Les minutes de vérité de St-Martin-de-Crau !

Saint-Martin de Crau a vécu samedi une course de taureaux qui va marquer, cette année encore, la temporada. La corrida de Rehuelga (origines Buendia, purs santacoloma) a enthousiasmé les aficionados présents en grand nombre aux arènes Louis-Thiers qui ne se sont jamais ennuyés.

Et pourtant…

Tout aurait pu être différent si, en tauromachie, il ne fallait pas passer par la case ultime du combat : la « minute de vérité », la mise à mort du toro.

Le président de la course, M. André Roques[1], aurait très bien pu suivre la demande du public qui réclamait l’indulto de « Jilguero » le quatrième toro de cette corrida de la ganaderia Rehuelga, presque inconnue du grand public. Un grand toro de 515 kg né en février 2009 au cuir noir avec des poils blancs (negro entrepelado bragado) qui a attaqué par trois fois le cheval de la cavalerie Bonijol monté par  Francisco José Quinta en y mettant les reins pour montrer sa noblesse, puis en livrant une noblesse infatigable dans la muleta de Morenito de Aranda.

Le résultat aurait été de la récompense des deux oreilles et la queue factices délivrées au matador et la grâce du toro qui aurait alors regagné le toril vivant. Triomphe médiatique pour Saint-Martin et pour le torero. Un peu facile et hors de la vérité de ce moment qui est l’essence même de la corrida.

La présidence n’a pas cédé à la pétition d’indulto et il a bien fallu que Morenito s’engage pour porter l’estocade, ce fameux moment de vérité où le torero se découvre pour atteindre « la croix » entre les omoplates de la bête et le toucher mortellement d’un coup d’épée.

 Et là… ! Adieu oreilles et queue, adieu triomphe médiatique, adieu indulto, pour laisser place au désespoir d’un matador incapable d’ajuster son arme correctement.

« Jilguero » eut droit à une vuelta posthume très applaudie, Morenito de Aranda à un salut tout aussi applaudi par le public qui ne lui a pas tenu rigueur de son échec avec les aciers. Au premier, « Almendrito » toro faible qui ressentait peut-être, les coups subis après s’être violemment battu aux corrales, le torero avait également salué.

Minute de vérité aussi pour Thomas Dufau qui a laissé échapper un grand triomphe face au troisième, « Sombrerero », autre Reguelga à être honoré d’un tour de piste posthume, le meilleur toro de la course, une estampe de toro que le torero montois n’a pas su comprendre, le toro allant « a mas », le torero « a menos ». Autre échec face au sixième qu’il a laissé aux bons soins de son picador qui ne s’est pas privé de piquer n’importe comment.

Minute de vérité aussi pour Ruben Pinar, blessé gravement l’hiver dernier, revenu aux arènes avec courage et détermination mais qui, comme tous les toreros qui ont subi la corne des taureaux, mettra certainement longtemps avant de retrouver tous ses moyens. Il est vrai qu’il n’a pas eu le meilleur tirage au sort.

Enfin minute de vérité pour la Unica et les arènes Louis-Thiers de Saint-Martin de Crau qui sont entrées, après des années de travail, de recherches, d’expériences dans le cercle très restreint des plazas toristas incontournables. Mais, avec cette course, elles ont prouvé qu’il existait encore des courses de taureaux, de véritables taureaux qui donnent de l’émotion, de la crainte, de la peur et où le spectateur n’est pas abruti par des dizaines et des dizaines de passes en long, en rond, en large et en travers par des toreros vedettes face à des toros sans race.

 

Paul BOSC

________________________________

[1] N.D.L.R. André Roques était assisté de Thierry Faget, vétérinaire et de Caroline Bouya (CTEM)