La forme et le fond 

Après les péripéties de l’accident routier ayant conduit à l’abattage des huit novillos choisis pour les arènes du Pesquet et l’envoi d’un nouveau lot de fort belle présentation, après une maigre manifestation anti taurine ayant mobilisé les forces de l’ordre mais aussi le public, les aficionados ont connu une matinée chaude de par la météo et chaude aussi pour les apprentis confirmés et une soirée plutôt tempérée pour les belluaires. Aller à Orthez c’est faire le choix d’une tauromachie exigeante avec les aléas liés à ce bétail non conformé et peu couru qui en fait le piquant et à des cartels particuliers pas toujours à la hauteur d’une opposition imposant technique et courage. A noter une bonne affluence avec ces passionnés du toro venus de leur Sud Est lointain et des gradins bons enfants où les échanges bruyants semblent habituels. Les préconisations de la FSTF accompagnant le prix de la meilleure pique sont respectées. La journée taurine sera dédiée à Maurice Labat, longtemps le chirurgien des arènes du Sud-ouest et désormais aficionado de conviction, avec une pensée pour Dolorès AGUIRRE YBARRA disparue en avril dernier.

Novillada – Miguel ZABALLOS CASALO pour : Jésus FERNANDEZ – Ivan ABASOLO – Alberto POZO 

Les taureaux de belle présentation et bien dans le type Saltillo ont mis les hommes à l’épreuve par leur comportement fait de mansedumbre con casta d’où une matinée très intéressante où l’attention a été constante dans les gradins garnis à soixante pour cent sous un soleil de feu.

Jésus FERNANDEZ – il devra composer avec Huron, né en novembre 2009, qui n’appréciera que peu les quatre piques exigées par la présidence et bien servies par Oscar Bernal. A signaler les deux premières paires de banderilles posées avec application. Après le brindis au public il accueille le pupille aux planches et le conduit avec autorité au centre par doblones pour des séries droitières et gauchères équilibrées. Puis le taureau devient limité de charge et se met en défense mettant le novillero en difficulté. Il le tue d’une épée entière contraire pour une mort lente conclue d’une puntilla donnée à l’ancienne par l’arrière ce qui fait réagir injustement le public. Salut au tiers.

Son second méritera trois piques, la première bien posée mais pompée, la deuxième bien et la troisième pour la forme. Deux séries à droite précèderont des naturelles remarquables par la main maintenue très bas devant un taureau présentant une certaine noblesse mais avisé.

Il termine par une dernière série gauchère, un pinchazo et une entière entrainant une mort en brave. Oreille et vuelta pour Rumbosos.

Ivan ABASOLO - Son premier, Islero, né en novembre 2009, une véritable estampe, sera court de charge à la cape. Il sortira faible de la première pique chutant par deux fois ; la deuxième peu appuyée et en arrière et la troisième qui rate sa cible concluent le tercio. Rafaël Cañada se fait désarmer à la mise en suerte de banderilles  mal posées en particulier les deuxième et troisième. Le brindis au public précède la menée du taureau au centre par doblones. Faible au plan motricité mais avec un bon moteur, il se défend sur place, bouche fermée et gagne du terrain conduisant le novillero à abréger. La mort intervient au toril d’un tiers d’épée et nécessitera quatre descabellos. Silence.

Manso comme ses frères de camade, Señorito sortira seul des cinq piques dont la quatrième à la mode d’Espelette. Aux banderilles Rafaël Cañada se distingue avec un travail propre et applaudi. Le novillero attaque sur la corne gauche par des naturelles aidées mais le taureau ne collabore pas d’où une lidia laborieuse sans aucune série de passes liées. Tardivement il ira sur la corne droite avant de conclure dans l’indifférence générale. La mort nécessitera une entière, deux descabellos, une puntilla qui relève le novillo et un dernier descabello, un avis étant sonné. Silence.

Alberto POZO -  Pañuelo, un beau novillo mais distrait se montre peu intéressé à la cape. Les deux piques seront soit pompées soit carioquées. Le maestro pose les banderilles plutôt bien avec un violin réussi et une troisième paire remarquée. Brindis à Xavier Klein, le sorcier local. Au sortir de la muleta le novillo se retourne et cherche l’homme. Il passe mieux sur les séries droitières que sur la corne gauche. Le novillero se fait cueillir plein cadre et mettra un long moment, assis sur l’estribo à se reprendre, ayant le nez cassé. Il reprend avec des difficultés mais tue rapidement d’une entière contraire avant de rejoindre l’infirmerie. Applaudissements.

