Dimanche 16 septembre, 17 h,
corrida de
Domingo Hernández et Cie

Version du 23 septembre 2007, pour ne rien oublier un peu de recul n'était pas superflu !

....... Voilà une tarde de toros qui fera couler beaucoup d'encre et de salive, surtout parmi ceux qui n'y ont pas assisté ! L'auteur de ces lignes a fait de Madrid en Espagne, de Céret et Vic en France, ses plazas de prédilection. Pourtant, s'il a assisté, du haut des amphitéâtres, à cette corrida Nîmoise par le hasad de circonstances familiales de dernière minute, il ne l'a pas regretté. L'univers taurin n'est pas réductible, bien heureusement, à des a priori !

....... Quatre toros de Domingo Hernández (le 1, le 2, le 5 et le 6) et deux de Garcigrande (le 3 et le 4) pour Denis Loré, José Tomás, Joselito Adame

.... ...Il fait très beau, les arène sont pleines. Monsieur Perroti préside, assisté de Messieurs Dumas et Reynaud.
....... Avant le paseillo, des peintures sont appuyées contre les burladeros. Quatre artistes Nîmois les ont dédiées à Denis Loré. Elles seront vendues le samedi 29 septembre avec des photographies et des trajes de luces au profit de "Sang pour sang", une association cartitative nîmoise
(parrainée par Denis Loré) qui vient en aide aux enfants leucémiques.

....... Encore des taureaux d'origine J. P. Domecq, légers ( trois affichés à 460 kg), aux cornes modestes, parfois indignes. Reconnaissons, toutefois, que cinq sur six ont pris deux piques véritables, seul le 5 a été à peine piqué en deux rencontres. Leurs comportements furent variés : mobiles et très nobles les 1 et 6, brave et violent le 2, manso dangereux le 4, noble le 3, mansote, noblote et manquant d'allant le 5. Dans tous les cas, ils furent tous propices aux triomphes de leurs opposants. Tous abandonnèrent, de manière assez logique, au moins une oreille, c'est assez rare pour être souligné.

....... Joselito Adame, blanc et argent, confirmait à Nîmes l'alternative qui lui avait été conférée à Arles dix jours auparavant ! Ce sympathique et doué jeune homme, à qui nous souhaitons une longue carrière, n'est peut-être pas au bout de ses peines, il se murmure que dans un proche avenir des confirmations d'alternative pourraient être imposées à Eauze, capitale de l'Armagnac Taurin, ainsi qu' à Palavas-les-Flots, indiscutable capitale des plages taurines françaises. Et pourquoi pas à Bayonne, première ville taurine de France selon l'Histoire ?
....... Le premier taureau sorti, Mesoreno, n° 100, septembre 03, quatre ans à peine, châtain, était le plus lourd du lot, annoncé à 564 kg. Admirons la précision, à 1 kg près ! Joselito le reçoit classiquement par de belles véroniques. Le taureau pousse à la pique et subit une petite carioqua. Il revient seul au cheval, pousse un petit peu et sort seul. Adame "quite" par gaoneras. Il est excellent aux banderilles, conduites rapidement et sobrement en alternant sur les deux cornes. Après la pseudo confirmation, il "brinde" au public. Début par statuaires limpides, continuation par derechazos profonds, deux séries de naturelles lumineuses interrompues par de gracieux molinetes… Jamais le tissu n'est accroché, la cadence est parfaite. Conclusion par manoletinas allurées. Une entière très engagée, contraire. Un avis juste avant que le taureau ne s'écroule. Deux oreilles sans discussion.
....... Par contre, vuelta au taureau tout à fait imméritée ! A ce train, il faudra bientôt honorer d'une vuelta tous les dépouilles de toros dont les deux oreilles ont été coupées et "indulter", sans doute, tous ceux à qui serait évitée, du même coup, l'ablation posthume de la queue !

