18 févier 2009

Week-End d’Afición à Nîmes les 30 et 31 janvier 2009

Club Taurin « Les Amis de Pablo Romero » / Soirée sur le tercio de piques / vendredi  30 janvier 2009

L’un des plus importants et aficionado de tous les clubs taurins nîmois, « Les Amis de Pablo Romero » sont propriétaires d’un magnifique édifice, sis 12 rue Emile Jamais à Nîmes : patio intérieur avec colonnades, salles au rez-de-chaussée et à l’étage travaux en cours dans la grande salle qui fut une synagogue, dépendances, etc…
Tous les mois, ils y organisent une réunion sur un thème tauromachique lors des soirées appelées « Rincón Taurin » et aussi des expositions artistiques.

Le 30 janvier, pour traiter le thème « Le Premier Tiers : Mensonges et Vérités d’un Grand Malade », ils avaient invité :

Philippe Heyral, descendant d’une dynastie d’empresas de caballos, nîmois et actuellement prestataire « cuadra » des arènes de Nîmes, Dax, Alès, Istres et Samadet entre autres ;

La Fédération des Sociétés Taurines de France (F.S.T.F.), représentant les aficionados dans le cadre du débat, par la personne de son Président Roger Merlin, V.P. de la Peña Taurine Côte Basque de Bayonne, et Délégué aux piques des arènes bayonnaises ;

L’A.D.A.C. de Céret en tant qu’organisateurs taurins attachés au toro de lidia et en particulier au tercio de piques, représentée par José Angulo, Webmaster et Délégué aux piques, et Jean-François Coste, Secrétaire, par ailleurs aussi Secrétaire de la F.S.T.F..

Le débat était préparé et remarquablement animé par Laurent Giner, ancien Président de l’A.N.D.A., et cheville ouvrière des « Rincons Taurins ».

Parmi les points à noter lors du débat, on peut relever  :

Philippe Heyral : montre l’évolution des dimensions des piques à travers le temps, par un jeu qu’il conserve précieusement (et dont la photo a été publiée sur Internet et dans la revue ToroMag).
Il considère qu’un cheval de picador doit être conduit au mors (importance de la « bouche ») et non à l’étrier gauche. Il relève que les meilleurs picadores sont dans les cuadrillas des figuras, là où l’on pique peu ou pas, tandis que les plus mauvais cavaliers sont avec les toreros gladiateurs pour qui les toros qu’ils acceptent sont aptes à recevoir un premier tiers digne.

Comme il offre la prestation de la cuadra de caballos, de l’alguacil, des piques et banderilles et de l’arrastre, il souhaiterait pouvoir aussi proposer sa propre cuadra de picadores (un peu utopique quand on connaît le mundillo, mais idée recevable qui montre le haut degré de sa réflexion). A rappelé que son grand-père a inventé le peto en 1929, qui à l’époque protégeait l’avant du cheval car on craignait la blessure mortelle de face, droit au cœur.

Roger Merlin : a rappelé la motivation de la Fédération pour la défense du tercio de piques, avec le colloque organisé à Arles fin octobre 2008, dans le cadre de son 92ème Congrès, les propositions transmises à l’U.V.T.F à l’occasion de leur Congrès en janvier 2009, le communiqué de presse sur le sujet, etc..
En tant que Délégué aux piques de Bayonne, il a souligné l’importance de parler aux toreros et aux picadores avant le paseo, du montage des piques. A ce propos, il montre une pique dont la partie métallique voit sa surface latérale supérieur peint en rouge afin que le public puisse reconaître si la pique est montée à l’endroit (face plane de la pyramide orienté vers le haut) ou à l’envers.

