AIRE sur l’ADOUR - Mardi 1er mai 2018

Novillada de trois élevages différents. Le cartel hommes initial était un mano a mano entre El ADOUREÑO et Maxime SOLERA ; du fait de la blessure de ce dernier, le cartel a été remanié pour être composé de trois novilleros du Sud-Ouest. Ont donc toréé Yannis DJENIBA « EL ADOUREÑO (écarlate à parements jais et or), Baptiste CISSE (framboise et or) et Dorian CANTON (rouge basque et or).

1er (RASO DE PORTILLO, 3 ans) : armé large, bien reçu, prend une 1ère pique tête haute en cherchant à la faire sauter, reste passif à la 2ème, en arrière et de côté et enfin va au toril à la 3ème mise en suerte, ce qui met fin au tercio. Poursuite aux banderilles, accélérant après la 1ère paire ; 3ème exposée. Malgré la noblesse de son novillo, intéressé par les planches, El Adoureño  se fait accrocher, tant son placement est marginal, puis ramène l’animal au centre pour servir deux séries de naturelles plus sincères et subir un retour aux planches. Quelques passes hautes, deux de châtiment, entière bien portée un poil en arrière et deux descabellos avec démarrages. Mort bouche fermée, avis à onze minutes et silence avec applaudissements à l’arrastre.

2ème(Maria CASCON MARTIN, 3 ans 4 mois) : armé correctement, de charge lente, reçu par larga à genoux. La 1ère pique voit une poussée modérée et la 2ème est levée de suite après une mise en suerte en quatre étapes, le novillo brillant par sa distraction ; le novillero le replace pour une 3ème mais une mésentente avec le palco (m’a-t-il semblé) se solde par le changement de tiers. Quite de Cissé et Canton por collera et poursuite bien molle aux banderilles. Débutée à genoux et ponctuée d’un avertissement, la faena se poursuit au centre avec des derechazos templés déclenchant la musique. Suite à un choc au burladero (provoqué ?), l’animal, blessé à un boulet (?), se met à trébucher à chaque passe et se réfugie eux planches. L’homme tient cependant à lui -et à nous- infliger sa circulaire inversée et tarde bien assez à conclure laborieusement sa faena avec trois pinchazos portés sans grand engagement, demi-lame et descabello. Avis à onze minutes quinze, salut aux tiers et applaudissements cette fois très discrets à l’arrastre.

3ème (RASO DE PORTILLO, 3 ans 2 mois) : beau et long novillo bien armé, reçu par véroniques soignées et larga. 1ère pique en arrière de Gabin Rehabi, poussée mais trop longue, 2ème mieux placée, 3ème après avoir dû être rapproché, courte et correcte. 2ème tiers sobre, sans poursuite, avec les banderilles dispersées sur l’échine du cornu. Le novillo chargeant avec vélocité et se retournant sur l’homme, Canton gère l’adversité comme il peut, se fait accrocher, et reprend sa faena en tirant mieux le bras. La musique est lancée vraiment hors de propos et la mise à mort difficile : un pinchazo avec désarmé, un autre qui voit l’épée voler, et une entière basse en suerte naturelle d’effet immédiat. Silence pour l’homme, applaudissements plus francs pour la dépouille.

4ème (Maria CASCON MARTIN, 3 ans et demi) : lourd bison armé gacho, qui fait illusion en s’engouffrant dans la cape puis en poussant sous une 1ère pique basse ; las, l’animal se montre tardo à la 2ème, en arrière et donnée avec le cheval en travers, et s’effondre à la sortie. C’est particulièrement frustrant de voir ce novillo venant de loin et doté d’un beau galop s’agenouiller sans cesse, ce qui enlève toute émotion à la faena, bien assez longue il est vrai. Final pueblerino avec trois circulaires inversées et desplante mal venu, le tout en allant vers le toril, suivis de passes aidées hautes et trinchera plus sérieuses. Une épée qui glisse sur le poil, une entière contraire et trois descabellos tardifs après que le puntillero ait relevé le novillo. Un avis pour quatorze minutes de faena et silence.

5ème (PALHA, 3 ans 1 mois) : attendu a porta gaïola, le novillo, laidement armé gacho, contourne la cape de Cissé. Il secoue sous deux vilaines piques de Nicolas Bertoli, 1ère dans l’épaule, 2ème en arrière ; malgré cela, il me semble que l’on aurait pu voir une 3ème rencontre, n’aurait-ce été justement que « pour voir ». Nouvelle décision -ou accès à la demande de la piste- contestable du palco avec l’arrêt des banderilles à deux paires. Enfin des doblones pour entamer une faena ! Le novillero cite de loin un adversaire noble et chargeant mufle au sol, mais reste sur le voyage et se fait promener puis conduire aux planches. La séquence encimista qui suit n’assure pas pour autant le dominio et Cissé, qui veut « son »oreille, n’oublie pas « sa » circulaire inversée et « ses » bernadinas, le tout donnant une impression de décousu. Demi-lame tombée, agonie au centre et descabello. Avis (avec panne du chronomètre, cette fois-ci le mien) et oreille sur demande confidentielle.

6ème (PALHA, 3 ans 1 mois) : de trapio correct, armé large mais cornicorto, fuit au contact du fer en deux refilones puis pousse sous une pique en arrière, pour moi inutilement carioquée et pompée ; l’arrêt du tercio m’a paru particulièrement mal venu, nous empêchant une fois encore de « voir » ce novillo. El Adoureño, dont ce n’est manifestement pas le jour, perd sa cape sur un quite en farols … Poursuites irrégulières aux banderilles. Trois passes changées au centre déclenchent la musique. Devant cette véritable « machine à charger », noble et encastée, Canton ne se croise pas, ou pas assez, se fait dominer voire balader, mais reste assez lucide pour se sortir de ces difficultés ; dans ce contexte, avec le presque enfant du pays, dire que la foule est en délire reste bien en-dessous de la vérité. Intelligemment, le novillero arrête sa faena à six minutes mais conclut mal avec pinchazo, pinchazo bas, 1/5ème de lame en avant et entière basse. L’oreille concédée frôle bien sûr le ridicule dans cette situation d’échec, compréhensible pour un débutant, mais qui n’a pas à être occulté par une pseudo récompense. Vrais applaudissements à l’arrastre.

Prix au meilleur picador : non attribué, avec sagesse.

Salut final de D. João Folque de Mendoça, qui y associe son mayoral, pour avoir amené deux novillos intéressants (tandis que les éleveurs de Raso de Portillo en ont présenté un (quelque peu « peste » !) et celui de Maria Cascon Martin malheureusement aucun).

Présidence de Marc Amestoy, assisté de Marc Debèze et de Gérard Labrouche, peu inspiré aujourd’hui : tercios de piques tronqués, avis sonnés avec retard, trophées accordés plus sur le volume des hurlements que sur le nombre de mouchoirs.

A noter un point intéressant et positif : au 1er novillo, la musique a commencé de jouer dès la sortie des chevaux de l’arrastre puis, miracle, à partir du 2ème, elle a sagement attendu la sortie de la dépouille.