L'actualité taurine n'a pas chômé depuis ce printemps et l'été aura été marqué par l'offensive des liberticides qui ont occupé le champ médiatique.

Le premier sujet à aborder en cette rentrée peut concerner l'apparente redistribution des rôles en matière d'organisation des corridas ce qui pourrait donner l'espoir de profonds changements. L'attribution des arènes est mise en jeu à Arles, Nîmes, Béziers à court terme et Mont de Marsan après une année 2020 de transition, 4 villes sur les 7 villes françaises de première catégorie, ce n'est pas rien.

Les cartes pourraient être redistribuées mais ce n'est pas le changement des équipes, s'il a lieu, qui sera le plus important.

Le constat est clair, les modèles actuels ne payent plus et ne nous satisfont pas : la répartition géographique des responsabilités (Nîmes à un nîmois, Arles à un arlésien, Béziers à un biterrois...) n'est plus justifiable, les échanges entre arènes conduisent à des programmations similaires et tarissent l'aficion, les contrefeux opportunistes que constituent les spectacles scénarisés (corridas goyesques qui se multiplient, nouveauté 2019 avec la création « mondiale » de la corrida camarguaise, cantatrices, chorales et autres fantaisies...) et le glissement vers le tout spectacle ne sont que cautères, la course au triomphalisme dans certaines arènes ne trompe personne et, plus important encore, l'apauvrissement du bétail proposé ne peut qu'aggraver la situation.

Pourtant le système continue de s'autoalimenter, un exemple récent avec l'accord conclu entre Andrès Roca Rey que j'apprécie et Alejandro Talavante qui rejetté par le milieu revient à ma grande satisfaction. Comment accepter un tel arrangement qui passera par une offre complète, taureaux inclus, imposée aux organisateurs.

Ce qu'il faudrait obtenir c'est la remise en cause des pratiques qui contreviennent aux fondamentaux de la corrida sincère et éthique. La corrida repose sur l'émotion or l'émotion la plus authentique est apportée par le taureau et l'émotion artistique est encore plus forte lorsqu'elle émerge devant un taureau qui n'est pas le simple faire valoir du torero. L'intérêt d'une corrida devrait passer aussi par la « competencia » entre les hommes or elle ne saute plus aux yeux même chez les novilleros qui ne se répandent que trop rarement en échanges de quites, rechignent à poser les banderilles ou encore négligent les gestes noverils, alors une fois passée l'alternative, je vous laisse imaginer...

L'essentiel est bien là mais il est peu probable que le jeu des chaises musicales aboutisse à autre chose que de simples annonces peu suivies d'effets. Ceci étant dit je ne demande qu'à être démenti dans les faits.

 

             Alors au regard des enjeux les polémiques lancées contre les présidences ne sont qu'épiphénomènes. La situation n'est cependant pas satisfaisante : la présidente de Malaga a été écartée à la demande des professionnels et il est devenu tendance de critiquer vertement l'arbitre à Bilbao, à Béziers, à Bayonne, à Arles ou à Nîmes... Là aussi et bien que les présidences ne soient pas infaillibles, les fondamentaux sont perdus de vue par le public et certains aficionados. L'émotion la moins rationnelle l'emporte trop souvent avec des indultos illégaux en Espagne ou accordés en l'absence de premier tiers puisque la muleta est devenue le seul critère déterminant, même la qualité de l'épée n'est plus considérée.

Mais, problème majeur, comment faire croire que l'éthique est préservée quand c'est la ville organisatrice, voire l'impresario, qui nomme les présidences souvent issues du cru, sans évaluation de leur niveau de connaissance du règlement et du comportement des taureaux et sans évaluation de leur pratique. Pour l'organisateur, la présidence est trop souvent un des éléments pouvant contribuer au succès du spectacle, on est à cent lieues de l'indépendance de l'arbitre ou du juge !

 

Pour sa part notre fédération traitera lors de son prochain congrès de l'ancrage de la corrida dans la modernité. En effet si la modification du rapport à l'animalité, l'uniformisation des cultures, l'aseptisation des émotions et la prééminence du virtuel pourraient mettre en difficulté la corrida, paradoxalement ce sont autant d'atouts à son avantage. A elle de les exploiter au mieux en entourant ses pratiques de préoccupations éthiques. En effet « la corrida du XXIième siècle sera éthique ou ne sera pas » ; gardons espoir.