Oui, j'ai eu la chance d'approcher Jean-Marie Magnan. Jeune lecteur de toros je raffolais des reseñas de Magnan, j'aimais son style et cette psychanalyse du toreo, le labyrinthe, le minotaure, Pedres, Curro...Autant d'images en moi !

Je l’ai croisé une première fois à la suite d'une conférence qu'il avait faite à Béziers pour Alternative. Les hasards du buffet nous rapprochèrent et là je me suis retrouvé à échanger avec lui et son épouse ; j'avais dû lui parler de ma première émotion toreriste avec un torero oublié, “Tinín”... une faena à un manso con casta commencée par un combat de rue pour aboutir devant le toril, et là le toro qui rythme sa charge à la vitesse de la muleta… mise en suerte pour l’estocade et accrochage, toro et torero vacillent, titubent et tombent ensembles. Magnan m’écouta et développa le temple et Curro.

Autre rencontre lors d’une séance de dédicaces avec Lucien Clergue dans une librairie de Béziers, où après avoir évoqué ma perte d'aficion, mes doutes sur Nimeño, une longue conversation s’engagea au cours de laquelle ils s’efforcèrent de me ramener sur le chemin des arènes ; rendez-vous fut pris pour la corrida du lendemain.

C’était la corrida du 13 août 1990 à Béziers, ma troisième rencontre avec Jean-Marie Magnan qui était mon voisin de tendido. Julio Robles était au cartel. La conversation s’engage sur son retour en forme, son triomphe de la veille à Dax. J'imagine les commentaires à mi-voix de la faena à venir, quelle chance d’être à côté de ce maître ! Alors qu’il m’expliquait les talents du capeador, le toro sort. Jean-Marie Magnan décrit la réception avec de précieux petits détails… puis le drame : à la quatrième véronique… Nous sommes debout, il me serre le bras très fort, on emporte Robles, la tête renversée…

 

                                                                                    Pierre Rougeot

 

Voltereta infligée à Julio Robles, le 13 août  1990 à Béziers, par le taurea Tmador de Cayetano Muñoz
Photo : Gaceta de Salamanca