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1er juillet 2009
Nous demandons un droit de réponse au Nouvel Obs'
Voir la lettre d'André Viard et la réponse rédigée par Jean-Michel Mariou
Monsieur le Directeur de la rédaction,
Dans l'article cité en référence, ( http://bibliobs.nouvelobs.com/20090514/12558/viva-el-toro ) lequel a été publié dans votre édition du 14 mai, une journaliste du Nouvel Obs, madame Sylvie Prioul, porte gravement atteinte à la vérité historique, cautionnant un discours haineux qui véhicule à l'encontre du monde taurin des propos diffamatoires.
Ce discours touche au paroxysme avec le "pamphlet" d'un certain Christian Laborde dont elle chronique l'ouvrage "Corrida basta", lequel est un tissus de contre vérité et un appel inacceptable à la violence.
Depuis longtemps la menace planait et il semblait évident qu'un jour ou l'autre l'activisme animalier radical toucherait le fond de sa logique de haine, d'intolérance et de mépris de la vie humaine. Et ce qui pouvait arriver s'est produit : en Angleterre en mars dernier, un homme qui accompagnait une chasse à courre est mort décapité, victime d'un attentat.
De nombreux pays anglo-saxons classent depuis longtemps les saboteurs de la chasse parmi les (éco)terroristes et ont adopté des lois sanctionnant sévèrement leurs actes de violence contre la chasse, les fourreurs, les boucheries, les laboratoires… Actes de violence qui, en France, touchent aussi le monde taurin, ainsi que la signature de l'ALF sur un restaurant parisien saccagé l'été dernier le démontre après que divers attentats, au fusil, par incendie ou à la lettre piégée aient déjà été perpétrés contre des personnalités du monde taurin.
Jusqu’où peuvent aller la haine et l’ignorance lorsqu’elles animent des esprits fanatisés ? Les saboteurs et autres cagoulés ne sont pas de pacifiques défenseurs des animaux, mais des extrémistes fanatisés prêts à toutes les folies pour faire avancer leurs idées destructrices dont on retrouve les relents nauséabonds dans le pamphlet irresponsable de monsieur Laborde : "Ouvrons le feu, vidons nos kalachnikovs, nos flingues planqués dans nos greniers sur la racaille confessée qui se rend aux arènes !"
Pour mesurer la violence xénophobe du propos, il suffit de remplacer dans le texte le mot "arènes" par, au choix, ceux de "synagogue" ou "mosquée".
La communauté culturelle des aficionados serait-elle si indigne de l'ordre républicain pour que d'élémentaires mesures de précautions ne s'appliquent pas à elle ? A quand une victime dans le monde taurin français ?
A quand la prise de recul nécessaire que les citoyens sont en droit d'attendre des medias qui, en véhiculant ces thèses, les cautionnent au risque d'encourager le passage à l'acte de quelque déséquilibré ?
Sans prendre le recul nécessaire, ni même vérifier la véracité de ce qu'elle écrit, votre journaliste reprend également une des thèses favorites de l'auteur, à savoir que la corrida serait une pratique fasciste puisque la République espagnole l'aurait interdite et Franco restaurée.
Ce qui est historiquement faux et moralement inacceptable, le but de cette manipulation étant bien sûr de faire passer les amateurs de corridas pour d'odieux fascistes.
De tels propos, et de tels articles, sont de nature à causer de graves dommages à la culture taurine que partagent, en toute légalité, chaque année, plus de deux millions de nos concitoyens à qui nos ferias offrent l'occasion de communier ensemble au-delà de tous les clivages de notre société, comme monsieur Jean Daniel, président de votre comité éditorial, a pu le vérifier, ayant eu moi-même l'occasion de suivre une corrida à ses côtés dans le callejon des arènes de Dax en compagnie de Jean Lacouture.
Nous nous étonnons donc que le Nouvel Obs, si respectueux de toutes les minorités, ait pu laisser passer pareille atteinte à l'encontre de la communauté taurine au risque de lui porter un préjudice grave.
Créé l'an passé pour prévenir ce genre de dérives, l'Observatoire National des Cultures Taurines que j'ai l'honneur de présider et qui regroupe l'ensemble des acteurs du monde taurin français (villes taurines, fédérations d'aficionados, groupements professionnels, éleveurs de toros...) a pour mission notamment d'éviter le type de désinformation que l'article publié dans votre magazine véhicule.
Je vous remercie donc de bien vouloir accepter de publier, sur le même espace que l'article incriminé, le droit de réponse ci-joint, sans qu'il soit nécessaire que nos avocats vous mettent en demeure de le faire, car nous nous verrions obligés alors de vous demander aussi réparation pour le préjudice moral occasionné.
Vous remerciant par avance de l'attention portée à ce courrier et des suites que vous y donnerez, je vous prie d'agréer, monsieur le directeur de la rédaction, l'expression de mes meilleurs sentiments, et vous assure du meilleur accueil qui vous sera réservé si vous souhaitez nous rendre visite à l'occasion de nos ferias.