José Angulo et Jean-François Coste : ils ont redit l’importance que l’ADAC attache aux toros de combats d’encastes fondamentaux, aux principes de la lidia, au tercio de piques ; au bienfait des paroles adressées aux toreros et aux picadores avant le paseo, au montage et au déroulement des piques (comme souligné par Roger Merlin); « Ceret-de-Toros 2008 » a innové en annonçant le nom du picador de turno sur le panneau indiquant les caractéristiques des toros avant leur sortie en piste ; l’attribution de prix aux picadores, un moment galvaudée par les professionnels, redevient efficace ( exemples à Parentis et Céret), etc…

Tous les intervenants ont mentionné les arènes dans lesquelles le tercio de piques est convenablement respecté : au premier plan desquelles Vic-Fezensac et Arles, qui ont le mérite de continuer à organiser des corridas-concours, mais aussi Bayonne, Céret, Alès, Beaucaire, Istres en corridas, Lunel, Parentis, Roquefort, Tarascon, en novilladas, etc…

La Mairie de Nîmes était représentée par un aficionado connu et qui prend part aux présidences, avec qui les échanges de la salle ont été animés !

A noter que le club taurin « Les Amis de Pablo Romero » est désolé de la politique tauromachique pratiquée par la Ville de Nîmes et son empresa et qu’ils ont fait partie des 12 clubs taurins - sur 15 - de la Commission Taurine Extra-Municipale (C.T.E.M.) qui avant la Pentecôte 2008 ont dit au Maire qu’ils n’iraient pas faire la visite de reconnaissance des toros de Juán Pedro Domecq, ce qui conduisit le Maire à prononcer la dissolution de la dite C.T.EM. (…).

Rajoutons aussi que cette Ville organise le plus grand nombre de spectacles tauromachiques en France (hormis hélas des novilladas piquées…) et dispose des plus grandes arènes de l’Héxagone en capacité d’accueil de spectateurs. Mise à l’index par l’Union des Villes Taurines de France (U.V.T.F.) en 2006 sur confirmation de manipulations de cornes de Palha, après expertise et contre-expertise, elle ne souhaite pas réintégrer l’Union et continue à organiser des confirmations d’alternatives qui n’ont pas beaucoup de signification !!! 

Visite de la finca de Philippe Heyral / samedi 31 janvier 2009

Notre ami René Chavanieu était l’initiateur et l’accompagnateur des représentants de la Fédération des S.T.F. et de l’A.D.AC.

Philippe Heyral a commencé à rappeler le rôle joué par sa famille au cours du 20ème siècle dans la sauvegarde du tercio de piques. Nous avons vu le premier caparaçon, créé par son grand-père, fait de pièces de cuir juxtaposées comme les tuiles d’un toit, pour protéger la partie antérieure du cheval. Il nous a fait visiter son atelier de confection des petos (digne de la haute-couture): grandes tables, patrons des petos et manguitas, machines à coudre de selliers dont certaines très anciennes et en parfait état de marche.

Les petos sont aujourd’hui des « vêtements » techniques. Basés sur une plaque souple de KevlarTM tissée, renforcée par des couches qui absorbent le choc, les petos Heyral d’aujourd’hui pèsent 19 -20 kg, le poids limite admis par le Règlement Taurin étant de 30 kg.

Des petos et manguitas, neufs et d’occasion, sont vendus aux Espagnols, qui quelquefois, se méfiant des innovations techniques des Français, ne les montent que pour le paseo et reviennent à leurs équipements archaïques pour la lidia !

Actuellement la cuadra se compose de 31 chevaux et de deux mules pour le paseo avec harnachement type Séville.

La famille Heyral est de longue date tournée vers l’équitation (Ecole d’Equitation de Nîmes) et les sports hippiques. La chaine de télévision spécialisée, Equidia » a projeté un film (50 mn) de Martin Ducros, « Dans l’ombre des arènes », tourné pendant 4 ans dans la finca, et dont Ph. Heyral nous a remis une copie.

Union Taurine Nîmoise / Soirée Fernando Cuadri / samedi 31 janvier 2009

Nous avons participé à cette soirée organisée par l’Union Taurine Nîmoise (U.T.N.), le club taurin doyen de France qui a fêté ses 112 ans (à noter que le 2ème plus ancien est la Société Taurine « La Muleta » d’Arles qui tient ses 102 ans), dans son splendide Siège social du bar-restaurant « Au Bureau », Boulevard Amiral Courbet à Nîmes, Siège décoré notamment par des affiches de corridas très anciennes (Nîmes 1868, etc…).

