RTM,

Sa première version a été élaborée en 1973 par l’UVTF sur le modèle du Règlement National Espagnol, depuis sa première édition le RTM s’est adapté au fur et à mesure de l’évolution de son modèle espagnol ou en fonction des décisions propres à l’UVTF. Si on ne rencontre dans aucune ligne du RTM le terme «éthique taurine», on peut toutefois affirmer qu’une telle préoccupation prévalait dans l’esprit de ses concepteurs, pour preuve le contenu de son préambule qui indique que le but du RTM consiste à :« assurer la défense et la sauvegarde des courses de toros avec mise à mort, et d'en permettre la célébration correcte, en conservant à ces spectacles leur caractère de noblesse et d'équilibre, en empêchant notamment, que ne soient commis des abus dans la présentation des animaux destinés à être combattus. »

Les manquements constatés antérieurement exigeaient, en effet, une telle réaction. Jusque-là, l’afeitado était fréquent, si ce n’est généralisé, et l’âge des toros incontrôlable, ne perdons pas de vue que l’adoption du guarismo n’a été décidé qu’en 1968 et commence, à peine, à produire ses premiers effets au moment où est rédigé le RTM.

A- L’éthique du combat repose tout entière sur la présence du toro bravo

 

Le titre V intitulé « dispositions visant à garantir l’intégrité du spectacle » y est dédié tout entier :

 

ARTICLE 43 : définit les conditions d’âge et de poids

ARTICLE 44 : Les animaux destinés précise que les animaux devront être des mâles, que leur tapio devra correspondre à la catégorie de l'arène considérée, et aux caractéristiques zootechniques de l'élevage dont ils proviennent.

ARTICLE 45 : Les cornes des animaux combattus en CORRIDAS DE TOROS et NOVILLADAS AVEC PICADORS devront être intactes.

ARTICLE 29 : prévoit le remplacement d’un toro qui entrerait en piste inapte au combat, préservant ainsi les droits du public.

LES ARTICLES 39 et 49 à 54 : chargent le Président de la course et la CTEM d’effectuer des contrôles préalables sur la conformité du bétail

ARTICLE 58 : décrit le protocole des contrôles post-mortem destinés à vérifier la dépouille, et notamment ses armures.

On le voit le RTM a échafaudé tout un dispositif destiné à assurer aux spectateurs de voir combattre des toros aux apparences physiques satisfaisantes

Mais les seules caractéristiques physiques d’un toro suffisent-elles à en faire un toro de combat ? Un toro satisfaisant l’éthique taurine ne doit-il pas être porteur d’autres qualités ? Des qualités de combattant qui justifient son opposition à l’homme. Ces valeurs, bravoure, poder, force, le toro bravo est présupposé les détenir avant la course. Hélas cette prédisposition à se battre avec acharnement n’est pas présente chez tous. Le règlement envisage, certes, le cas du toro manso et stipule des dispositions particulières pour le piquer voire pour le banderiller, la lidia d’un manso con casta sera même un régal pour aficionados avertis. Mais le règlement ne peut rien pour éviter que sortent dans nos ruedos des toros dépourvus de bravoure, des bestiaux à la noblesse molle, plus faire-valoir qu’authentiques adversaires. L’opposition qu’offre ce genre de toros semble faire perdre toute sens à la corrida, certes le risque est toujours là, mais le combat se trouve de trop facilité.

 

B- Les représentants de l’aficion sont-ils réellement en mesure de conforter l’éthique du spectacle ?

 

Les C.T.E.M

Elles constituent une originalité du droit taurin français, une originalité dont nos voisins ibériques sont jaloux, mais peut-être prêtent-ils trop de vertus à cette institution ?

La totalité des articles du titre II du RTM est consacré à la CTEM :

ARTICLE 5 : décrète l’obligation de constituer une C.T.E.M. dans chacune des ville taurine adhérente de l’UVTF

ARTICLES 9, 49 et 51 : mentionnent ses attributions : conseiller le Maire pour tout ce qui concerne les affaires taurines, de veiller au respect des dispositions du présent règlement, et effectuer des vérifications avant la course et lors des contrôles post-mortem.

Ce rôle de conseil, de vérification, dévolu à des aficionados compétents apparaît comme un gage de sérieux, une assurance de voir respecter les fondamentaux garantissant un spectacle moral.

Apparemment un rôle déterminant. Mais qu’en est-il dans la réalité ?

Il faut d’abord souligner que la part de personnalités compétentes, les aficionados attentifs à l’éthique taurine, est relative à l’intérieur d’une CTEM, leurs avis peuvent se trouver neutralisés par ceux des délégués municipaux.

Quelle véritable portée revêtent les décisions de la CTEM ?

La version actuelle du RTM nous dit « Le Maire ou son délégué prendra en compte des décisions de la C.T.E.M et pourra les rendre exécutoires conformément au présent règlement., la première mouture spécifiait : le maire devra tenir compte des décisions de la CTEM en les rendant exécutoires. Une nouvelle formulation qui traduit un net recul d’influence

En fait, l’efficience de cet organe de contrôle est tout à fait dépendante de l’écoute que lui prête le premier magistrat, mais également du type de gestion de l’arène, la régie paraissant plus favorable à la prise en compte des remarques formulées par les aficionados.

 

Présidence de course

ARTICLE 38 nous dit : « Le déroulement de la course est placé sous la direction d'un Président, chargé de veiller au strict respect des dispositions du présent règlement et des usages en vigueur. Le Président est désigné par le Maire ou son délégué. Le Président sera assisté de deux assesseurs techniques désignés également par le Maire ou son délégué.
 

