
 Vendredi
24 Août 2007 n°2786
POLITIQUE
Les cons de l'année prochaine…
"Les
cons, ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnaît", remarquait Michel Audiard
avec sa sagesse légendaire. La
preuve par l'exemple. C'est dans l'air du temps. Une manière insidieuse de ronger
les libertés au nom des bons sentiments ou d'une morale hygiéniste s'insinue à
peu près partout. Dans la foulée de la lutte anti-tabac qui a pris une tournure
"soviétique", bureaucratique et étatique si éloignée des valeurs "libérales" dont
se parent nos dirigeants, c'est maintenant le mouvement anticorrida qui mobilise
à tout va. Des spots TV, des pétitions, des manifestations et un relais médiatique
intense, notamment une double page d'un tract publiée récemment dans Marianne
ou la Une et deux pages dans le Libération du 18 août. À l'origine de cette mobilisation
: des associations ayant rallié personnalités venues de la politique, du spectacle
et du journalisme à leur cause. Les arguments ? On les connaît : la souffrance
animale. Plus étonnant, le mot d'ordre brandi par l'une des associations en vue
: "Abolir la corrida, préserver l'enfance." Il y a bien des façons de préserver
l'enfance, mais on n'imaginait pas que la corrida soit en pointe dans le domaine
de la perversion de la jeunesse… Il
serait trop fastidieux de citer tous les people décidés à terrasser la corrida.
Cependant, on peut constater que ce combat ratisse large : de Rika Zaraï à José
Bové en passant par Annie Cordy, Dave, Francis Lalanne, Noah, Geneviève de Fontenay,
Massimo Gargia, Sophie Marceau, Jacques Gaillot ou toute l'équipe de Charlie Hebdo,
ces "anars" si friands de lois et d'interdictions… Il ne faut pas oublier Renaud
à la pointe du mouvement, déjà auteur d'une chanson contre le tabac avant peut-être
une nouvelle diatribe contre les avalanches, le cancer ou la guerre. On relève
aussi la présence d'anciennes stars du porno comme Brigitte Lahaie et Zara Whites,
très impliquée. Cela doit être le versant "protection de l'enfance" de l'affaire.
Face à cela, on n'a même pas envie de convoquer d'autres noms qui ont célébré
l'art de la tauromachie comme ceux d'Hemingway, Montherlant, Orson Welles, Dumas,
Mérimée, Cocteau ou Michel Leiris. Il est probable d'ailleurs que ces noms, appartenant
incontestablement au monde "d'autrefois", ne diraient rien à nos abolitionnistes
d'aujourd'hui. Sur
le fond, le thème de la "souffrance animale" est tellement inepte que l'on aurait
presque honte de rappeler à nos belles âmes (qui devraient être toutes végétariennes)
que la souffrance, non pas de quelques centaines de taureaux de combat, mais de
centaines de millions d'animaux (plus d'un milliard d'animaux sont consommés chaque
année en France) dans les abattoirs et dans les centres d'élevage en batterie
est un drame autrement plus important pour les défenseurs de la cause animale.
On a plutôt l'impression ici qu'il s'agit d'emmerder son prochain. Un "prochain"
que l'on choisit en général parmi des minorités. Après les amoureux de corrida
viendront les chasseurs, les taxidermistes, les buveurs de vin… "Les cons de l'année
prochaine sont déjà là" disait Michel Audiard. C'est ce que l'on peut penser en
plein mois d'août. 2008 est prometteur… Christian
Authier Article paru dans l'édition du Vendredi 24 Août
2007 |