Six toros de El Pilar pour Julián López Escobar « El Juli », José María Manzanares, Miguel Angel Perera
Ciel nuageux, pas de vent, trois quarts d’arènes.
Quatre des six de El Pilar avaient tout juste 4 ans étant annoncés comme nés en juillet 2004 (1,2,3,5) (nous savons bien que les toros sont particulièrement nombreux à voir le jour en juillet !), un en mars 2004 (6) et un en juillet (encore !) 2003 (4). Ce récent cinqueño n’a pas déparé le lot et, sans doute, parce que ma modeste place (à 40 euros quand même !) me situait tout en haut, très loin du ruedo, je n’ai vu que des anovillados aux cornes particulièrement discrètes.
Claude San Nicolas, le meilleur président qui soit à Béziers, imposa les deux piques. Piques « modernes » (mais ce n’est pas de sa faute), la première au milieu du dos ou dans l’épaule, « carioquée » et « marteau piquée », la seconde quatre fois sur six - exceptons les deux derniers taureaux - symbolique et provoquant les huées de la partie du public anti-pique, celle qui fait le plus de bruit même si elle n’est pas majoritaire.
Ceci dit, ces six « novillos », aux poids affichés au kilo près de manière tout à fait fantaisiste (80 à 100 kg en sus), se répartirent très équitablement les douze rencontres réglementaires et restèrent debout jusqu’à l’estocade, c’est assez rare pour être souligné.
Ils furent bravitos mais sans forces, noblotes mais sans transmission. Le gentil public les applaudit pour la plupart à l’arrastre.
« El Juli » , violet et or, accueillit Dulce, le bien nommé, un colorado aux cornes délicatement discrètes par des véroniques en parones conclues par une joli demie. Bonne poussé sur une première pique « carioquée », deuxième rencontre sous des huées, particulièrement brève non pas à cause de ces protestations mais parce que le faible animal essayait de pousser encore et qu’il ne fallait pas achever de l’abîmer.
A la muleta, entame par derechazos classiques poursuivis de superbes naturelles. Fin près des cornes pour transmettre un minimum d’émotion et épuiser les dernières charges.
Une bonne estocade, un descabello, une oreille.
Manzanares, lie de vin et or, reçoit le deuxième mini corné, retinto, avec arte y sentimiento à la cape. Le bicho s’engouffre dans une pique « pompée » et « carioquée » en donnant de la tête puis est soumis à une piquette.
Travail très propre au troisième tiers surtout à droite mais sans aucune émotion tant l’animal était fade.
Mete y saca, entière tombée, salut au tiers.
Perera, vert pomme et or, se fait arracher la cape des mains par Portilloso, un petit colorado sans mauvaises intentions. Cet animal reçoit bravement un première pique dans l’épaule puis supporte une deuxième rencontre symbolique.
Brindis au public. Entame par cambios à la Castella au cours desquels le noble animal bouscule le maestro sans le faire exprès. Celui-ci ne lui en veut pas et le gratifie de derechazos superbement « templés ». Suite dans les cornes pour numéro encimista qui porte sur le public.
Un avis, un tiers d’épée, un deuxième avis, une entière, une oreille.
Apparaît Buscagua, le cinqueño, un retinto artistiquement brocho qui pousse avec courage sur un longue pique « carioquée » et « pompée » et, selon le scénario bien établi, se prête à la deuxième brève rencontre réglementaire.
Ce taureau à la tête haute et mobile va poser quelques problèmes au Juli qui, ayant « brindé » au public, ne les avait pas pressentis. Le maestro commence en cherchant la distance sans bien la trouver. De bons derechazos déclenchent la musique mais les naturelles qui suivent hachées et de mérites divers refroidissent l’atmosphère.
Conclusion par une demie épée bien basse. Silence.
Resistante, le cinquième taureau, est un colorado, un peu mieux encorné, tout étant relatif, que ses prédécesseurs. Il va s’employer en poussant très bien sur une première pique et en prend une deuxième de même calibre. Enfin, deux véritables piques !
Il aborde la muleta de manière beaucoup moins courageuse, cherchant d’emblée très ostensiblement à gagner la porte du toril. Manzanares s’applique à le ramener sans brusquerie au centre de l’arène. Et là, il use d’une stratégie qui, même si elle n’eut rien d’héroïque, fut pour moi un moment très intéressant. José María, conservant toujours la tète dans la muleta et toréant en rond sans trop peser, avec douceur et suavité, parvint toujours à « rémater », animal dos au toril. Alternance à gauche et à droite et l’inoffensive bête aimantée par le leurre ne s’en détache plus et oublie sa querencia. Si bien que quand l’homme s’écarte pour aller chercher l’épée de mort à l’opposé du toril, il est suivi timidement et respectueusement, à trois mètres de distance, par un animal qui semble décontenancé par l’interruption du jeu.
La fin est moins aimable. Trois pinchazos engagés, un avis, un tiers de lame, un deuxième avis, trois descabellos.
Medidor, un tostado abusivement annoncé à 580 kg !, un peu mieux encorné lui aussi, poussera fort sur une première pique et en prendra une seconde correcte.
Curieuse faena orchestrée au propre et au figuré par un public versatile. Le taureau est faible, porte la tête haute, donne des hachazos et aura tendance à raccourcir sa charge. Ce n’est pas un « bon collaborateur » pour user de la terminologie des revisteros patentés. Le début de la confrontation est un peu chaotique. Perera s’emploie méritoirement à faire baisser la tête et à allonger la charge ce qui ne semble pas aller ensemble. La foule des gradins se désintéresse de ce travail ingrat et s'ennuie… Voilà qu'un spectateur lance par raillerie l’inévitable « mouousica ! ». Mais alors un petit groupe commence à entonner, toujours par raillerie, un air de paso-doble et spontanément la chorale s’amplifie… Sur ce fond sonore inattendu le public se réveille, reprend goût au spectacle, la faena va a mas, Miguel Angel lie de splendides derechazos. Les applaudissements fusent !
Conclusion par une excellente estocade entière et seconde oreille qui ouvre la porte du triomphe.
Voir le reportage vidéo de Corrida Tv
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