Variations sur l’afeitado

¡Afeitadito, afeitado, afeitadissimo!

par Jean-Jacques Dhomps

 

Notre fédération a toujours réclamé l’intégrité du taureau de combat. C’est sans doute pourquoi Simon Casas qualifie d’intégristes les aficionados de notre espèce.

L’une des manières les plus constantes, bien qu’il y en ait d’autres, de réduire l’intégrité du taureau est de raccourcir ses cornes.

La pratique de l’afeitado est très ancienne. Très probablement elle s’est généralisée avec l’allongement du troisième tiers. “Guerrita” comme “Gallito”, Belmonte, puis Domingo Ortega, “Manolete”, Luis Miguel Dominguín, Antonio Ordóñez, “El Cordobés”, tous les toreros de leurs générations et tous ceux qui suivirent ont toréé des taureaux afeités et en toréent encore.

La question de l’afeitado est traitée par les professionnels taurins comme celle du dopage dans les milieux sportifs. L’afeitado n’existe pas (mensonge) ou, s’il existe (cynisme), il n’entraîne aucune conséquence néfaste mais, au contraire, permet aux toreros de s’exprimer complètement.

Il est bien certain que pratiquement tous les taureaux que nous avons vus dans les arènes au cours du siècle dernier étaient “afeités” de manière souvent très visible. Le grand aficionado, écrivain, journaliste et polémiste, Jean Cau, à qui il arriva d’accompagner Luis Miguel Dominguín ou Jame Ostos durant une entière temporada a raconté qu’il s'est souvent introduit nuitamment avec leurs cuadrillas dans les corrals, veille de la corrida, pour “afeiter” les taureaux.

Il est heureusement advenu que des voix particulièrement autorisées s’unissent aux nôtres pour dénoncer cette fraude. Devant les proportions qu’elle avait prise après la guerre civile espagnole, l’impeccable maestro Antonio Mejías Jiménez dit “Antonio Bienvenida” la dénonça de manière fracassante en 1952 sur les ondes de Radio Madrid : « J’ai toréé, comme tous, des taureaux “afeités”. Pour l’avenir de la fiesta et pour maintenir sa grandeur, nous devons exiger des autorités qu’elle empêche cette infâme manipulation des taureaux. »

Ça provoqua un scandale majeur, Antonio Bienvenida fut accusé de traitre par les principales figures qui l’accompagnaient dans les sommets de l’escalafón, tandis que Luis Miguel Dominguín, plutôt que d’affronter des pointes aiguës, préféra se retirer des ruedos, au moins provisoirement.

Où en sommes-nous aujourd’hui ? Dans les arènes sérieuses, en France comme en Espagne, l’épointage (voir notre commentaire de 1'article 58 (paragraphe 1-C) du règlement) a succédé à l’afeitado et, d’autre part, l’application puis le retrait de fundas a apporté la solution d’un afeitado psychologique, les deux procédés se cumulant sans difficulté puisque l'épointage peut coïncider avec le retrait des fundas.

Il n’en reste pas moins que nous préférons assister à des faenas courtes, peut-être pas complètement léchées mais sincères et émouvantes, devant de véritables toros qu’à des triomphes manzanaresques kilométriques devant des animaux arrangés pour ça.

Au Mexique, l’afeitado ne semble plus gêner grand monde et peut apparaitre en pleine lumière sans susciter d’autres commentaires que de reprocher au président de la course de ne pas avoir attribué une oreille à celui qui a estoqué un animal horriblement abimé, corne gauche ébréchée, corne droite cassée, rafistolée avec du fil de fer et de la résine. 

David Zamora dénonce une telle abomination, sur l’excellent site Pureza y emoción que m’a fait connaître Jean-François Coste.

Voici la vidéo accusatrice (les sifflets s'adressent au président qui n'a pas accordé l'oreille !) et puis lire, infra, une traduction de l'article de David Zamora :

 

Une fraude en pleine lumière

 

Situez-vous : La place de taureaux de Mérida, au Mexique. Des taureaux de San Isidro,  propriété du señor Francisco J. Guerra, pour Morante de la Puebla, Joselito Adame et El Payo. Des taureaux approuvés par le Juge de Place (le président), Ulysse Zapata León, et avec l’accord d’Hernán Evia Góngora, Président de la Commission Taurine de Mérida, et de son équipe et aussi avec celui du vétérinaire. Le taureau visible sur la vidéo a été combattu par le Mexicain Joselito Adame.

Les images blessent, à l’évidence, la dignité et la sensibilité de n'importe quel aficionado. Parce que nous, aficionados, nous aimons le taureau brave. C’est pourquoi nous défendons son intégrité (des intégristes pour monsieur Simón Casas) tandis que les autres souillent l'honneur de ce bel animal pour se remplir les poches sans se préoccuper de l'avenir de la Tauromachie et, donc, du taureau. Parce que, nous nous répétons comme si nous nous adressions à des enfants, sans festejos taurins le taureau brave disparaît.

Les images montrent la fraude en pleine lumière, une manipulation de cornes sans la moindre tentative de dissimulation. Comme le montre aussi la vidéo, au cours du sorteo nous voyons Antonio Barrera, apoderado de Morante et l'un des "sauveurs" participant à la Fusion Internacionala por la Tauromaquía. Barrera est toujours le représentant d'ETMSA de ce côté-ci de l’océan, ayant fait ami-ami avec Casas et José Cutiño. Il y a péril si nous ne réagissons pas.

Qui est ou qui sont les responsables ?  L'entreprise, le Juge de place ... ? Le Président Municipal de la ville de Mérida, le Lic. Renán Barrera Coquille ? Et les professionnels qui ont participé à la course ? Un maestro qui a une dignité, quand dans les corrals il découvre une fraude de ces dimensions, il doit franchir le pas, dire "MOI NON". Parce que faire le paseíllo dans ce festejo, c’est  participer à l’escroquerie. C'est donner des armes aux antitaurins, qui se frottent les mains quand ils voient de telles choses.

Les aficionados et les médias taurins ne peuvent pas se taire dans de telles circonstances. Nous avons l'obligation morale de dénoncer publiquement parce que si nous ne le faisons pas, ils recommenceront avec le même cynisme. Le temps de ne plus se taire est arrivé, chers lecteurs. Ils continueront à le faire, mais commençons à lever la voix pour freiner cette honte qui détruit la Fête. C'est l’unique moyen d'arrêter ça.

 

David Zamora