30 juin 2010
La feria de Jerez 2010 vue par le Docteur-Vétérinaire Gérard Bourdeau
L’Andalousie, après un hiver des plus mauvais, froid et surtout deux mois de pluie –sin parar- a eu beaucoup de mal à s’ébrouer et se sortir des vicissitudes de ces mois catastrophiques. Les éleveurs de toros braves ont payé un lourd tribut aux conditions désastreuses endurées et même perdu quelques pensionnaires, Prieto de la Cal entre autres. Je ne sais pas si le ’bovergol’(1) aurait résolu les problèmes constatés en piste chez les quadrupèdes, je pense que les hommes en face auraient dû en prendre aussi. Que pena !!! Heureusement, quelques figuras ont bien résisté, et mieux ont affiché leurs prétentions très clairement : El Juli bien sûr, qui reste plus que jamais la valeur forte, très forte même de ce début de temporada, avec des triomphes partout à Valencia, Sevilla, Jerez en attendant Madrid. Et puis J M Manzanares, que des problèmes de dos ont obligé à passer chez le chirurgien, S Castella, qui est toujours une valeur sûre, avec des succès à Valencia, Malaga, Aguascalientes, mais pour moi, c’est Morante de la Puebla qui aujourd’hui étonne, époustoufle même ses plus fidèles admirateurs. Comme le dirait, mieux que moi sans doute Yves, notre ‘revistero’, à Jerez, où il se passe toujours quelque chose, cette année encore, après avoir vu des cavaliers très fringants le mercredi, un Juli ‘poderoso’ le jeudi, J J Padilla ‘a gusto’ et Perera qui a remis son ‘manège’ en route, le vendredi, c’est bien le torero de la Puebla qui a mis tout le monde d’accord. Le titre du journal de dimanche, ne s’est pas trompé : « Morante, y el que venga detras que arree …» Je traduis : Morante, et celui qui vient derrière, qu’il s’arrime… Déjà, la veille, nous avions eu un avant-goût, avec un Victoriano des plus mauvais, du genio et muy peligroso, qu’il avait fini par dominer. Quand il torée comme çà, qui peut lui faire de l’ombre ? , et pour finir ce vendredi, il avait à l’invitation de Padilla ‘posé’ une paire de banderilles remarquable.
Bien sûr, ce samedi 8 mai, ceux venus aux arènes, pensaient tous à Jose Tomas, mais son remplacement par Morante, laissait espérer tant de ‘cosas tant bellas’ qu’il régnait dans les tendidos une atmosphère très spéciale, ‘muy flamenca’, très ‘rhum coca’. Pourtant, les piètres prestations de Finito de Cordoba, (avec les 2 meilleurs Cuvillo du jour), le peu d’entrega du Cid, qui décidément n’y arrive plus, n’étaient pas très rassurantes. Mais il y avait MORANTE. En ce moment, il est difficile de lui faire de l’ombre. ‘Se podria torear mejor o peor, construir faenas de altos vuelos, encadilar al respetable…pero hacerlo como él lo hace, como lo sueña y le sale del alma, es harto complicado’. En gros vous avez compris, ce samedi, le ‘jabonero sucio’ sorti en cinquième position, faisait à peine 500 kg, mais il avait du ‘gas’ un peu de ‘genio’, juste de quoi incendier les tendidos qui n’attendaient que çà. Et le maestro ‘también’. D’abord véroniques ‘acompasadas’, lentas, sublimes, prolongées par un ‘quite por chicuelinas de sabor añejo’. Puis les peones sont restés dans le ruedo au moment de banderiller, car c’était un nouveau ‘quite por veronicas’ si lent qu’on aurait dit qu’il voulait sculpter le toro. Et puis arrivait le ‘tercio de banderillar’, sans gestes outranciers, comme pour proclamer que ce temps n’était pas celui de l’athlète…. Enfin, vint le temps de la muleta, et un accueil du toro par un ‘cartucho de pescado’, la muleta repliée et une passe de ‘pecho’ peu commune. Et puis muletazos suivis de ‘trincherillas para rematar las series’, des passes impossibles, ‘sonados, gozados’ Enfin au moment de tuer, Morante se mit en face du toro –comme une estampe – et dans la ‘cruz’ posa une grande demie, et le toro se coucha. Le délire dans les tendidos. Deux oreilles et bronca à Clara la présidente, pour ne pas accorder la queue, au nom du règlement…. Bravo à elle, et surtout au Morante nouveau, qui ne torée pas, mais qui sculpte le toro, qui le cisèle. C’est différent, non ? C’est à 6 Toros 6 que j’emprunte le final, dans un ‘atardecer rojizo’ :
Voz cascada, Caracol,
marineo desde el ruedo
fragua y duende, cante viejo,
no era tu mujer ardiente,
no era tu Nina de Fuego,
era Morante en Jerez
la vez que nos la quemaron
con aquel toreo de fuego.
Gérard Bourdeau
N B : quand j’ai écrit ces lignes, je ne savais pas encore que le torero Jose Antonio MORANTE de la PUEBLA allait mettre le feu au Coliseo nîmois. Le détail de la chaise, que Rafael El GALLO avait présenté il y a presque un siècle, fut ‘una cosa más’. Mais il sera difficile à un autre torero de ‘mandar’, tant MORANTE a été inspiré et créatif, tant sa ‘toreria’, su ‘despaciosidad’ furent importantes. Y a-t-il aujourd’hui un torero qui ‘caresse’ autant le toro ?
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(1) N.D.L.R. :
Le BOVERGOL et un aliment diététique destiné à améliorer le métabolisme énergétique des ruminants.
Composition : Associations d’agents glucoformateurs (Monopropylène glycol, sorbitol), acides organiques, substances minérales.