Fernando Cuadri a d’abord reçu de l’U.T.N. un trophée à la mémoire du toro “Aragonés” qui a gagné 18 prix de la San Isidro 2008.

Le débat était animé par le Président de l’U.T.N., Eric Pujante, et des membres du Bureau.

A retenir parmi les propos du ganadero :

- Son élevage, Herederos de Don Celestino Cuadri, appartient à l’encaste Ibarra / Santa Coloma, dans une branche spécifique avant le croisement avec Saltillo, avec du Pérez de la Concha, et de l’Urcola d’où la présence de quelques toros castaños au milieu d’un cheptel essentiellement noir.
- Son encaste particulier fait qu’il ne peut pas « rafraîchir » le sang, car il n’existe aucun autre élevage semblable.
- Il a actuellement 28 reatas au niveau des vaches, notes obtenues par familles et tienta ; par contre, il ne tiente pas les machos ; il teste un semental potentiel sur une trentaine de vaches, et attend les résultats pendant 3 ou 4 ans, en novillada piquée ou en corrida….Patience, afición et immobilisation de capital (…) sont exceptionnels !
- Son cheptel actuel comprend 160 vaches.
- Si l’on n’y prend garde, la « nature » a tendance à réduire la caste qu’il faut tâcher de maintenir. Donc le dilemme pour un ganadero comme lui qui ne peut rafraîchir, est de naviguer entre le renouvellement de la caste et la consanguinité. Grand amateur d’oiseaux et en particulier de canaris, il raconte que les canaris étaient verts à l’origine aux Iles Canaries. Quand ils sont venus en Espagne, ils ont évolué vers le jaune qu’on leur connaît. Mais, dans les nouvelles générations, certains mâles naissent avec des plumes vertes. A noter que ceci ne fait que refléter les lois de Mendel sur l’hérédité.
- Il sélectionne en recherchant la caste, la bravoure, mais aussi la noblesse qui selon lui est indissociable de la caste (cf. son exposé lors des VI Jornadas del Ganado Bravo, de Pamplona en novembre 2008)
- Il ne met pas de fundas à ses toros, qui pourtant se battent beaucoup (vous avez dit Santa Coloma ?), car il préfère les blessures nettes, comme les estafilades qui sont soignées plus facilement par le vétérinaire, que les blessures données avec les fundas qui conduisent les toros à taper davantage car ils ont perdu le sens des distances, ce qui occasionne des hématomes profonds, beaucoup plus difficiles à soigner.
- Il dit que ses toros (et lui-même ?) sont très sensibles aux conditions météorologiques et environnementales : à la finca « Juán Vides » de Trigueros (Huelva), le « viento de Levante » affecte le comportement de ses vaches lors des tientas, et pourtant son planning de tentaderos ne lui permet pas toujours d’attendre. Les temps orageux aussi rendent leur toros plus sauvages.
- Il préfère que ses toros soient lidiés à 4 ans plutôt que comme cuatreños.
- Ses toros ne doivent pas être toréés par le haut, car alors il « mangent » le torero.
- Dans sa grande sincérité qui a transparu tout au long de son exposé, il a même ajouté qu’il n’afeite pas ses toros, mais qu’il comprend les ganaderos qui le font pour des raisons économiques !

A noter que l’U.T.N. appartient aussi aux 12 clubs taurins de la C.T.E.M. de Nîmes qui ont exprimé leur désaccord sur la politique taurine de la Ville, ce qui a amené le Maire à dissoudre la Commission !

Une soirée – de deux heures trente - en présence de 60 participants, au cours de laquelle l’aficion aux toros a été bien perceptible tant du côté des responsables de l’U.T.N. que de l’assistance.