|
......
Iñigo Méndez de Vigo
y Montojo
DIPUTADO AL PARLAMENTO EUROPEO CATEDRÁTICO JEAN MONNET
A. H.
.............................................................Bruxelles,
le 20 février 2007
.............................................................Mme
Gitte Seeberg
.............................................................Député
au Parlament Européen
Estimée consoeur, chère
madame Seeberg
Avec les députés Evans,
Murko et Schlyter vous avez présenté la déclaration écrite 02/2007
relative à "l'interdiction à l'échelle communautaire des corridas
de toros". Etant donné qu'outre le fait d'appartenir au même groupe
parlementaire nous avons en commun la condition de juriste (Mme
Seeberg est avocate - Note du Webmaster), j'ai étudié avec
une grande attention la déclaration écrite 02/2007 et je tiens à
vous communiquer les commentaires suivants.
Un philosophe espagnol
célèbre afirma voici déjà un siècle que "la clarté est la politesse
du philosophe." En le paraphrasant, pour moi, "la rigueur est l'exigence
du juriste." Pour cette raison, en tant que juriste professionnel,
j'ai toujours été allergique au fait d'extraire des morceaux de
textes légaux pour servir des intérêts partisans ou de détourner
des arguments avec pour seul but une démonstration pro domo suo.
Je suis au regret de vous dire que ces deux travers se retrouvent
dans la déclaration écrite 02/2007.
À savoir. Vous basez
l'interdiction à l'échelle communautaire des corridas de toros sur
le protocole numéro 33 annexe au Traité CE - introduit par le Traité
d'Amsterdam en 1997 -, duquel vous extrayez la référence aux animaux
comme "êtres sensibles" à partir de laquelle vous concluez à la
volonté de l'Union de "garantir une protection supérieure et un
respect plus important du bien-être des animaux". Ces deux références
sont effectivement contenues dans le préambule, mais ce qui est
véritablement important juridiquement est le texte lui-même du protocole
cité, que vous oubliez et qui stipule, je vous le rappelle, "en
formulant et en appliquant les politiques communautaires en matière
d'agriculture, transport, marché intérieur et recherche, la Communauté
Européenne et les Etats membres devront tenir compte des exigences
en matière de bien-être des animaux, tout en respectant les dispositions
légales ou administratives et les coutumes des Etats membres, relatives,
en particulier, aux rites religieux, aux traditions culturelles
et aux patrimoines régionaux."
(L'article 121 de la
partie III du Traité qui établit la Constitution Européenne s'est
prononcé postérieurement dans les mêmes termes.) La partie du texte
mise en évidence en gras est la conséquence du principe de subsidiarité
et oblige à conjuguer toute intervention communautaire avec le respect
de la législation et des traditions des Etats membres. Même si les
signataires de la déclaration écrite 02/2007 ne font pas mention
du texte du protocole ils le connaissent parfaitement puisqu'ils
s'y réfèrent dans le second attendu à l'occasion d'une affirmation
insolite pour quiconque ne serait pas au courant du contenu du dit
protocole, quand ils affirment que les corridas de toros ne sont
pas une tradition culturelle dans la mesure où "elles n'ont jamais
été déclaré patrimoine culturel par une institution européenne".
Ce qui est un argument exotique dans la mesure où sensu contrario,
toute manifestation culturelle de quelque pays européen devrait
avoir été au préalable considérée comme telle par les institutions
européennes pour bénéficier de ce statut. Ce que l'on ne peut soutenir
si l'on veut être crédible. Pour cela, et sans vouloir entrer dans
un débat sur cette question, lequel ne me paraît pas nécessaire,
je tiens à vous confirmer que la Fiesta de los Toros est une tradition
ou coutume espagnole qui plonge ses racines dans le temps : des
dessins de toros apparaissent dans les grottes d'Altamira ou dans
les cérémonies religieuses des Ibères, des combats contre des toros
sont mentionnés par les historiens grecs et romains, et il existe
des témoignages d'une corrida de toros donnée en l'honneur du roi
Alfonso VIII à Logroño en 1113. La Fiesta de los Toros est présente
dans tous les domaines de la culture non seulement espagnole mais
mondiale, comme en attestent les peintures de Goya ou Picasso, les
sculptures de Benlliure, la musique de Bizet, les films d'Orson
Welles, la poésie de Federico Garcia Lorca, les romans d'Hemingway
ou les pasodobles, musique créée ex-profeso pour les toros. Et c'est
grâce à la Fiesta et au travail des ganaderos que le toro survit
aujourd'hui en Espagne (France et Portugal NDLR)
alors qu'il a disparu du reste de l'Europe.
