Libres propos...

27 octobre 2009

Attention !
Ces libres propos que nous avons inaugurés le 30 octobre 2008, n'engagent pas la Fédération mais seulement leurs signataires qui sont, bien entendu, des aficionados fédérés mais qui prennent l'entière responsabilité de ce qu'ils écrivent.
Toutefois, le Comité de Rédaction de ce site refuse de publier des propos qui seraient injurieux ou attentatoires aux libertés publiques ou individuelles ou aux bonnes mœurs.

Non, non, non... et non

(réponse à Juan Pedro Domecq suite à l'article de Jean-Louis Marc paru sur le site fstf.com daté 29/09/09)

par Philippe VIGNAU
Président de Pour une Tauromachie Authentique 33
ph.vignau@wanadoo.fr

En tant que bordelais, j'ai honte. J'ai honte qu'un descendant de la famille Domecq, Verriers à Bordeaux, éleveur de toros de combat en Andalousie, déconsidère la tradition tauromachique à l'espagnole, au travers de son intervention à Nîmes, le 18 septembre 2009, et je dis « non » sur toute la ligne, à ses « propositions ».

Après les induites galvaudés, après les défilés de toros faibles ou décastés dans les plus grandes ferias en 2009, après la mascarade de Don Bull à Las Vegas à laquelle les figuras ont failli participer, on veut nous faire avaler des couleuvres.

Le public est pris à témoin, il est même considéré comme un acteur principal, mais je ne pense pas que Juan Pedro Domecq désigne le public des aficionados, mais celui qui vient à la corrida en consommateur de faenas.

Monsieur Juan Pedro Domecq, vos toros sont décastés, pour la plupart ; ceux qui ont essaimé dans de nombreux autres élevages sont, aussi, décastés. N'êtes-vous pas vous, vous-même, décasté, en voulant instituer une corrida décastée ?

Monsieur Juan Pedro Domecq, revoyez votre histoire, le Règlement n'a pas été créé dans le seul but de l'ordre public ; en partie, peut-être, mais il est le fruit d'une longue évolution et d'une profonde réflexion de la part de toreros de génie, de la fin du XVIIIème et début du XIXème siècles, qui ont édicté les principes du toréo à pied et défini les fondements de l'art taurin, reposant sur l'étude du comportement du toro, à savoir son instinct sauvage caractéristique qui s'exprime par les deux qualités naturelles que sont la bravoure et la noblesse : nous ne ferons que citer, à ce sujet, Paquiro et son Traité de Tauromachie de 1836.

Concernant la suppression des vétérinaires et le choix des toros laissé à l'empresa, seul juge : il s'agit d'un contrôle extérieur et officiel du trapio, certes, mais aussi de l'état sanitaire et des cornes ; le seul contrôle par l'empresa, c'est la porte ouverte aux arrangements avec les éleveurs et les toreros ( surtout, leurs veedors).

Concernant la longueur des tercios et le soin du jugement laissé au matador seul : il ne s'agit pas d'allonger ou de raccourcir les piques (ce dont il s'agit) uniquement en vue de la faena, mais il faut, aussi, juger la bravoure du toro, ce dont le Président est capable (surtout, en novillada).

Concernant la suppression des piques, car ne devant pas constituer un spectacle : c'est une négation de la corrida ; il faut que le public soir garanti qu'on a affaire à du bétail brave !

Concernant le remplacement du picador par un rejoneador : deux remarques:
1°) comment un toro peut-il être piqué à la façon du picador avec fixation sur un obstacle fixe, alors que le rejoneador ne fait qu'esquiver la charge du toro ? Il s'agit d'un exercice équestre.
2°) comment faire confiance aux rejoneadors qui affrontent, souvent, des toros plutôt mous et, surtout, sans cornes? Voudraient-ils affronter des toros en pointe, sans risquer de blesser leur monture ?
Concernant la longueur des faenas laissée à l'initiative du seul matador : nous remarquons qu'elles sont déjà, souvent, interminables; cette longueur des faenas aboutit à une décomposition des toros (qu'ils soient bons ou mauvais) et certains toreros insistent pour donner des passes, souvent, à la demande d'un public ignorant.

Concernant les trophées devant être attribués à la seule demande du public : nous répondons :            ;
1 ) comment s'exprime cet avis ? Il est, souvent, incompréhensible
2 ) il faut un arbitre, comme il existe des arbitres et des juges dans tous les sports, de combat ou non.

En somme, selon vous, la Présidence serait à supprimer, puisqu'elle n'interviendrait, ni pour l'apartado, ni pour la pique, ni pour les changements de tercios, ni pour l'attribution des trophées !

Concernant l'indulto : nous disons non à son développement et non à son attribution, à tout bout de champ, par un public ignorant, avec, surtout, comme seul critère, la noblesse au cours de la faena ( en oubliant la pique, mesure de la bravoure).

En somme Monsieur Juan Pedro Domecq, vous voulez accélérer la décadence de la corrida.
Derrière cela, nous décelons deux tendances vicieuses

  • d'abord, la flatterie du public uniquement festif et consommateur de faenas, face à des toros moutons, sans caste ; ce public ne fait aucun effort pour participer à ce qui est le fondement de cet extraordinaire phénomène que constitue la corrida ; il ne fera, bien sûr, aucun effort pour se cultiver et son absence de sens critique lui fera avaler n'importe quelle corrida décadente : toros faibles, sans cornes, décastés, face à des toreros fabricants de faenas à rallonge et érigés en vedettes pour cela, mais n'ayant pas appris à dominer et à châtier un toro difficile ;
  • en deuxième lieu, l’augmentation des gains pour les fornisseurs de corridas-spectacles, à savoir
    1. les éleveurs de toros standards,
    2. les empresas s'appuyant sur une publicité « ad hoc »,
    3. les toreros-vedettes (et leurs apoderados).

En fin de compte, dans cette affaire, on aura oublié le principal acteur : le toro, et, ainsi, on oubliera de le mettre en valeur :

  • mise en valeur à la pique - les conditions devant être réunies : trapio, force, bravoure ( les tercios de piques réussis sont applaudis, contrairement à ce vous prétendez) ;
  • mise en valeur de la muleta – certains toreros ont su le faire, dans un  passé lointain et plus proche, comme César Rincon, notamment.

J'ajoute, en rejoignant une de vos idées, mais en concluant différemment, que, pour moi, le second acteur principal de la corrida, c'est le public, mais, celui-ci peut-être, influencé et éduqué, soit dans le bon sens, soit dans le mauvais sens et c'est là tout le fond du problème consistant dans l'affrontement des profiteurs-galvaudeurs de la corrida et des aficionados authentiques, aussi bien professionnels (il en existe !) que spectateurs.

En conclusion, Monsieur Juan Pedro Domecq, je dis NON, sur toute la ligne, à vos propositions parce qu'elles conduiraient à la suppression de la corrida, avant même que les anti-taurins ne la fassent interdire.