-il de l’espèce équine si les animalistes parvenaient à faire prévaloir ces interdictions ?
D’autres conséquences sont d’ordre intellectuel et moral. Les animalistes et des écologistes présentent l’Homme comme malfaisant, éternel prédateur, ravageur de la biodiversité. Il faut cependant reconnaître qu’il a aussi beaucoup protégé et produit cette biodiversité en créant de multiples variétés de végétaux et races d’animaux domestiques.
La plus forte raison de s’opposer aux discours et aux manœuvres des animalistes tient à un principe de réalité. Seule l’espèce humaine, façonnée par l’évolution, détient, en raison d’aptitudes qu’aucune autre espèce ne possède, la faculté de modifier, détruire ou sauvegarder son environnement. La seule protection des animaux qui s’impose est de sauvegarder la biodiversité…
Enfin, Jean Pierre Digard, explique pourquoi et comment il faut en finir avec les pusillanimités institutionnelles.

Citons un paragraphe qui fait partie de sa conclusion :
À force, pour servir sa cause, d’accuser de tous les maux et de diaboliser les humains, en particulier les éleveurs, l’anti-espécisme s’est mué en un espécisme anti-humain, en un anti-humanisme. Il rejoint ainsi la cohorte des « penseurs extrêmes »*, autant dire des fanatismes qui, sous une étiquette ou sous une autre, prolifèrent aujourd’hui sur le terreau des inégalités sociales et des ratés des systèmes économiques et politiques en place.
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* Selon le titre de G. Bronner, La pensée extrême. Comment des hommes ordinaires deviennent des fanatiques, 2009.

Il faut ajouter qu’il s’agit d’un ouvrage à caractère et à rigueur scientifique, nourri de notes de bas de page, enrichi d’un glossaire et d’une bibliographie récapitulative.
Il est écrit dans une langue parfaitement claire, accessible à tous. Nous devons le lire et le faire lire. Ses 127 pages sont denses d’implacables arguments à opposer aux sectarismes animalistes.

                                                                                              Jean-Jacques Dhomps

 

Ci-dessous le texte qui figure sur la quatrième de couverture de ce livre :

L’animalisme est un anti-humanisme

Depuis plusieurs années, les animaux sont devenus un sujet sensible. Documentaires, tribunes, pétitions émaillent l’actualité, dénonçant des actes de maltraitance ou appelant à des mesures en faveur des animaux, et prenant à témoin l’opinion publique. Le droit lui-même s’est fait l’écho de ces préoccupations avec en 2015 l’introduction des animaux dans le Code civil.

C’est ce phénomène social, cette nouvelle sensibilité que scrute cet ouvrage, à sa façon aussi engagé que les tenants de la « cause animale ». Spécialiste de la domestication animale, Jean-Pierre Digard nuance, contextualise, passe de la longue durée historique à l’examen des revendications présentes, et balaye bien des idées reçues. De quels animaux parle-t-on ? Que connaissent les urbains de la vie animale ? L’utilisation d’animaux par l’homme n’a-t-elle pas avant tout été un élément déterminant du processus de civilisation ? Et quelles seraient les conséquences d’une « libération animale » ?

S’il critique et dénonce les dérives des mouvements animaliste, antispéciste et véganien, cet ouvrage n’en reste pas à une telle prise de position. Plus profondément, c’est le rapport des animalistes à leur propre humanité, et leur façon de diaboliser l’homme, qui sont rigoureusement mis en question.

 

Jean-Pierre Digard est directeur de recherche émérite au CNRS et membre de l’Académie d’agriculture de France. Il a développé deux spécialités : l’ethnologie de l’Iran (Une épopée tribale en Iran, des origines à la République islamique : les Bakhtyâri, 2015) et l’anthropologie de la domestication animale et des relations hommesanimaux

 

 

 

 

 

ISBN : 2271115949 - Éditeur CNRS (24/05/2018) 14,00 €
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Voir ici une bibliographhie, publiée par Babelio, des principaux ouvrages de Jean-Pierre Digard.