23 janvier 2010

LE CONTEXTE CULTUREL

Lundi aura lieu au Sénat de Madrid une réunion qui peut être déterminante pour l'avenir de la Fiesta dans la mesure où pour la première fois les représentants de toutes les Comunidades espanoles vont essayer de l'imaginer ensemble.

L'observatoire français a été invité à participer à ces travaux, et en tant que président je dispose d'un temps de parole qui va peut-être nous permettre de recadrer un débat qui s'annonce confus. Selon l'ordre du jour, sera abordé en effet l'aspect règlementaire de la Fiesta avec comme idée directrice d'uniformiser les multiples règlements actuels. L'Observatoire n'ayant pas vocation à s'immiscer dans les affaires internes de ses membres, un représentant de l'UVTF m'accompagnera - Guillaume François de Mont de Marsan a été délégué par la présidence arlésienne - et l'Observatoire proposera que l'UVTF intègre le groupe de travail qui va dans les prochains mois essayer de reconstituer le puzzle d'une règlementation aujourd'hui éclatée.

Là où l'Observatoire est en revanche compétent, est pour tout ce qui concerne l'aspect culturel de la Fiesta. L'argumentation que je compte développer est donc simple : avant de la réglementer, quel cadre institutionnel souhaitons nous lui donner ? Et la réponse ne l'est pas moins : pour envisager son futur avec confiance, il faut, sous peine de la perdre dans des arguties corporatistes, l'extraire du domaine de compétence du ministère de l'intérieur pour la mettre sous tutelle de la culture.

Deux exemples s'imposent pour conforter cette thèse : plutôt que de deviser sans fin sur la longueur des piques (plus ou moins 5 mm), ne vaut-il pas mieux d'abord se demander quel doit être l'avenir de ce tercio fondamental du point de vue culturel ? Doit-il être une phase de châtiment, ou plutôt une démonstration de la bravoure qu'il faut mettre en scène ? La taille de la pique découlera de ce qui précède, tandis qu'en procédant de manière inverse aucun changement réel ne serait apporté.

L'autre exemple est également d'actualité. Est-il raisonnable de tolérer l'usage des fundas qui ne sont ni plus ni moins qu'une réponse des ganaderos à l'excès des vétérinaires lors des reconocimientos, au point que pour amener aux arènes un toro qui n'existe pas dans la nature on est obligé de pervertir son développement ? Est-ce admissible d'un point de vue culturel, alors que nous avons toujours justifié la mort du toro dans l'arène par les quatre années de vie magnifique qui lui sont offertes, lesquelles, par la faute de cette mode néfaste, se réduisent aujourd'hui à trois ?

Autrement dit, d'un point de vue culturel toujours, faut-il favoriser l'élévage artificiel d'un animal dont on modifie le physique et le comportement pour satisfaire aux exigences d'une règlementation inadaptée, ou ne vaut-il pas mieux adapter la règlementation à la réalité ?

Ces deux problème ne laisseront personne indifférent, mais la grande question lundi sera avant tout de ne pas passer à côté de l'histoire : sous peine de ressembler à l'orchestre du Titanic qui jouait pendant le naufrage, il importe en effet de rétablir l'ordre des priorités. Le règlement, aussi important soit-il, peut attendre. Ce qui n'attendra pas en revanche est le vote catalan. Et faute de se terminer par une résolution solennelle dans laquelle les Comunidades déclareront la Fiesta patrimoine culturel sur leur territoire et s'engageront à obtenir cette même reconnaissance au niveau national de la part du gouvernement, la réunion historique de lundi passera à côté du sujet.

Tel est en tous cas le message que l'Observatoire tentera de faire modestement passer, après avoir obtenu hier l'accord de Christian Bourquin, président de la "Catalogne Nord", pour aller défendre la culture taurine devant les parlementaires catalans dans le cadre des débats préparatoires au vote.

André Viard