Dans la déclaration écrite
02/2007 est mentionné le Plan d'action de la Comission à propos
du bien-être des animaux pour la période 2006-2010. Le dit plan
établit que la Comission fera en sorte que sois pris en compte le
bien-être animal dans le contexte des politiques agricoles et de
la recherche, de la sécurité alimentaire ou des tests efectués sur
la dangerosité des substances chimiques. Le plan prévoit 28 actions
dans le domaine de la protection et du bien-être animal sans qu'à
aucun moment il soit fait référence aux toros. Il y eut pourtant
bien une tentative de quelques collègues du Parlement Européen pour
inclure les toros de lidia dans un avenant du rapport Jeggle au
sujet du Plan de la Comission. Et comme vous le savez sans doute,
l'assemblée pleinière du Parlement Européen rejeta cette demande
lors du vote célébré le 12 octobre 2006 par une majorité écrasante,
avec seulement 168 voix pour et 402 contre. Je pense qu'il aurait
été convenable de votre part de mentionner ce fait pour une meilleure
information de nos collègues.
La demande que vous formulez
auprès de la Commission dans votre attendu numéro 2 part d'un motif
inexistant. Vous demandez à la Commission de "prendre des mesures"
(sic) pour garantir que les subventions de l'Europe ne puissent
étre allouées à des éleveurs de toros de lidia. Or, la Commission
n'a jamais adopté de mesure équivalente. Par ailleurs, les institutions
européennes ne subventionnent pas les corridas de toros. Les subventions
que l'Union Européenne octroie sont destinées à l'élevage de bovins
mâles en vue de garantir la viabilité de la production de viande.
Ces aides sont strictement réservées à une production ganadera à
fin alimentaire qui profite de la Politique Agricole Commune. En
ce sens, la PAC ne discrimine aucun éleveur, qu'il exerce son activité
à titre principal ou partiel.
Plus grave encore est
la demande contenue dans l'attendu numéro 3 de votre déclaration
écrite dans lequel il est "demandé à la Commission et aux Etats
membres d'appliquer aux corridas de toros les dispositions générales
de l'Union Européenne sur le bien-être animal et de travailler à
interdire les corridas de toros à l'échelle communautaire." Je dis
que c'est plus grave car à la différence d'un Etat qui, selon un
constitutionnaliste classique "avait tout pouvoir sur son territoire,
sauf celui de changer un homme en femme" l'Union Européenne et ses
institutions peuvent seulement exercer les compétences qui lui ont
été préalablement concédées. Dans le cas qui nous occupe, la Commission
ne dispose d'aucune base légale pour interdire les corridas de toros.
Elle n'a aucune compétence en la matière. Et les Etats membres,
à l'exception de l'Espagne, du Portugal et de la France n'en ont
pas davantage en la matière. Leur demander qu'ils interdisent les
corridas n'aurait donc aucun sequitur. Parce que, comme dirait un
torero illustre aujourd'hui disparu "lo que no puede ser, no puede
ser y ademas es imposible."
Pour tout cela, votre
initiative peut avoir des conséquences très négatives pour l'image
et la perception que les citoyens ont de l'Union Européenne. En
les incitant à croire que les institutions européennes peuvent interdire
les corridas de toros au vu de cette déclaration écrite, ses promoteurs
trompent des gens de bonne foi. Que direz-vous à ces personnes qui
se sentiront frustrées quand elles s'apercevront que votre initiative
n'a eu aucune conséquence ? Ne pensez-vous pas que vous contribuez
ainsi à créer des européens déçus, voire des europhobes convaincus
? Je suis sûr, en outre, que quelques députés qui sont contre les
corridas et souhaiteraient leur interdiction rejetteraient l'idée
que l'Union Européenne puisse imposer pareille mesure aux Etats
membres.
Je pense qu'un député
responsable doit répondre à ces questions avant de souscrire à une
initiative comme la déclaration écrite 02/2007.
Je reste bien sûr à votre
disposition pour tout commentaire ou tout éclaircissement.
Cordialement.
|