15
août 2006 - Apothéose des Valdefresno à Béziers
.......Six
toros de Valdefresno pour Denis Loré, Antonio Ferrera, Iván García.
.......A
la sortie de la novillada matinale j'avais rencontré une aficionada
de grande qualité et nous avions évoqué la constante médiocrité
de cette feria de Béziers jusque là. " Il y a de longues années
que je suis fidèle à cette feria, me dit-elle, et j'ai remarqué
qu'il s'y produisait toujours un évènement intéressant. Les Miuras
ont souvent terminé la fête en beauté.Comme rien de notable
ne s'est passé jusqu'ici, faute de Miuras et pour que la tradition
soit respectée, j'attends beaucoup des Valdefresno... " Paroles
prophétiques !
.......Après
midi couvert, frais, avec de temps à autre de petits passages pluvieux,
arènes remplies à moitié.
.......Des
six toros de Nicolás Fraile Martín, cinq portaient le fer de Vadefresno
et un, le cinquième sorti, celui de FraileMazas.
Le lot fut homogène, solide, bien présenté, mobile, encasté. Ces
taureaux braves (12 piques) et nobles sans mièvrerie furent souvent
en dessus de leurs bipèdes adversaires. Il faut remarquer que, mis
à part le second né en juillet 2002, tous les autres étaient nés
en 2001 et trois avaient franchi les 5 ans révolus. Voyons tout
ceci dans l'ordre :
.......Denis
Loré n'y est plus avec l'épée. C'est dommage car il aurait pu
couper au moins une oreille supplémentaire et sortir, lui
aussi, par la grande porte.
.......Son premier adversaire noir
et cornigorgo prend deux bonnes piques.
.......Brindis au public. Entame
de rodillas puis travail classique et dominateur avec de
bons enchaînements sur les deux côtés et changements de main bienvenus.
Un pinchazo, deux tiers de lame, un avis, deux descabellos.
Applaudissements à l'arrastre. Pour le maestro, applaudissements
et salut au tiers.
.......Le
deuxième sorti, negro, playero, pousse fort sur une
première pique et en prend une seconde plus légère. Antonio Ferrera
invite Ivan García à l'accompagner aux banderilles. Bon tercio,
le taureau venant bien.
.......Brindis au public. Derechazos
en courant la main, naturelles acceptables, le tout en donnant de
la voix d'une manière insupportablement forte. D'autant plus que
le taureau n'avait pas besoin de ce volume de décibels puisqu'il
venait spontanément de lui-même. Estocade un peu en avant, efficace.
Oreille accordée même si la demande n'était pas tout à fait majoritaire.
Applaudissements au taureau.
.......Iván
García reçoit le troisième par de bonnes véroniques. Deux piques
prises en brave. Banderilles partagées. Taureau noble et mobile
jusqu'au bout dont Iván García ne saura pas profiter pleinement
se contentant de le toréer avec application mais sans beaucoup se
croiser et sans transmission. Conclusion par estocade basse, une
oreille. Applaudissements au taureau
.......Le
quatrième taureau, negro meano, le moins encorné du lot et
dont les pointes s'"escobilleront", démonte OlivierRiboulet
lors d'une première rencontre rageuse. Olivier, très applaudi, lui
administre ensuite une pique en bonne place et parfaitement maintenue,
sans carioca ni pompe. Denis Loré demande le changement.
.......Début assis à l'estribo
puis la faena se poursuit avec sobriété classique et parfaite
domination sur les deux côtés. Un pinchazo, une demi-épée
un peu en avant qui ressort seule, un descabello, une oreille.
Le taureau est applaudi.
......Le
cinquième, estampillé Fraile Mazas, "Leonador", (550 kg - 09 01),
noir, pousse fort sur une première pique et en prend une seconde
moins appuyée. Comme il est noble et a de l'allant, il permet des
poses de banderilles de haute fantaisie, public aux anges. Ferrera
qui avait un peu cafouillé la troisième paire demande au président
d'en poser une quatrième après la sonnerie marquant la fin du tiers.
Le président San Nicolas refuse.
.......Comme le ciel s'assombrit les
lumières s'allument et les luces scintillent. Est-ce pour
cela que le maestro Ferrera devient de plus en plus électrique ?
La faena trépignée et trépignante a débuté au centre et se
poursuit dans les environs du toril. Le torero est plus soucieux
de dominer le public que le taureau et il y réussit fort bien. Comme
il conclue par une estocade entière, il obtient deux oreilles !
C'est très bien payé mais ce taureau méritait mieux, le président
San Nicolas qui ne s'y trompe pas, sort le mouchoir bleu pour accorder
la vuelta al ruedo à la dépouille sous des
applaudissements nourris.
.......Mais nous n'étions pas au bout
de nos enchantements !
.......Sort
"Caraalegre", (n° 2 - 545 kg - 03 01), noir, très beau, superbement
encorné. Formidable poussée sur une première pique dont il ne veut
pas se détacher malgré des tentatives de quites coleando,
ça va durer un peu plus de trois minutes. Il repart avec allégresse
pour donner un deuxième assaut en poussant toujous aussi fort près
d'une minute et demie.
.......Le président avouera après la
course qu'il n'a pas osé permettre une troisième pique en considérant
la dépense d'énergie déjà réalisée par l'animal mais qu'il regrettait
de ne pas avoir permis le regatón.
.......Ce taureau se prêtera à une
suerte de banderilles très enlevée.
.......Il va déployer toute sa caste,
sa vigueur ifatigable, sa noble bravoure à la muleta. Iván Garcia
"brinde" au public. Il a le mérite de montrer le taureau en donnant
la distance, il l'appelle de loin et celui-ci accourt dans la muleta
sans hésiter. Toutes les passes s'enchaînent facilement et le torero
semble un moment dépassé par ce qui lui arrive. Il transmet son
hésitation à l'animal qui paraît se poser un peu, mais ça repart
de plus belle et ça va crescendo... Iván reste un peu froid mais
s'applique et soigne la technique. L'animal devient infatigable
et encore meilleur à la fin qu'au début... Les premiers cris "Indulto,
indulto... " démarrent côté soleil et gagnent rapidement l'ensemble
des tendidos... Le présient San Nicolas exhibe le mouchoir
orange et à côté deux mouchoirs blancs. C''est
à ce moment-là que le torero va dessiner ses quatre à cinq
dernières et meilleures passes.
.......Iván
García,
Antonio Ferrera et Nicolas Fraile sont sortis en triomphe
mais c'est l'éleveur qui le méritait le plus.
.......Il n'est pas interdit de rêver,
imaginons que ces taureaux aient trouvé devant eux les jeunes
figuras du samedi, "El Juli", "Juan Bautista",
Castella...
.......Je
ne suis pas un partisan des indultos et comme je fréquente
peu les plazas où ça risque d'arriver, c'était le premier
auquel il m'était donné d'assister. Je reste perplexe et j'avoue
que j'aurai préféré voir "Caraalegre", le bien nommé,
s'écrouler sous une monumentale estocade afin que la fiesta brava
conserve tout son sens.
.......Après
la course, j'ai recherché un témoignage objectif et
j'ai eu la chance de rencontrer l'un des plus solides aficionados
que je connaisse, et nîmois de surcroît. Je lui ai demandé
ce qu'il pensait de cet indulto par comparaison à ceux qui
étaient intervenus dans le Sud-Est ces dernières années. Il m'a
répondu sans hésiter : " Il n'y a pas de comparaison, cet
indulto-ci est le seul mérité. "