André VIARD
Président de l'Observatoire National des Cultures Taurines
DROIT DE REPONSE DEMANDE AU NOUVEL OBS’
Monsieur le Directeur de la Rédaction,
Dans votre édition du 14 mai dernier, vous avez consacré une chronique à un livre, écrit par un certain Christian Laborde, dont le but évident est d’allumer une violente polémique avec les amateurs de corrida – ils sont nombreux en France – ce qui remplacerait une coûteuse campagne publicitaire et ferait vendre son ouvrage.
La raison voudrait donc que nous ne réagissions pas à ses provocations. Mais il se trouve qu’elles dépassent les bornes, et que Christian Laborde s’abrite derrière la tradition du pamphlet pour véhiculer une véritable apologie du meurtre et de la violence. « Ouvrons le feu, écrit-il, vidons nos kalachnikovs, nos flingues planqués dans nos greniers sur la racaille confessée qui se rend aux arènes».
Il est aujourd’hui de bon ton, dans certains milieux, de pourfendre la corrida, au nom de la modernité. Une chose est de ne pas partager notre passion pour ce qui reste le dernier rite vivant qui pose, au cœur même de nos cités, les questions fondamentales de la vie et de la mort, que plus personne aujourd’hui n’ose regarder en face. Une autre est de nous provoquer, et d’attirer sur nous les foudres de fanatiques sans limites : au moment où les mouvements animalistes sectaires se radicalisent de plus en plus, et où les actes de terrorisme, en Angleterre et aux Etats Unis, se multiplient, il est étrange que votre magazine relaie, sans les commenter, des appels aussi clairs à la violence contre de paisibles citoyens français qui ne font que vivre tranquillement, sans rien demander à personne, une passion ancrée depuis des siècles dans notre culture méditerranéenne.
Il est donc plus préoccupant encore d’avoir aussi à répondre à Sylvie Prioul, votre journaliste, qui affirme de manière mensongère au sujet de la corrida «que les républicains espagnols avaient abolie en 1937, la presse titrant «Un torero en moins, un fasciste en moins», avant que Franco ne se hâte de la rétablir. »
On s’étonne, alors qu’en cette année 2009 se succèdent dans le sud de la France les commémorations de la Retirada, d’avoir à rappeler la vérité historique.
Dès le début du soulèvement nationaliste (rappelons que l’Espagne était en République, et que c’est pour la mettre à bas que Franco et les siens se soulevèrent), ce sont au contraire les chefs franquistes qui interdisent sine die tous les spectacles, taurins ou pas, dans la zone qu’ils contrôlent. Du côté républicain, la décision de suspendre les corridas n’interviendra que plus tard, le 4 juillet 1937, lorsque le gouvernement se repliera de Madrid à Valence. Et cette suspension n’obéira qu’à des considérations pratiques : les arènes étaient utilisées comme casernements et entrepôts de matériels de guerre. Il y eut évidemment, dans cette terrible guerre qui brisa les familles, des toreros et des passionnés de corrida des deux côtés. Et jamais la fête des toros ne fut un enjeu entre républicains et nationalistes.
Juste une anecdote: le 22 août 1936 eut lieu à Madrid une novillada, à laquelle assista Mikail Kolstov, reporter à La Pravda (et vraisemblablement petite main du KGB)... Madrid était encore la capitale de l’Espagne républicaine, et l’on y célébrait régulièrement des corridas. Au soir du 22 août, Kolstov dicte son article à Moscou: « Paco Godin a été le triomphateur de la corrida. Il a commencé par brinder son toro au Parti Communiste et à Dolores Ibarruri sous une ovation tonitruante. Un long moment, avec risque et élégance, il a joué avec son sauvage ennemi, laissant passer l’effrayante masse cornue à un pouce de son corps. L’orchestre joue l’Internationale, puis l’hymne républicain. On lui jette une casquette d’uniforme de la milice ouvrière, il s’en coiffe et court avec tout-autour de l’arène. » Et l’on aurait aucune peine à trouver des récits semblables dans l’autre camp, où l’on jouait l’hymne de la Phalange lors du paseo…
Ainsi, écrire «que les républicains espagnols avaient abolie en 1937, la presse titrant «Un torero en moins, un fasciste en moins», avant que Franco ne se hâte de la rétablir » est une manipulation.
Bien sûr, le message subliminal est clair : l’auteur laisse ainsi entendre que la corrida est un obscurantisme, et que seuls les fascistes la défendent ! Seulement voilà, c’est totalement faux. Et si Franco a « rétabli » la corrida, c’est qu’il avait malheureusement gagné la guerre, et que la vie, petit à petit, reprit son cours normal dans un pays meurtri pour longtemps. Prétendre le contraire relève du révisionnisme. On espère qu’il ne s’agissait que d’incompétence.
Jean-Michel Mariou
Vice-président de l’Observatoire National des Cultures Taurines