Le Maire désigne donc sous sa seule autorité le président de la course et ses assesseurs. Si généralement ce processus de nomination ne pose pas de difficultés, il peut cependant aboutir à des choix privilégiant d’autres objectifs que la seule sauvegarde de l’éthique. Tel Maire soucieux du succès populaire de sa féria sera tenté de désigner un président pas trop regardant pour l’attribution des trophées, oreilles, vueltas, indultos concédés ont, on s’en doute, un retentissement bénéfique au remplissage de la plaza, à la notoriété, à la fréquentation de la ville de la ville.

Il paraitrait souhaitable que l’existence du CPAC soit mentionnée dans le RTM, que les présidents soient systématiquement choisis parmi les membres du CPAC. On peut, aussi, se demander s’il ne serait pas préférable que le RTM fasse obligation au maire de composer un palco extérieur à la ville ;

 

Alguazils

ARTICLE 39 : est relatif à la désignation par le Maire des alguazils

ARTICLE 40 : précise que le palco fera exécuter ses ordres dans la piste et le callejon par l'intermédiaire des alguazils qui doivent s'abstenir de toute initiative personnelle.

On le constate le règlement cantonne les alguazils au rôle d’intermédiaire du palco et les prive de toute initiative personnelle. Cette conception n’est pas satisfaisante, elle a contribué réduire le rôle des alguazils à une fonction symbolique, alors que situés au plus près de l’action ils seraient en mesure de jouer un rôle déterminant pour veiller au respect de l’éthique. Un rôle d’autant plus fondamental que la perte de critères du public incite les cuadrillas à moins d’orthodoxie. Le « respectable », à force d’accepter de ne plus être respecté des divers acteurs de la fiesta ne contribue-t-il pas, également, à la perte des valeurs morales du spectacle ? Renoncer à voir dans la corrida une confrontation où le courage se doit d’être la symétrie de la bravoure, brocarder un palco qui se refuse de rentrer dans ce jeu, font perdre tout sens à la tauromachie et la condamne à disparaître à terme.

 

C- Comment le règlement assujettit-il les toreos au respect de l’éthique ?

Expérience professionnelle requise :

ARTICLE 25 : indique l’expérience professionnelle que, novilleros et matadors, doivent avoir acquis pour pouvoir réaliser leur office.

ARTICLE 26 : stipule que l’appartenance à une association professionnelle garantit le professionnalisme de chaque intervenant ainsi que les intérêts légitimes de toutes les parties intéressées à l'organisation et la célébration de ces spectacles, notamment les spectateurs.

Mais avoir participé à un minimum de novilladas ou de novilladas sans picador suffit-il à parer le torero des vertus que l’éthique taurine impose. Se montrer torero est fort différent que d’avoir fait tourner un compteur de spectacles. Aucun article du RTM ne mesure le degré des valeurs morales attendues du belluaire, il est présupposé investi de l’éthique torera avant même d’entamer le paseillo.

Le règlement régule le déroulement de la course :

Au-delà de la qualification professionnelle, maitriser son office est une obligation due aux spectateurs , le RTM décrit, à sa manière quel doit être le déroulement de la course l’ensemble des chapitres du titre V l y sont consacrés. Seul le premier tiers a fait l’objet d’une rédaction explicite, les deux autres sont abordés plus rapidement. A la réflexion cela paraît somme toute logique, il n’existe en effet qu’une façon de piquer dans les canons, les deux autres temps de la lidia sont affaire d’interprétation personnelle du toreo, d’inspiration ou plus prosaïquement de stratégie. Mais cette plus grande liberté d’interprétation se doit d’exclure tout geste déloyal, tout manquement à une façon d’être, à un office attendu d’un torero.

Les chapitres 71 à 81 sont afférents au déroulement de la course et mentionnent les divers comportements délictueux durant les trois étapes du combat :

Le coupable d’une de ces transgressions est passible d’un avertissement du président, s’il négligeait cet avertissement, il risquerait d’être sanctionnés comme auteur d’une infraction légère. Sans réelle échelle de gravité des diverses infractions, sans moyens de les sanctionner en proportion, la seule action dissuasive réside en une décision de l’UVTF visant à ’interdire pour un temps donné, tel professionnel ou telle ganaderia, évidemment cette mesure ne peut concerner que les villes adhérentes de l’UVTF.

On le voit le RTM n’indique jamais ce qui constitue positivement l’éthique torera, il ne souligne que les attitudes qui la bafouent. En effet, il ne faut pas attendre d’un règlement, qui soumet, par définition, à une discipline, l’exposé des valeurs éthiques qui sont davantage du domaine de la déontologie, du code moral. Ainsi les lecteurs du RTM n’y trouveront pas les notions d’aguante, de toreo fondamental, de toreo sur les deux mains, par le bas et l’intérieur, pas plus que de « corto y derecho ». Concepts qui sont, pour nous, les ingrédients indispensables de l’éthique torera, de l’art de toréer.

 

Que conclure au terme de notre analyse ?

Le RTM fixe un cadre, établit une règle du jeu qui ambitionne de garantir une célébration correcte des courses dans l’intérêt des spectateurs.

Ses dispositions ont permis la disparition des abus qui ont précédé sa rédaction et en ce sens il permis une nette amélioration.

Le respect de l’éthique, qui donne sens à la corrida, impose, une autre dimension, celle de la confrontation de la bravoure et du courage, composantes qu’aucun règlement ne peut garantir, mais auxquelles les représentants de l’aficion impliqués dans le contrôle de la course devraient être attachés au plus haut point et défendre obstinément . C’est sans doute en améliorant la représentativité, l’influence des aficionados dans l’organisation des courses, que l’éthique peut s’étendre, regardons autour de nous n’est-ce pas dans les corridas montées par des associations d’aficionados que la morale de la tauromachie est le mieux préservée ?