....... Denis Loré, bleu turquoise et or, aura vécu un après midi intense à l'occasion de sa corrida de despedida dans sa ville natale. Son contexte familial immédiat était particulièrement malheureux, il venait de perdre son père, il y avait à peine 48 h, et devait l'enterrer le lendemain lundi.
....... Mais il était bien là, " l'homme de bronze ", acclamé, sérieux et très concentré. Le hasard ou la providence, comme il vous plaira, avait pris soin de lui réserver les deux seuls toros du lot réellement difficiles. Il ne pouvait pas en être autrement !
....... Violín, n° 52, décembre 02, negro bragado meano, 492 kg est salué par de bonnes véroniques, la demie et une serpentine. Il pousse ensuite tête haute sur le cheval monté par Nicolas Bartolli jusqu'à l'entraîner sur vingt mètres et le plaquer contre la barrière. Il est ensuite difficile à décoller du peto. Denis fait un quite par chicuelinas serrées et remet en suerte à bonne distance. L'animal prend une pique sérieuse mais dont il sort seul. Il en prendra encore une troisième en partant de loin. Bartolli est très applaudi.
....... Brindis à Jérôme Fesquet. Début au centre par molinetes rageurs. Le taureau a une charge violente qui se fera de plus en plus courte et sort de tous ses assauts en relevant la tête et en se retournant vite. Denis tient le coup et, jambe avancée, réussit à délivrer de valeureuses naturelles. L'animal est encore plus dangereux à droite et pourtant le maestro parvient à allonger quelques derechazos méritoires. Il s'engage dans une terrible estocade entière, dans tout le haut, non sans se faire cueillir et soulever par la corne droite à la hauteur de l'aine. Il s'en tire à moindre mal par une longue déchirure de sa taleguilla, de l'entrecuisse à la ceinture, qui nécessitera d'être contenue par un très large plastron d'élastoplaste. Une oreille de poids.

....... Cantaor, n° 14, septembre 03, salpicado, affiché à 460 kg, aux cornes agréables pour le torero, est un novillo. José Tomás, émeraude et or, donne d'emblée le ton en enchaînant de majestueuses véroniques, trois chicuelinas et une larga. Le novillo pousse fort sur la première pique puis s'endort. José fait un quite par gaoneras. Deuxième pique en partant de loin. Banderilles rapides.
....... Brindis au public. Le taureau est un peu mou et lent mais répète sans se lasser, noble, encore meilleur à gauche qu'à droite. Tout ça ne peut déplaire maestro qui va donner une parfaite démonstration de son toreo de rêve. Sous la musique et le délire des gradins c'est le défilé des aguantes impassibles, des naturelles infinies, des précis et précieux changements de mains…. Entière contraire un peu tendue, descabello fulgurant.
Deux oreilles.

....... Ronquillo, n° 17, novembre 2002, colorado, est lui aussi affiché à 460 kg. Il se montre bronco dans la cape puis chahute en manso le cheval de "Fritero" et prend encore deux piques de manso. "Fritero" ne s'en laisse pas conter, " fluctuat nec mergitur ". Il est applaudi.
....... Denis "brinde" à ses frères. Entame au centre avec un taureau vif et brusque qui donne de la tête et se retourne très vite. A droite ça passe ou ça casse, Denis ne recule pas et ça passe ! C'est encore plus difficile à gauche où ça ne passe plus. L'entière dans tout le haut est foudroyante. Une oreille que Denis, peu convaincu mais visiblement ému, s'empresse d'enfouir sous son gilet. Il fait la vuelta sous une intense ovation, les yeux embués. Puis il est entouré de ses proches quand l'ancien matador de toros Bernard Carbuccia " Marsella " lui coupe la coleta. L'émotion collective est à son comble !

