Présidences, direction de courses :
de grâce un effort !
Un bilan après quatre rendez-vous toristos
par André Roques
Président du "Tendido 7" de Béziers
Nous nous sommes, hélas, résignés à voir les présidences de nos grandes plazas totalement acquises aux intérêts médiatiques des empresas, gérantes des lieux, et donc à attribuer trophées, tours de piste, voire indultos avec une générosité complice.
Cette complicité est d’autant plus dramatique que le public de « feria » de nos grandes arènes manque sérieusement de «culture tauromachique» et fait, le plus souvent, preuve d’un enthousiasme excessif au regard de la réelle valeur du spectacle proposé. Une présidence, digne de ce nom , devrait impérativement relativiser la prestation des différents acteurs : toros et toreros et n’attribuer que des récompenses vraiment justifiées. Pour ce faire, il est indispensable que le « palco » dispose d’un certain niveau de connaissances et d’expériences taurines, et accepte de s’y référer, ce qui ne semble pas la règle absolue .
On me rétorquera que la première oreille appartient au public . Soit !
Encore faut-il qu’une pétition majoritaire l’exige.
Les perpétuels pèlerins de la corrida authentique vont chercher et assez souvent trouver , du moins cette année , leur bonheur dans des arènes de moindre catégorie .
Nous y avons connu , en 2009, de grandes satisfactions .
Alés, Vic, Céret, Beaucaire, nous avons assisté dans chacune de ces arènes à au moins une corrida intéressante, entretenue par un lot de vrais toros .
Si on doit regretter quasi systématiquement que les piétons ne puissent se mettre au diapason de leurs opposants, il nous faut aussi dénoncer de nombreuses défaillances dans la direction de la course .
Des exemples ?
1° La présidence des Dolorés Aguirre d’Alés particulièrement à côte de la plaque toute la course .
2° Beaucaire où le palco oublie de voir les trois premiers Palha, supérieur le second, pour donner la vuelta à un « caganis » de 6 ans, bizco , qui grandit sous la muleta d’un Padilla très largement récompensé de deux oreilles pour une faena encore plus superficielle que baroque.
3° Nous reviendrons sur la concours de Vic où la grande majorité des aficionados ont « vu », le Palha - encore . La présence de Victorino justifierait-elle , à elle seule , la perte des valeurs vicoises ?
4° Si certaines présidences sont longues à faire retentir les clarines du premier avis, à Céret c’est dans la précipitation qu’on signifia , à 2 reprises, la fin des dix minutes .
A ces remarques particulières s’ajoutent des manquements qui ont tendance à se répandre à toutes arènes .
Tout le monde sait que la corrida commence à l’heure exacte…
Or à Vic , Céret et Beaucaire au moins un spectacle des cycles respectifs a débuté en retard .
Cuadrillas bloquées dans les embouteillages , guichets débordés ….
L’immense majorité des spectateurs prend ses précaution pour respecter l’horaire, pas les professionnels .Est-ce que ce monde est sérieux ?
Faire heurter les barrières par un animal lancé en pleine course est une pratique interdite qui se banalise pourtant . Les conséquences de ce geste lâche sont toujours désastreuses pour qui aime le toro. Le résultat de ce forfait se traduit, dans le meilleur des cas, par cornes en pinceaux , mais peut aboutir, comme récemment à Beaucaire, à une cassure de cornes, nous privant du combat d’un superbe victorino, ou pire, à la mort du toro, nous avons tous en mémoire le victorino - encore - qui s’était fracassé contre les burladeros vicois.
Cependant l’article 72 du règlement taurin adopté par l’U.V.T.F. stipule : « il est interdit de recortar l’animal de l’aveugler pour provoquer un choc contre la barrière ou de lui faire donner des coups de corne contre les burladeros .Le matador qui enfreindrait cette interdiction recevra un avertissement du président et dans ce cas pourrait être sanctionné comme auteur d’une infraction légère , en particulier si par la suite de son intervention irrégulière l’animal souffrait d’une diminution sensible de ses facultés »
Nous savons tous la vacuité du même règlement à propos des sanctions , mais qu’est ce qui empêche aux présidences de donner un avertissement par micro aux peones coupables de tels gestes ? Et de sanctionner le torero en limitant les trophées .
