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LA
LANGUE BLEUE
Renaud MAILLARD
Association Française des Vétérinaires Taurins (AFVT)
Avertissement
: ce texte, écrit le 21/11/2007, doit être apprécié
en fonction de cette date, le jeu de devinettes sur le futur
réglementaire et pratique concernant cette maladie et l'incidence
sur les temporadas taurines 2008 et suivantes est donc sans
garantie et sous la seule responsabilité du lecteur!)
........
Pour l'aficionado,
la langue bleue, ou blue tongue (BT), ou lengua azul, de son
vrai nom fièvre catarrhale ovine (FCO) est un autre avatar sanitaire
qui met en danger son spectacle favori, après l'ESB (encéphalopathie
spongiforme bovine) il y a quelques années, et avant l'obligation
pour tous les élevages de bravos désirant exporter de disposer
du certificat d'échange (ou "attestation sanitaire à délivrance
anticipée (ASDA)", c'est la fameuse " carte verte ") attestant
du statut sanitaire du troupeau d'origine.
....... Grâce à l'administration
du ministère de l'agriculture et au ministre de l'époque, J.
Glavany, des solutions avaient été trouvées pour l'ESB soucieuses
à la fois de santé publique et non pénalisantes (à l'aspect
économique près de la non valorisation des carcasses puis du
paiement de l'incinération) pour les organisateurs de corridas,
le choix des élevages retenus en lui-même souffrant peu de ces
mesures. Depuis 3 ans, il en a été tout autrement pour la FCO.
Alors que cette maladie n'est pas transmissible à l'homme, ce
qui dans l'esprit de beaucoup justifierait des mesures " maximales
", les mesures qui ont d'abord été prises, reflet strict de
la directive européenne 2000/75/EC ont d'emblée paru très pénalisantes
aux aficionados et aux empresas puisqu'elles restreignaient
les mouvements d'animaux en provenance d'Espagne et du Portugal.
Dans sa sagesse, et avec l'appui de l'AFVT, l'Union des Villes
Taurines de France (UVTF) n'a pas souhaité depuis 2003 (apparition
de foyers du type 4 du virus en Espagne) demander de dérogations
à l'importation, tout incident (entrée du virus avec du ganado
bravo, avérée ou suspectée) étant jugée préjudiciable à l'image
de responsabilité du monde taurin.
....... La France taurine, pour
le meilleur et pour le pire, vit depuis avec les ganaderias
du campo charro et répète à l'envi certains élevages " de garantie
" quand les vedettes sont à l'affiche. Il y a un peu plus de
créativité en corridas dites dures et en novillada, et surtout,
point positif, une juste remise en valeur de nos élevages nationaux.
....... Mais depuis peu, la situation
se complique et se simplifie à la fois, et surtout les certitudes
sont devenues mouvantes. Que s'est-il passé et qu'a-t-on appris
?
....... Tout d'abord, on a appris
que l'Europe n'est nullement à l'abri de la FCO, les modalités
d'arrivée sur son territoire du virus et de ses vecteurs pouvant
être subtile ou imprévisible. A ce jour, 15 pays de l'Union
Européenne (UE) sont concernés par les zones réglementaires
définies pour la FCO.
....... On a appris que sur les
24 types viraux (virus BTV pour Blue Tongue Virus) certains
étaient plus pathogènes que prévu pour les bovins, jusqu'alors
considérés comme réservoir. Le type 8 au moins a démenti ces
considérations. Les ovins continuent de payer un lourd tribut
à la maladie (avec le type 8 aussi). Les pertes considérables
liées à l'affection ont donc une double origine : les pertes
directes dues à la mortalité et à la morbidité (animaux malades)
en élevage, les pertes indirectes constituées par le préjudice
économique (mesures réglementaires restreignant les mouvements
d'animaux, de sperme et d'embryons, donc pénalisant le négoce)
sans compter le coût des mesures de prophylaxie.
....... On a appris que les vecteurs
pouvaient être nombreux et répandus au sein du genre Culicoïdes,
et que la transmission de tous les types viraux n'était pas
assurée par le seul Culicoïdes imicola comme dans la péninsule
ibérique. La désinsectisation est donc une composante essentielle
du problème, ainsi que la période d'activité des vecteurs (grossièrement
d'avril à décembre en France).
