Ce dernier lundi 7 mai, veille du début du cycle des corridas de la San Isidro 2018, Simon Casas, s’est livré pendant près d’une heure, dans une vidéo de Mundotoro.com, à un large exposé au cours duquel il a abordé des sujets variés.

D’abord des considérations locales :

  • composition des programmes de la San Isidro,
  • exigences inadéquates de cahiers des charges qui seraient à reformer,
  • mauvais effets du litige qui oppose la mairie de Madrid à la Communauté Autonome,
  • faible incidence de la baisse de l’IVA sur le prix des places,
  • avantages et inconvénients des corridas télévisées qui rapportent un peu d'argent mais démotivent les spectateurs,
  • trop de novilladas à Las Ventas et pas assez dans les petites places autour de Madrid …

Ensuite des considérations plus générales sur la richesse culturelle de la tauromachie qui, selon lui, est parfaitement accessible aux analphabètes parce que, comme il le précise, culture n’est pas accumulation de savoirs mais disposition à la curiosité et possession d’une précieuse forme de sensibilité.

Je ne commenterai pas tout ce qui précède et que chacun peut trouver sur Mudotoro.com.

Par contre, les deux points de vue que Simon Casas a développés pendant les 8 à 10 dernières minutes de son exposé m’ont paru particulièrement intéressants et dignes d’une réflexion critique. Voyons et écoutons ici et puis échangeons sur ce que nous en pensons.

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Voici mon humble mais assumé avis :

1 - Respect absolu du rite de la mort :

Le rite est primordial et il implique une indispensable mort du taureau. Simon Casas se livre ici à une pertinente considération d'ordre métaphysique. Il rappelle que depuis les débuts de leur humanité, les hommes, peut-être les seuls êtres vivants pleinement conscients de leur inéluctable destin, essaient de se le cacher. L’art de la corrida qui consiste à montrer la mort au centre de la cité serait-il un art maudit à prohiber ou un art transgressif à mettre en évidence ? Il faut écouter Simon développer avec brio la réponse qu’il donne à cette question…

Il en ressort que la corrida dite “incruente” n’est pas, selon lui, une solution d’avenir et que les taureaux continueront à être tués dans les arènes, assurant la prospérité des dehesas espagnoles, des plaines camarguaises, des vallons gersois… et la multiplication des hembras (femelles) à longues vies qui peuplent ces lieux de félicité animale.

Tout à fait d’accord avec l’incontournable mort qui nie toute perspective de corrirda incruente mais impose, toutefois, de ne pas s'efforcer de satisfaire en même temps les tenants de Walt Disney en multipliant les indultos.

2 - Protéger la corrida là où elle existe, renoncer à récupérer ses territoires perdus :

Ceci occupe la toute fin de la vidéo mais est absent du texte reproductif qui la suit. il faut donc bien avoir écouté Simon Casas expliquer que, si la tauromachie a disparu de certains lieux c’est qu’elle y était pratiquée de manière désastreuse. Il propose en exemple la Catalogne et, glissant sur le cas de Barcelone, il énumère Figueras, Gérone, Sant Feliu de Guíxols, Tarragone. Dans ces endroits, les arènes se seraient progressivement fermées, non sous des pressions antitaurines, mais parce qu’elles étaient administrées par des entrepreneurs peu scrupuleux qui ne visaient qu’à “exploiter des publics de touristes”. Ils organisaient dit Simon, “des  spectacles de supermarchés au mépris de la qualité et de l’éthique”. Pour protéger la corrida là où elle existe, il déclame à la forme impérative ce qui s’impose aux organisateurs : « Soyons grands là où nous sommes ! Soyons irréprochables ! Faisons de la tauromachie une transcendance merveilleuse ! Ne la transformons pas en produit commercial ! »

J’applaudis des deux mains. Des corridas “de qualité et éthiques” c’est ce que nous réclamons depuis toujours, nous aficionados fédérés. L’éthique implique des taureaux intègres jusqu’au bout des cornes. Des corridas organisées dans cet esprit ne plairont, peut-être pas, aux touristes mais recevront l’approbation de qui aiment les toros, autrement dit des aficionados.

Venons-en à la proposition qu’il faut abandonner les territoires perdus.

Chercher à réintroduire des corridas là où elles ne se célèbrent plus serait, dit notre talentueux entrepreneur, source de batailles et polémiques qu’il vaudrait mieux éviter. Le cas de la France, poursuit-il, est éclairant. Il y a eu des corridas à Paris d’où elles ont disparu mais la loi française les autorise dans les régions du sud de la France où le taureau n’a jamais cessé d’être présent. Et ça ne pose aucun problème... Beau raccourci d’une France jacobine proposée en exemple à une Espagne morcelée de communautés autonomes.

Ici je ne peux plus suivre. Abandonner les territoires perdus, c’est poser un cliquet fatal et exposer l’ensemble des territoires encore taurins au destin d’une peau de chagrin. À l’exemple des villes perdues de la Costa Brava, Simon avait ajouté celui des villes andalouses de la Costa del Sol où les arènes se sont fermées parce qu’elles proposaient à des touristes, elles aussi, des spectacles indigents. J'ajoute qu'il y a encore, en Espagne comme en France, dans bien trop de lieux où la corrida est légale, et pas seulement dans des arènes de plage ou de 3e catégorie, des organisateurs peu scrupuleux qui organisent de pitoyables spectacles où ils attirent de moins en moins de gogos. Tant mieux pour eux mais nous nous refusons au tant pis pour nous.

La Fédération conduit depuis ses origines un inlassable combat pour que la corrida soit intègre et éthique partout et souhaite son retour dans des villes comme Bordeaux Toulouse, Rieumes ou Fréjus…et aussi Barcelone.

Nous ne serons pas de ceux qui se résignent à "laisser la fiesta mourir en paix".

Que nos visiteurs ne se privent pas de poster, ci-dessous, leurs commentaires.

 

                                                                                                    Jean-Jacques Dhomps