Samedi 13 septembre, corrida goyesca et foison d'oreilles !


Deux toros de Gutiérrez Lorenzo pour Pablo Hermozo de Mendoza.

Quatre de Zalduendo pour Julián López « El Juli » et Jean-Baptiste Jalabert « Juan Bautista », « Morenito de Nîmes » étant sobresaliente.

La décoration des arènes a été confiée cette année au plasticien Jean-Pierre Formica. La photo ci-conte est empruntée à son site.
Voir d’autre part le reportage vidéo de Corrida TV.

Arènes à peu près pleines, temps frais et même froid, petites gouttes de pluie intermittentes et pas trop ennuyeuse. Quelques rafales de vent gênantes pour les toreros
Public peu expansif mais relativement attentif.

Présidence de Mr Jacky Boyer assisté de Mrs Gérard Saury et Michel Vion.

N’étant pas un vrai connaisseur du rejón, je glisserai rapidement, à une remarque près ci-dessous en caractères gras, sur les deux prestations de Pablo Hermozo de Mendoza, veste et gilet goyesques en bleu sombre bordé de broderies d’argent.
Son premier adversaire était mansito et avait tendance à se coller aux planches. Pablo eut le très grand mérite, m’a-t-il semblé, de parvenir à le décoller et à l’intéresser.
Il fut malheureux à la mort, s’y reprenant à trois fois. Pas de mouchoirs. Salut.

Son deuxième adversaire vif et mobile lui permit de donner un grand spectacle qui enchanta les gradins.

Sauf qu’à un moment donné, monté sur Chenel, il voulut trop en faire et que lors d’un numéro de « trémendisme » près des planches, pour moi tout à fait gratuit et superflu, Chenel fut touché, le groupe équestre renversé. Pablo, malgré sa fuite, reçut, comme son cheval, deux coups de cornes dans les fesses fort heureusement sans conséquences fâcheuses pour l'homme comme pour sa monture, les cornes étant arrangées pour.
S’ils affrontaient des toros limpios, les rejoneadores prendraient moins de risques, toréeraient de manière moins spectaculaire mais plus sobre et plus classique, ce qui ne serait peut-être pas plus mal. Eternel débat !

Ceci dit, Pablo Hermozo termina de façon parfaite par un seul rejón de muerte en bonne place, profond et d’effet rapide. La présidence accorde deux oreilles.

Les quatre Zalduendo formèrent un lot homogène, annoncés de 510 à 525 kg mais paraissant petits, discrètement présentés, montrant quelques signes de faiblesse. En toros « modernes » mais réglementaires, ils se sont partagés très équitablement huit piques, les secondes étant fort légères. Leur présence en piste ne fut jamais inintéressante et requit des lidias appropriées.

El Juli, pivoine et noir, bénéficia du meilleur sorteo.
Le premier Zalduendo, colorado retinto, né en avil 2004, brocho y cornicorto, grassouillet, est affiché à 510 kg.
Très bien reçu à la cape, cet animal s’emploie de très belle manière sur un première pique placée dans l’épaule et « carioquée ». Chicuelinas un peu accrochées à gauche. Puis belle mise en suerte pour une deuxième rencontre vers laquelle l’animal s’élance vaillamment mais qui sera symbolique parce qu’il est faible.
A la muleta, le bicho accusera un peu cette faiblesse et restera court et difficile à gauche. Mais il compensera par une agréable allégresse et un noblissime comportement à droite. D’où très belle faena essentiellement droitière terminée par un petit numéro d'encimisma. Un pinchazo, un quart de lame, un descabello heureux.
L’oreille est accordée alors que la demande n’était pas majoritaire (*).
Applaudissements à la dépouille du taureau.

Le ciel se charge et il fait plus froid quand El Juli reçoit le troisième Zalduendo, un negro, brochito, né en septembre 2004, tout juste 4 ans, affiché à 500 kg. Belles véroniques en gagnant le centre.
Le toro prend sans trop de classe une première pique relativement légère  et revient spontanément chercher la seconde du même acabit et dans le même style. Il donnera par la suite des signes de faiblesse (agenouillements).
Morenito de Nîmes ( rose et noir) intervient dans un quite par navarraises.
Le professeur cherche le bon site en commençant par provoquer de loin un taureau un peu imprévu dans ses premières charge. Celui-ci, d’abord faible se refait vaillant et vif tandis que le maestro contrôle et domine la situation sans trop de mal, en particulier à gauche.
Il termine par un estoconazo d’effet immédiat qui provoque l'apparition de deux mouchoirs blancs !

Le second des Zalduendo, colorado retinto, cornicorto, né encore en septembre 2004, affiché à 520 kg, est pour Juan Bautista, rouge orangé et noir.
Il tente de l’accueillir à genoux mais l’animal difficile à fixer échappe. Cape très honorable en fin de compte.
Une pique au milieu du dos « carioquée » suivi d’une brève rencontre car le Zalduendo se montre faible, lui aussi.
Tercio
de banderilles écourté à deux paires.
Brindis au public très applaudi.
Jean-Baptiste prend la gauche d’emblée car l’animal est court à droite. Ce n’est pas un bonbon, le combat sera difficile, un peu laborieux mais tournera à l’avantage du maestro.
Une excellente estocade concluante en todo el alto, presque en arrière.
Une oreille, peut-être pas majoritaire. Quelques applaudissements à l’arrastre.

Le denier toro, affiché à 525 kg, noir, est encore né en septembre 2004, encore cornicorto y brocho.
Après avoir été embarqué dans trois bonnes véroniques et la demie, il s’élance vers le cheval Congo monté par Jacques Monnier, secoue violemment sous le poitrail et renverse le tout. Une deuxième pique sera symbolique.
L’animal prend sans peine ni gloire trois paires de banderilles pour arriver vif et entier au troisième tiers.
Tanteo prudent qui permet à Jean-Baptiste d’analyser la situation. L’animal ne s’arrête pas de charger et se retourne comme un chat. Le bon parti est pris, il faut s’imposer sans répit. La faena sera à base de derechazos nerveux, rapidement enchaînés, violents, qui recueillent l’assentiment du public. A gauche ça va moins bien, même en s’aidant de l’épée.
Nouvelle bonne estocade qui entraîne une nouvelle oreille assez logique.

Les trois maestros sont sortis a hombros.

Voir le reportage vidéo de Corrida Tv

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(*) Après la course, au cours d'une tertulia organisée par les clubs Ricard et les "Chiquillos de José (Caparoz)", dans la cour du superbe Hôtel des Podestats, le président Boyer fut interrogé au sujet de cette oreille.
Il expliqua qu'il avait trouvé le public trop froid en s'étonnant qu'une oreille n'ait pas été demandée à l'issue de la prestation initiale de Pablo Hermozo. Après la première faena du Juli, il prit le parti d'accorder une oreille minoritaire pour réveiller le public et "lancer la course".
Et pour être lancé, ce fut lancé puisque six autres oreilles suivirent !

Curieuse appréciation du rôle d'un président qui se fait Monsieur Loyal de cirque et dévalue les trophées pour encourager le public à applaudir ! Est-il recruté par les organisateurs pour jouer ce rôle ?

Dans tous les cas, malgré cette moisson de sept oreilles et trois sorties en triomphe, cette course ne laissera pas un souvenir impérissable !