....... On pense toujours que la
protection vis-à-vis d'un virus ne " croise " pas avec les autres,
ou que la protection est imparfaite. Alors que 6 types viraux
sévissent en Europe (1, 2, 4, 8, 9, 16) la course aux vaccins
est engagée. L'Espagne, première à avoir vacciné contre le type
4, sera la première à vacciner contre le type 1. La France vaccinera
contre le type 8 l'été prochain, et la course entre laboratoires
fabricants est engagée pour sortir des vaccins penta ou hexavalents
(5 ou 6 types viraux différents), voire un vaccin " universel
" aux 24 types viraux.
....... Et l'arsenal réglementaire
? Quand la FCO était une maladie exotique, tout allait bien,
le principe de prophylaxie était alors celui de la forteresse
assiégée : empêcher le virus d'entrer, et s'il entrait, éradiquer
la maladie par des mesures drastiques (abattage au sein des
foyers ovins, définition de zones d'interdiction, de restriction
et de surveillance, restriction des mouvements de ruminants
et de toutes matières à risque-sperme, embryons…) au coût estimé
supportable par rapport aux pertes estimées en l'absence de
mesures actives. Bref, tant, que la maladie était circonscrite
(ou du moins le pensait-on) en Europe de l'Ouest aux deux péninsules
et à la Corse, et tant qu'on pensait que le virus ne pouvait
que " remonter " du Sud et non " descendre " du nord, le dogme
a tenu. L'arrivée surprise du virus 8 en 2006 en Belgique, en
Allemagne, au Luxembourg, aux Pays bas et dans notre pays a
changé la donne. Le faible nombre de foyers en 2006 et leur
restriction au quart nord est de la France n'a pourtant alors
changé que peu de choses. En 2007 l'embrasement de l'Europe
qui s'est poursuivi (bientôt 40 000 foyers dans les pays déjà
infectés en 2006, dont 9980 cas en France plus le Danemark,
le Royaume-Uni, la Suisse…?) et l'apparition du type 1 en Espagne
et au Portugal (avec une trace sérologique de ce type 1 dans
le sud-ouest de la France) ont rendu nécessaire une harmonisation
plus pragmatique allant vers plus de simplicité et de souplesse
(les cyniques diraient que l'atteinte du bassin allaitant naisseur
français, à savoir la Bourgogne charolaise, a cristallisé les
choses en France, notre pays étant en sus premier exportateur
européen de bétail sur pieds en vif, et de génétique).
....... Un
règlement européen (1266/2007) daté du 26/10 et entrant en application
le 1/11 en a résulté. Les italiens, principaux importateurs
de nos broutards, ont accepté des garanties sanitaires de sécurité.
La France a défini et fait accepter à ses partenaires des protocoles
d'échange d'animaux concernant toutes les zones, y compris les
zones interdites au sein des zones réglementées, et s'est engagée
à vacciner (contre le type 8) dès que possible (en pratique
quand le vaccin sera disponible). En période d'activité des
vecteurs (qui recouvre l'essentiel de la période taurine), il
est exigé un traitement insecticide des animaux au moins 14
jours avant la sortie des animaux, une analyse virologique négative
7 jours au plus avant le départ et ou un examen sérologique
négatif. Les procédures se réduisent encore au seul traitement
insecticide si les animaux sont destinés directement à l'abattage.
....... En conclusion, la plus
grande partie de l'Europe est donc atteinte par la FCO, et la
France est prise en étau par le virus de type 8 et celui de
type 1. Il est probable que l'ensemble du pays sera touché en
2008. La FCO a perdu son statut virtuel de maladie exotique
pour entrer dans le quotidien de l'élevage européen. D'une politique
de restriction qui se justifie quand la maladie reste relativement
exceptionnelle et contrôlable on est passé à une maladie contre
laquelle on vaccine et que l'on doit dépister pour donner des
garanties sanitaires.
....... " Nécessité fait loi "
et " tous les espoirs sont permis " sont des proverbes " bien
de chez nous " sur lesquels peut méditer l'aficionado (et le
ganadero espagnol…).
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