Auteur: El Ya
Date: 13-07-05 19:19
Au sujet du tercio de varas, ?coutons J. Bartolotti, qui se faisait l'?cho en 1999 d'une ?tude r?alis?e par l'UCTL. C'est ?difiant.
Saison apr?s saison, nous voyons r?guli?rement d?truire des camadas enti?res de toros bravos durant les tercios de varas.
Nous ! C'est-?-dire d'abord les matadors auxquels profite le crime, sinon pourquoi l'ordonneraient-ils ou le tol?reraient-ils, puis les picadors qui l'accomplissent sans ?tat d'?me, le public ensuite qui siffle pour la forme ou par habitude voire garde le silence, et enfin et surtout nous- m?mes, la presse taurine, qui ? d?faut de complicit?, commettons pour le moins un grave recel, qu'on ne nous reproche pas assez !
Il est grand temps de rompre ce silence coupable et de hurler notre indignation d'aficionados. Il faut que cela cesse. Ne faisons plus semblant de ne pas voir . Nous partageons tous ? des degr?s divers la responsabilit? de ce mal qui accable la fiesta. L'aficion, r?sign?e, se tait. M?me le tendido 7 de Madrid, si prompt ? censurer , consid?re que combat-l? est perdu et laisse saigner trop de toros sans broncher. La presse taurine ne parle presque jamais du tercio de varas. Je suis toujours surpris de lire trop de comptes rendus de corridas o? ce moment fondamental de la course est totalement occult?.
Que dire de ces braves picadors, bient?t condamn?s au ch?mage, et qui ne se rendent pas compte qu'ils sont en train de couper eux-m?mes les sangles de la selle sur laquelle ils sont assis en d?valuant ainsi leur fonction. Tous ne pourront pas se reconvertir en rejoneadores !
Vous l'avez compris, il ne s'agit pas d'un plaidoyer pour la suppression du tiers des piques mais au contraire pour sa revalorisation, pour le r??quilibrage de la corrida et - pourquoi pas ? - pour un retour salutaire aux 3 piques r?glementaires supprim?es par la l?gislation Corcuera qui n'a fait que prendre acte de l'abusive pratique des ruedos. J'avais d?j?, dans un ?ditorial de la revue, ?voqu? cette navrante affaire ("Suerte de varas. Une ?tude opportune et alarmante", Toros n? 1583 du 5 ao?t 1998), et rappel? l'?tude s?rieuse faite par le d?partement recherche de la Union de Criadores de Toros de Lidia (U.C.T.L.) sur 90 toros lidi?s ? Madrid pendant la San Isidro 1998.
Ce rapport dress? ? la demande des ganaderos est accablant. Permettez-moi d'y revenir pour sensibiliser nos lecteurs au probl?me ? cause de son exemplarit?.
- D'abord sur les 90 toros examin?s et les 276 puyazos ?tudi?s, il appara?t que seuls 13 desdits puyazos (soit 4,71 % !) ont ?t? donn?s dans la zone ad?quate (terminaison du morrillo) et aucun (0 % !) dans le morrillo m?me. Tous les autres puyazos ont ?t? traseros (en arri?re) ou caidos (sur le c?t?) et donc n?cessairement meurtiers. Ils ont contribu? ? d?molir trop de toros dont certains... n'ont pas besoin de cela !
Nous sommes tr?s loin de la triple mission du coup de pique honn?te qui est, rappelons-le :
. de contribuer ? l'?tude de la bravoure et de la force du toro (deux ?l?ments essentiels pour tout aficionado et tout ?leveur dignes de ce nom) ;
. de r?gler le port de t?te du toro;
. de r?gler la puissance du toro en diminuant son imp?tuosit? de fa?on ? le laiser apte ? une faena de muleta.
Les r?sultats n?fastes de certaines blessures mal plac?es sont l'apparition de l?sions vert?brales, d'h?morragies importantes, de boiteries et chutes anormales, voire de perforation de la pl?vre.
- Ensuite la moyenne de la somme des trajectoires par animal est de 61,91 cm. La moyenne de profondeur du puyazo est de 21,06 cm. (la dimension de la puya de la pointe ? la cruceta est, elle, de 8,78 cm.). Certaines piques ont m?me occasionn? des blessures de plus de 30 cm de profondeur.
La dur?e moyenne du ch?timent global par toro (tous puyazos confondus) a ?t? de 30,84 secondes. La premi?re pique ?tant de loin la plus f?roce. Enfin 28,93 % des assauts ont donn? lieu ? carioca. Dans 8,12 % des cas, il y a eu barrenado (action de vriller l'arme pour en augmenter la p?n?tration) et dans 63 % des piques il y a eu mete y saca (la fameuse pompe).
Certes il s'agit de Madrid, ar?ne o? les professionnels font peu de cadeaux aux toros, compte tenu de leur grand trapio, mais cette ?tude plus qu'alarmante vient d'?tre h?las ! confirm?e (lire Aplausos , n? 1141 du 9 ao?t 1999) par un livre intitul? Suerte de varas figurant dans la collection taurine de la Diputacion de Valencia et d? ? la plume de deux enseignants de la Facult? V?t?rinaire de Cordoue. Il est ici question de 270 toros ?tudi?s et de... 7 % de piques "correctes", si j'en crois notre confr?re valencien.
4,71 % ou 7 %, ces chiffres assez voisins sont peut-?tre des scores honorables pour les petite listes lors de nos ?lections, mais ils ne doivent ici en aucun cas ravir l'aficionado.
Et ce d'autant plus que la premi?re ?tude que j'ai cit?e met en lumi?re une fraude suppl?mentaire : avant les r?glementations de 1992 et 1996 le contr?le pr?alable des puyas ?tait effectu? par l'U.C.T.L., dont elle a ?t? dessaisie au profit du Delegado gubernativo, qui n'est pas toujours ? m?me d'effectuer convenablement sa mission. R?sultat : certaines des piques responsables de ces blessures terribles, n'?taient pas r?glementaires si je suis le rapport. La puya r?glementaire doit ?tre de forme pyramidale avec chacun de ses angles ? 60?. Les puyas non r?glementaires parfois utilis?es ressemblaient ? un bistouri avec des faces non plus planes mais concaves et des ar?tes plus tranchantes (angles de 48? ? 32? !).
- Quelles mesures pourraient ?tre envisag?es ?
1?) Faire respecter le r?glement en utilisant uniquement les piques l?gales et en excluant les autres. C'est la mission du d?l?gu? aux piques.
2?) Sugg?rer un compl?ment au r?glement actuel par la r?daction d'un petit texte rappelant que la pique doit ?tre donn?e "au morrillo et en aucun cas au-del? de sa partie arri?re sous peine de sanctions..."Les anciens r?glements le prevoyaient.
3?) La presse taurine dans son ensemble - pour une fois soyons unis . - doit se mobiliser pour d?noncer syst?matiquement les mauvais tercios de varas et valoriser aussi syst?matiquement les bons et ne pas rel?cher la pression tant que durera cette situation intol?rable qui nuit ? la cr?dibilit? et ? la grandeur de la f?te taurine.
Jo?l BARTOLOTTI. Toros n?1609 - Ao?t 99
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