....... Bribón n° 108, décembre 02, affiché à 477 kg, aux cornes "délicates et fragiles", est distrait et fuyard dans la cape de José Tomás. A la pique, il secoue tellement le peto qu'il démonte le cavalier. L'excellent cheval de la cavalerie Heyral poursuit la lidia seul et se penche à peine pour contenir un bicho qui manque de force. Cavalier remonté et deuxième rencontre anodine, l'animal n'est, pour ainsi dire, pas piqué.
....... Pourtant, et c'est ici que le bât blesse, il ressort de ses chocs contre le peto et les étriers, la corne droite en sang sur toute sa longueur. Il a perdu une bonne partie de l'étui corné dont le
pitón ! Voir ici deux photos de Campos y Ruedos. Tous les spectateurs des premiers rangs ou munis de puissantes jumelles, comparant la taille de ce qui reste, l'os sanguinolant à nu, avec celle de l'autre corne, sont obligés d'en déduire que le pitón, proprement dit, ne devait pas être bien long ! La corne avait été probablement fragilisée par une"usure naturelle" ! Comme il arrive souvent aux toros de Nîmes !
....... De toute manière le public feint de ne pas considérer l'accident. Il ne veut pas se gâcher son bonheur.
....... Adame réalise un joli quite par chicuelinas.
....... L'animal, tardo, ne permet pas le lié. José Tomás s'en accommode et administre une nouvelle démonstration. Par son sens du placement, par son aguante, il tire passe après passe pour faire de chacune un monument... Manoletinas finales, un pinchazo, un avis, deux tiers d'épée, une oreille.

Le petit Inglés, n° 16.......................Photo : Lilian Peille

....... L'heureux public n'est pas encore au bout de son bonheur. Apparaît le petit Ingles, n°16, né octobre 02. Il a bien cinq ans sonnés mais est affiché à 460 kg. Il est noir avec de petites cornes. Mal mis en suerte, il va taper aux planches. Au cheval, il s'endort contre le peto. Deuxième pique dans le même style d'où il est difficile de le décoller. Joselito Adame s'illustre par trois zapopinas flamboyantes terminées par une larga. Tendidos en ébullition. Trois paires de banderilles encore meilleures que ses précédentes.
....... Nouveau brindis au public. L'animal est mobile, idéalement noble. Cambio dans le dos au centre, longs derechazos, jolis changements de main, naturelles parfaites, adornos de bon goût, entrain, allégresse, légereté, plaisir de toréer communicatif ! Une énorme estocade entière et encore deux oreilles.

....... Les trois toreros sortiront a hombros par la porte des Consuls. Tomás et Adame insisteront pour que Denis Loré passe devant eux tandis qu'ils sortiront côte à côte, derrière lui.



....... Si nous dressons un bilan de cette tarde qui devrait rester dans les mémoires à des titres divers, nous rappellerons les critiques que nous avons formulées dans les lignes qui précèdent : taureaux bien petits pour une plaza qui se veut de première catégorie et, surtout, de trop nombreuses cornes suspectes. La plupart de ces animaux auraient pu apparaître lors d'un festival. L'épisode de la corne sanglante aurait dû soulever la protestation des gradins. Mais le public nîmois est "moderne".

....... Ceci dit, ces toritos ont plus secoué les cavaliers que les gros et faibles Miuras du vendredi et ont constitué le meilleur lot commercial de cette feria des vendanges. Ils étaient mobiles, donnaient du jeu, méritaient des toreros possédant art et technique et les ont eu.
.......
Ils ont permis :
....... A Denis Loré de connaître une despedida particulièrement digne et très fêtée.
....... A José Tomás d'administrer une indiscutable démonstration.
....... Au pétillant Joselito Adame d'amplifier son précédent triomphe arlésien et de s'installer tout de suite sur une orbite haute.

....... Bref, ce fut une corrida "torériste" tout à fait réussie qui a pu retenir l'attention des "toristes" présents. Dans tous les cas, une grande majorité des 12000 à 13000 personnes qui remplissaient les gradins est sortie heureuse ! Quant aux toristes, ces rabat-joie, ils ont aimé les adieux taurins de Denis Loré, éprouvé l'envie de revoir au plus vite Joselito Adame, assisté à un formidable numéro de José Tomás en festival (alors qu'ils avaient payé une place de corrida) et sont restés méditatifs.

....... Voir les photos de Burladeros

....... Voir le reportage vidéo de Corrida Tv