Nous ne reviendrons pas sur le nombre de piques qui est davantage le fait des grandes plazas aux affiches médiatiques et où le bétail combattu est davantage un modèle de noblesse niaise que synonyme de bravoure ardente . Pourtant un détail et non des moindres , le règlement taurin prévoit - aliéna 11 article 73 et article 84 -
que la bravoure dont un toro doit faire preuve pour mériter vuelta ou indulto se mesure aux piques . Est ce qu’une monopique, ou une série de picotazos suffisent à faire la démonstration d’une authentique bravoure .Bien sûr que non . Peu de toros ne méritent réellement les honneurs dont ils se voient affublés par des présidences aux largesses sans limites .
Passons sur le nombre de piques pour en venir à leur exécution, il est écrit - article 73 - que « le picador devra piquer dans le haut du morrillo » et un peu plus loin que « si le toro se sépare du cheval il est interdit de le piquer à nouveau immédiatement » .
Voilà deux pratiques extrêmement courantes des centaures actuels, contre lesquelles le Président dispose d’une arme puisqu’il est prévu qu’il puisse « donner un avertissement aux picadors contrevenant aux dispositions du présent article et pourra les sanctionner selon la gravité de l’infraction commise » .
Nous avons déjà regretté l’absence de sanctions, mais pourquoi pas rappeler à l’ordre, par micro, les piqueros manquant de dignité ? Est ce que le nombre des contrevenants serait trop important ? On peut, hélas, le redouter .Mais l’absence de réactions et le laisser faire actuel ne représentent-ils pas un blanc seing propice à la banalisation de ces mauvaises manières ?
Un autre travers touche en règle générale les palcos, celui du décompte des banderilles. Le règlement taurin , le code de bonne conduite du monde taurin emploie une formule lapidaire pour énoncer la règle : « on banderillera l’animal en lui posant trois paires de banderilles ou au minimum deux sur décision du président »
Admettons que le président veuille abréger un tercio de piètre exécution, c’est donc au minimum quatre banderilles qui doivent avoir été posées au toro et ce en en faisant fi de la méthode et du nombre de tentatives .
Concernant la vuelta al toro, réglementairement, elle est octroyée par la présidence, si le public la demande majoritairement. Ce qui signifie que les palcos ne peuvent se prévaloir d’aucun arbitraire et ne peuvent pas non plus librement décider de donner la vuelta à tel toro pour récompenser l’ensemble d’un lot .
Autre remarque : les présidences nous semblent bien isolées, et la communication avec le public déficiente. Pourquoi ne pas informer immédiatement les spectateurs des événements qui affectent la course et nécessitent des changements ?
Nous suggérons, également que chaque présidence, comporte systématiquement un vétérinaire rompu à la connaissance des toros et libre de tous liens avec l’empresa. La présence d’un tel expert apporterait une meilleure garantie sur la nécessité de procéder ou pas au changement d’un toro.
De la même façon il nous paraîtrait utile que chaque palco compte dans ses rangs une personne capable d’admonester dans la langue de Cervantes un péon ou piquero indélicat .
Voilà ce que nous inspire le dernier millésime de quatre férias toristas .
Ces remarques, on l’aura compris, ne visent à condamner quiconque .Nous sommes conscients des responsabilités incombantes aux présidences, de la difficulté de juger en instantané, et du courage nécessaire pour s’exposer à la vindicte populaire .
Si nous avons pensé utile de livrer à votre réflexion ces quelques points, c‘est bien parce qu’ils ont contrarié notre plaisir . Peut- être nous paraissons-vous trop exigeants ? ….
Vous nous rétorquerez, sans doute, qu’ajoute à la beauté du spectacle une médiocre paire de banderilles supplémentaire ? Rien, absolument rien !
Si ce n’est que la corrida , n’est pas un spectacle banal , métaphore de la vie , elle se doit de rendre compte de toutes ses difficultés pour pouvoir mieux mettre en lumière toute sa beauté .Toute présidence qui accepte de monter au palco devient le garant de ce spectacle unique . |