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PROPOS D’UNE CORRIDA DE REJONES
Comme bien l’on pense, je ne suis pas un habitué des arènes de Fenouillet. Toutefois,
quelqu’un pour qui j’ai beaucoup d’estime m’ayant envoyé une invitation pour la
corrida de rejones du 1er juillet, j’ai assisté à celle-ci. Du temps gaspillé. Les
taureaux étaient de Carmen Lorenzo ; ils ont eu un comportement parfait,
chargeant sans rechigner à chaque cite, bien qu’on les aient fait galoper
exagérément. Mais certains furent tellement criblés de banderilles longues ou
courtes et de roses qu’à la fin ils étaient figés. Le premier reproche à faire
à ces 3 rejoneadores (et à beaucoup d’autres parmi ceux qui sont en activité)
c’est de beaucoup trop exposer leurs chevaux et de le faire gratuitement. On peut
aimer ou pas qu’un matador s’expose inutilement, par bravade pourrait-on dire
(par tremendismo dans le langage tauromachique espagnol), mais c’est lui-même
qu’il met ainsi en danger. Tandis que le rejoneador fait du tremendismo
par cheval interposé, et cela est absolument censurable, inadmissible. Rappelons
que l’on peut clouer banderilles et rejones de châtiment ou de mort : 1/
lorsque le taureau est à l’épaule du cheval, 2/ lorsqu’il est à l’étrier,
3/ lorsqu’il est à la croupe 4/ lorsqu’il est derrière celle-ci ; le mérite
va en décroissant dans l’ordre de cette énumération. En outre, dans les 3
premiers cas, le taureau peut faire avec le cheval un angle aigu, droit ou obtus
; plus l’angle est ouvert, moins la position est valeureuse. Or, durant cette
corrida, la quasi totalité des rejones de châtiment et des banderilles
a été clouée le taureau étant à la croupe du cheval ou derrière celle-ci et selon
un angle égal ou supérieur à 90°. Dans
le “positif”, j’ai noté bien peu de choses :
- au 1er taureau : la 2e banderille clouée à l’étrier mais le cheval a été touché
; - au 2e taureau, un quiebro correct pour la 2e banderille qui fut
clouée à l’étrier ; - au 5e taureau, la cinquième banderille clouée à l’étrier,
mais le taureau à angle droit avec le cheval ; - 3 très bons rejones
de mort : tous contraires et en bonne place d’où effet foudroyant ou très rapide.
Dans
le négatif, la liste est longue. Il faut citer : - l’abus, déjà mentionné,
des galops superflus ; - en règle générale, des quiebros exagérés au
point que lors de l’un d’eux le cavalier n’a pas pu clouer, la distance étant
trop grande. C’est un défaut courant depuis des années et je m’attends toujours
à voir le cheval s’effondrer sur le côté tant il est penché. Comme on est loin
des quiebros discrets de José Samuel Lupi ! - au 1er taureau, le rejn
de mort a très peu pénétré et, au lieu d’en mettre un second, Antonio Domecq
a laissé l’ agonie se prolonger ; - pour la plupart, les rejones de
châtiment et les banderilles (longues ou courtes) et roses, ont été cloués à la
croupe et à angle droit ou obtus ; - l’abus général et manifeste du nombre
de banderilles (longues ou courtes) et roses clouées (11 ! au 5e taureau). Rappelons
que le Règlement Taurin Municipal prévoit un maximum de 3 rejones de châtiment,
comme le REST, et de 4 banderilles longues et 3 courtes ou 3 roses, soit 7 banderilles
et assimilées contre 6 en Espagne. - au dernier taureau, Diego Ventura
a mis pied à terre pour descabellar, alors qu’il n’avait cloué qu’un seul
rejón de mort, mais c’est hélas admis par le RTM.
Ces divers abus ont été source de fastidieuses longueurs, au point que la corrida
a duré 2 heures 20. Cela amène à parler de la scandaleuse passivité du président.
Pas une fois, il n’a ordonné quelque chose, ce qui aurait été son devoir : au
contraire, il a toujours attendu que le rejoneador ait en main l’arme suivante
pour faire sonner le changement de tiers. Pardon, il a bien donné un ordre, celui
de faire faire la vuelta au dernier taureau. Vuelta
pour un taureau de rejones, voilà qui est sans doute inédit. Puisqu’il
est question d’autorité, je dois dire que lors de cette corrida il y avait un
certain nombre de personnes qui sont restées constamment appuyées à la barrière,
certaines même vautrées à la manière de tel apoderado et ex banderillero.
L’une d’elles était le 2e alguacilillo ! Qui croirait en voyant cela qu’en
1945 la revue "El Ruedo", a pu publier une chronique intitulée La
Autoridad entre barreras : los alguacilillos. Marc
ROUMENGOU |