Posture ou Imposture ?

   

      Ce jeudi 8 octobre 2020 l'Assemblée Nationale n'a pas eu à examiner certains amendements à la Proposition Parlementaire de Loi n° 3393 déposée par Cédric Villani relative aux souffrances animales. Ils ont été déclarés irreceables, ce dont il faut se réjouir, VICTOIRE.

     À cette occasion notre ami Daniel Garipuy a consulté et étudié les quatre études scientifiques citées dans l'exposé des motifs de l'amendement n°156 pour fonder l 'interdiction d'entrée des mineurs dans les arènes.

Vous en trouverez ici l'analyse.

Alors ?

  • POSTURE : souci de préserver l'enfance au delà de l'autorité parentale ; pourquoi pas ?

  • IMPOSTURE : mystification de l'opinion par la manipulation à charge d'études scientifiques ?

 À vous de vous faire votre opinion

 

L’amendement n°156 de la PPL « Souffrances Animales » (n° 3393), visant à interdire la corrida aux mineurs de 16 ans, et heureusement rejeté, cite quatre études.

 

Une seule étude est spécifique de la corrida.

 

J.L. Graña, J.A. Cruzado et al :

“ Effects of Viewing Videos of Bullfights on Spanish Children” in Aggressive Behavior (30), 1, 16-28 (2004).

 

D’après les auteurs de l’amendement elle montrerait qu’une majorité d’enfants ont un sentiment défavorable sur les corridas et qu’après avoir regardé une vidéo de corrida leur score d’agressivité et leur score d’anxiété étaient plus élevés si les images étaient accompagnées de commentaires festifs plutôt que de commentaires neutres.

J.L. Graña est chercheur au département de psychologie clinique de l’Université de Madrid. Son étude porte sur un échantillon représentatif de 240 élèves, filles et garçons, âgés de 8 à 12 ans, de la communauté de Madrid à qui est présentée une vidéo de corrida et soumis plusieurs questionnaires ayant pour buts de connaître leur opinion générale sur la corrida et d’évaluer son impact émotionnel.

L’étude est complexe, les items nombreux et les conclusions qu’on peut en tirer non aussi tranchées que l’affirment les députés.

Nous retiendrons par exemple que si 57 % des élèves déclarent ne pas aimer la corrida, 43 % ont une opinion contraire, ce qui n’est pas négligeable. 60 % considèrent qu’il s’agit effectivement d’un spectacle violent mais 65 % ne voient pas de problème à ce que des enfants de leur âge y assistent et 75 % pensent qu’accompagnés par un adulte cette expérience est positive.

Écoutons ces enfants… ne leur interdisons pas l’accès aux arènes, mais accompagnons-les. Ils ont raison, ne les laissons pas seuls car la corrida doit être expliquée.

Nous rejoignons à ce niveau les auteurs quand ils disent dans leur conclusion que les effets psychologiques sur les enfants des scènes violentes sont médiés par l’interprétation cognitive de ces conduites, plutôt que par la violence elle-même.

Ajoutons que la majorité des élèves avaient déjà vu au moins une corrida à la télévision, ce qui témoigne de l’ancrage de la fiesta brava dans la culture espagnole.

 

Deux articles cités concernent les effets de l’exposition des enfants à la maltraitance animale.

 

Kelly L. Thompson and Eleonora Gullone (Département de Psychologie, Monach University, Australie) :

An Investigation into the Association between the Witnessing of Animal Abuse and Adolescents’ Behavior toward Animals ” in Society & Animals 14:3 (2006),

 

donc une recherche sur la relation entre le fait pour des adolescents d’avoir été témoins de mauvais traitements envers les animaux et leur comportement vis-à-vis des animaux.

12 écoles secondaires participèrent à l’étude qui a inclu 281 élèves, garçons et filles, âgés de 12 à 18 ans.

Comme attendu ceux qui ont été témoins de violences envers les animaux, en l’occurrence domestiques, manifestent un « score de cruauté » plus élevé que les autres, surtout si les violences ont été commises par un proche, ami ou parents, et d’autant plus si ces situations se sont fréquemment répétées.

Les auteurs concluent à la nécessité d’interventions en milieu scolaire, notamment par des pairs, visant à promouvoir la notion qu’abuser d’un être plus faible et sans défense est un acte primitif et lâche.

Nous sommes quand même assez loin de la figure du taureau de combat.

 

Browne, Hensley & McGuffe :

« Does Witnessing Animal Cruelty and Being Abused During Childhood Predict the Initial Age and Recurrence of Committing Childhood Animal Cruelty? » in International Journal of Offender Therapy and Comparative Criminology, May 10, 2016.

 

Cette étude a utilisé des données recueillies auprès de 257 détenus de sexe masculin dans une prison d’État de moyenne sécurité.

Les prisonniers ayant été victimes de maltraitance dans leur enfance ont déclaré s’être livrés à des actes de cruauté envers les animaux. Par ailleurs plus ils ont été témoins jeunes d’actes de cruauté envers les animaux, plus ils ont eux-mêmes commis précocement de tels actes.

 

Quel rapport avec la corrida ?

 

Une seule étude française, récente, est mentionnée.

Laurent Bègue

 

« Explaining Animal Abuse Among Adolescents : The Role of Speciesism » in Journal of Interpersonal Violence, September 24, 2020

Laurent Bègue est professeur de psychologie sociale à l’université de Grenoble-Alpes.

 

Le but de l’étude est d’étudier en quoi le spécisme, défini comme « la croyance que les humains ont intrinsèquement plus de valeurs que les individus d’autres espèces » joue un rôle dans les violences commises envers les animaux.

12 344 adolescents âgés de 13 à 18 ans scolarisés en Isère, ont été interrogés par questionnaires. A la question « La vie d’un être humain a-t-elle plus de valeur que celle d’un animal ? » les réponses des adolescents font ressortir un niveau d’adhésion plus important chez les auteurs d’actes de cruautés (commis par 7,3% de l’échantillon, essentiellement sur des chats et des chiens).

D’après l’auteur il s’agit de la première étude montrant que le spécisme est un des facteurs à l’origine des violences animalières.

Vive donc l’antispécisme…

 

Daniel Garipuy

Le 8 octobre 2020