Pas ceux de l'an dernier mais quand même des Dolores
 

L’arène est plus qu'aux trois quarts pleine. En dépit de nuages menaçants qui, par intermittence obscurcicent le ciel, la pluie ne tombera pas.

Evidemment nous étions venus voir cette corrida  de Dolores avec les souvenirs de celle de l’année dernière, bien conscients, quand même, qu’il était peu probable que nous assistions à la répétition d’un triomphe aussi total. Certes, il ne se renouvela pas mais nous avons eu six toros qui ne s’en laissèrent pas compter, manifestant souvent la mansedumbre encastée qui est la marque de la maison. 
Des toros cinqueños fort intéressants qui présentaient de beaux gabarits, qui totalisèrent 19 piques en tenant compte que le troisième, le plus manso, rencontra trois fois le cheval avant de prendre une véritable pique.

Mais il faut apporter un bémol, une forte déception vint des armures petites, pas du tout dans le type de la maison, certaines suspectes, comme celles du deuxième tout à fait indécentes et qui auraient dû faire refuser l’animal à l’embarquement.

Ces toros demandaient, de toute manière, de sérieux lidiadores, il y en eut au moins un en la personne du vétéran Sanchez Vara.
Il reçoit le premier, un tostado chorreado de 560 kg – qui présente une corne gauche astillée  – par véroniques classiques.
L’animal fonce sur une première pique pour taper dans le peto avec violence et s’en retirer immédiatement. Il en prendra encore deux moins violentes mais toujours en sortant seul.

Sanchez invite Marco Léal à banderiller avec lui.
Ce manso violent sera le plus difficile du lot. À la muleta, il présente des charges courtes et une tête chercheuse. Tout le mérite de Sanchez Vara consiste à allonger la charge et à parvenir à tirer des derechazos très valeureux
Estocade profonde et tombée qui couche le taureau.
Le torero est encouragé à faire une vuelta très largement méritée.

Il va se placer a porta gaiola pour saluer le quatrième d’une larga cambiada afarolada de rodillas et poursuit par véroniques.
Deux ou trois individus voient le taureau boiter et demandent son changement. Le bicho qui n’en a cure, obtient la chute du picador sur la première pique, en prend une deuxième sérieuse et une troisième petite.
Après un bon tercio de banderilles, Sanchez Vara brinde aux frères Gallon.
Il se croise avec détermination pour une entame de la main droite, puis, en musique, il alterne des deux mains pour donner une faena sérieuse qui entraîne l’adhésion du public. Il conclue d’une entière al encuentro, en bonne place, suivie d’un avis et d’un descabello au second essai.
Une oreille largement méritée.

Cigarrero, n°45, affiché à 545 kg, negro bragado, se fait siffler ses petites cornes tandis que quelques "afeitadooo !" se font entendre.
Joselillo donne quelques véroniques rapides.
À la pique, Alberto Sandoval est à la manœuvre. La première est idéalement placée à l’arrière du morrillo, le toro poussant avec fixité jusqu’à soulever le cheval. Somptueux ! Il pousse encore avec intensité sur les deux piques suivantes. Cet animal est le seul vrai brave du lot.
Raphael Viotti se fait applaudir aux banderilles tandis que Paquito Léal ne démérite pas.
Joselillo brinde au public. Il double bien et poursuit par d’assez bons derechazos. C’est moins bien à gauche mais ça reste méritoire.
Bonne estocade entière, descabello au second essai.
Applaudissements à l’arrastre.
Le torero est appelé à saluer sous des applaudissements unanimes.

Il reçoit le cinquième par véroniques et demie puis revolera.
L’animal sera très bien piqué lors de trois rencontres avec Antonio García qui deux fois sur trois placera sa pique au bon endroit.
À la muleta l’astado conseve la tête haute et ne tient pas la distance. Joselillo  ne trouve pas la solutions et développe une faena droitière qu’il devra abréger.
Metisaca, pinchazo, épée tendue et delantera.
Silence.

Marco Léal tombe sur un negro burrraco, corniveleto, coureur, qu’il ne parvient pas à fixer à la cape.
L'animal prend trois pique dont il sort seul avant que Gabin Rehabi ne parvienne à le coincer par carioca et lui administrer une bonne ration largement compensatoire.
Banderilles partagées avec Sanchez Vara.
Dans la muleta, c’est un toro de demi-charge qui se retourne vite et qui déborde Marco, le contraignant à torchonner vaillamment.
Désastre à l’épée.

Les trois véroniques et demie qu’il donna à son dernier furent sans doute ce qu’il fit de mieux.
Olivier Riboulet administra trois piques sérieuses.
C’était un taueau exigeant qui demandait une muleta dominatrice et précise. Faute de canaliser sa charge Marco la laissa se décomposer et ne procéda que par tentatives embryonnaires.
Nouvelle  déroute à l’épée.
Sifflets.

La présidence technique était assurée par Rémi Varbédian assisté de Guilhem Fermaud, vétérinaire et Daniel Reboul, CTEM.

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Le prix au meilleur toro de la feria fut attribué à « Jilguero » n° 21, 515 kg, né en février 2009 appartenant à la ganaderia de Rehuelga, lidié en quatrième position le samedi 26 avril par Morenito de Aranda et honoré de la vuelta al ruedo.

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Bravo à "La Unica" 
et mention spéciale aux sorteos distribués à Saint Martin

Au terme de ces deux journées, il est agréable et réconfortant de rendre hommage à La Unica qui par son militantisme et son sérieux a démontré, une fois de plus, que La Feria de la Crau constituait pour l'aficionado un rendez-vous incontournable.

En ma qualité de représentant du Bureau de la FSTF, je tiens à donner en exemple de ce sérieux le sorteo qui était distribué dimanche à l’entrée des arènes.
Le sorteo est un document précieux pour l’aficionado et, quand il est bien fait, il constitue, en plus, un excellent outil pédagogique qui permet d’attirer l’attention et de susciter la réflexion des aficionados apprentis. Je le reproduis ici avant de le commenter :

Ce sorteo est parfait à plusieurs égards et peut servir de modèle. Il renferme dans le tableau qui concerne les taureaux, outre les renseignements habituels, N°, Nom, Date de naissance, Poids, Ordre de sortie, une description des robes selon les termes espagnols adéquats, fidèle et, plus rare, sans faute d’orthographe. Bravo au rédacteur de ce sorteo !

Le sobrero est annoncé et décrit dans les mêmes conditions que les taureaux titulaires ce qui est rarissime.

Le nom de l’empresa de caballos et les noms des chevaux utilisés par les picadors sont mentionnés.

La présentation des matadors est complète : photo, date de naissance, date le lieu de l’alternative, date de la confirmation éventuelle à Madrid

La présentation des cuadrillas, incluant outre les picadors et banderilleros, les mozos de espada, les apoderados, pour ceux qui en ont un, est excellente.
Pour les matadors, picadors et banderilleros, la désignation du numéro d’ordre de sortie du toro qu’ils auront à tuer ou à piquer ou dont ils dirigeront la brega, permet de bien les situer durant la course ; les mentions des couleurs des costumes des subalternes est indispensable à qui veut les identifier sans se tromper.

La désignation des membres de la présidence avec ce souci de préciser la qualité des assesseurs, vétérinaire ou représentant de la CTEM, est particulièrement bienvenue.

Et, au passage, bravo au choix de mettre un vétérinaire dans chaque présidence comme le préconise la FSTF.

Enfin, le verso donne une très bonne présentation de la ganaderia, arbre généalogique compris:

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