Il revient décidé à s’imposer mais il tombe devant un novillo très cornu qui se révèle être une véritable peste à la cape donnant des coups de sa tête chercheuse. Trois piques, la première appuyée, pompée et carioquée, la seconde et la troisième posées et immédiatement levées. Il offre une paire de banderilles à Manolo de los Reyes toujours agréable à voir officier par son approche au pas avant de terminer lui-même par un quiebro aux planches. Brindis au public. Le taureau se révèle tardo et le novillero peine à se croiser. Il le couche d’une entière pour une mort lente intervenue après avis et un descabello. Salut au tiers pour un torero méritant.

Le prix de la meilleure pique est attribué à Oscar Bernal pour sa prestation devant le premier novillo.

Corrida – RASO DEL PORTILLO pour Fernando ROBLEÑO – Morenito de ARANDA – Oliva SOTO 

Les taureaux sont de belle présentation avec des armures de conformations différentes, soit d’envergure étroite munie de cornes courtes, soit d’envergure large avec des cornes bien relevées et fines. A noter  l’organisation réussie avec un bémol réitéré au cours de la journée avec la pose erratique des devises.

Fernando ROBLEÑO – Ocasional – 04/09 – Cornicorto, ce dernier domine le torero à la cape. La première pique est placée dans le morillo légèrement sur le côté, la deuxième rate sa cible avant une troisième bien posée. Le taureau suit les banderilleros qui ont tout faux.

Il s’avère noblito et sans vice apparent, limite soso, permettant des séries droitières particulièrement relâchées et renouvelle à gauche. Une entière malheureusement complétée de trois descabellos, d’un avis et de deux puntillas ternira une faena honnête mais manquant de dominio et peut être d’envie. Applaudissements pour le torero et plus surprenants applaudissements à l’arrastre.

Monjito – 03/09 – Astifino et doté d’une armure étroite il va au cheval d’une charge lente et peu convaincante même s’il pousse au premier assaut et il sort seul de la deuxième pique. Le tercio de banderilles se déroule dans le désordre avec un taureau arrêté. Amené au centre par doblones il subira des séries droitières et se montrera plus faible à gauche, une faiblesse qui se confirmera par la suite à droite. Le torero aura des difficultés à le cadrer et lui sert une épée très basse dans l’épaule entraînant la mort après un avis et un descabello. Salut discret à la barrière.

Morenito de ARANDA – Paladin – 03/09 – De belle allure et très armé le taureau accroche la cape ; il ira par cinq fois au cheval avec une belle charge pour trois piques et une cinquième légère. Le picador Manuel Bernal est applaudi à sa sortie. Le taureau suit aux banderilles et gêne les hommes contraints à effectuer deux passages à vide.

Le torero aura beaucoup de mal à le tirer de sa querencia au toril et il devra accepter de le tuer dans son refuge d’une épée entière mais basse placée en avant, d’effet rapide. Applaudissements.

Manzanillo – 01/09 – pousse à la première pique et sort seul à la troisième. Il ne peut qu’accepter ensuite de Luis Carlos Aranda  deux excellentes paires de banderilles lui valant de saluer.

Le taureau ne permettra aucune entame de faena du fait de son agressivité et le torero est apparu, impressionné par le berceau des cornes et peu décidé à se jouer les fémorales ; il abrège sans combattre d’une mise à mort laborieuse faite de deux pinchazos, d’une demie épée atravesada basse et en arrière d’effet hémorragique lent. Il sera relevé à la puntilla. Sifflets.

Oliva SOTO – Quemedices – 12/08 – Ce taureau est doté d’une armure large aux cornes plutôt courtes. Il hérite de trois piques légères et sort seul à la troisième. Le tercio de banderilles est sans intérêt. Brindis au public. Doté d’une charge courte il se retourne sur l’homme et accepte une confrontation sur les deux cornes majoritairement droitière mais livrée sans entrain.

Le torero qui ne manque ni de gestes ni de personnalité écourte la faena et allonge  son adversaire d’un bajonazo après pinchazo. Silence.

Ocurence – 12/08 – s’emploie sans force aux deux piques initiales et sans passion à l’ultime. Il a les deux cornes escobillées. A nouveau le tercio de banderilles sera escamoté. Brindis à X dans le callejon. Le torero affronte un bon taureau qui s’engouffre allègrement dans le leurre en usant du pico et en n’allant pas au bout des capacités du cornu. Il laisse une partie de l’assistance sur sa faim en abrégeant la confrontation. Il pinche une fois, le taureau ayant trébuché sur l’envoi, et tue d’une épée d’effet hémorragique. Silence.

Le prix de la meilleure pique est attribué à Manuel Bernal ; décidemment un bon dimanche pour la fratrie.

Dominique Valmary