Six toros du Marques de Domecq pour Enrique Ponce, Sébastien Castella, Alejandro Talavante.
Plein absolu, temps frais, rafales de vents gênantes pour les toreros, présidence de Serge Calmel.
Regrettable homogénéité des taureaux du Marquis, six bichos sans trapío, sans cornes, sans fore, sans race, sans rien de ce qui fait un bravo. Six mauvaise piques uniques puisque le président aux ordres s'est rué sur le mouchoir blanc dès que le maestro fait mine de lever le petit doigt. Mais pouvait-il faire autrement ?
Six faenas sans beaucoup d'intérêt, le plus souvent trop longues. Quel ennui !
Enrique Ponce, ciel et or, dérangé par la seule corne impossible à escamoter, la troisième, celle du vent, n’insiste pas face à un premier adversaire colorado, sans charge. Il a le mérite d’abréger et conclue par une entière légèrement desprendida.
Le quatrième toro, negro y brocho, après trois véroniques et une vuelta de campana se contentera d’une petite pique.
En se cantonnant dans le terrain le plus abrité du vent et en toréant de près à droite, Enrique étire la faena et distille son répertoire favori, derechazos en rond, bras gauche relâché et ventre en avant collé au flanc de l’inconsistant adversaire, longs et inimitables changements de mains par devant qui modèlent parfaitement une charge molle.
Il bascule de belle manière par dessus les cornes pas trop gênantes pour laisser une estocade en bonne place. Un avis avant que le taureau ne s’écroule.
Une majorité du public, plus relative qu’absolue, demande l’oreille. Le président Calmel exhibe simultanément deux mouchoirs. C’est, certes, son droit mais rien n’interdit, quand même et heureusement, à ce qui était encore considéré dans un passé pas si lointain comme el respetable (le respectable) de marquer sa désapprobation, ce dont il ne se priva pas.
Sébastien Castella, noir et jais, éprouve du mal à manier sa cape sous le vent pour accueillir le deuxième taureau, un negro mulato. En sortant de la mono-pique, l’animal plante ses cornes dans le sable. Laborieuse et longue faena. Le taureau ne passe pas. Il faut le forcer en avançant au delà des cornes et en tirant des derechazos difficiles à lier. Puis circulaires inversées qui produisent leur effet. Un avis est sonné. Essai de naturelles terminales qui se dissolvent dans le vent…
Vilain bajonazo trop latéral pour être efficace, une tentative de descabello malheureuse, un deuxième avis, descabello réussi au cinquième essai, tout près du troisième avis. Ouf !
Le cinquième sorti provoqua un incident qui fit beaucoup parler le soir dans les tertulias. Après une bagarre à la cape avec Castella, il prend sa pique « marteau-piquée ». Tercio de banderilles rapide et le président fait sonner la mort. Castella veut gagner le centre de l’arène pour « brinder » au public, il intime à sa cuadrilla de déplacer le bicho qui révèle à ce moment-là une légère boiterie. Une partie du public proteste et le mouchoir vert apparaît au palco.
Le président a-t-il outrepassé ses droits ? Il faut ici considérer les deux premiers alinéas de l’article 85 de notre Règlement Taurin Municipal (voir ci-dessous). Si l’on se réfère au moment du combat où le renvoi de l’animal est demandé, il n’y a aucune restriction. L’animal peut être changé à tout instant et, bien sûr, même si c’est rare, au cours du troisième tiers. Par contre, il est précisé que les défauts constatés doivent être ostensibles, c’est à dire visibles d’emblée. Ce taureau n’avait pas présenté de boiterie à son apparition en piste. Le second alinéa va plus loin en précisant que les animaux qui deviennent inutilisables au cours du combat ne seront pas changés. Donc un taureau qui acquiert une boiterie au cours de la lidia ne devrait pas être changé. Mais il en va généralement autrement. Alors ? Interminable querelle d'experts en perspective.
Apparaît donc un sobrero du même fer, colorado et de cornes commodes. Il fuit obstinément toute les capes présentées par la valetaille. Serait-ce un manso perdido ? Il a fallu que le maestro se mouille et aille démontrer qu’il était possible de le retenir dans les plis d’une cape. Petit picotazo, le changement est immédiatement demandé et obtenu. Stop ! La corrida non piquée n’est plus une utopie ! Dans celle-ci, d’ailleurs, nous aurions pu faire l’économie de tous les premiers tiers et, vu l'intérêt du spectacle, nous aurions gagné un temps précieux !
Banderilles rapides.
Brindis au public.
Le taureau va rester mobile, preuve qu'il ne faut plus piquer les pensionnaires du marquis prétendront les incorrigibles optimistes !
Après le numéro ponciste, nous aurons droit au castellien : statuaires impavides, derechazos en se faisant bousculer qui commencent à chauffer les gradins, naturelles longues et « templées », ça passe mieux à gauche, et puis tout le répertoire des circulaires de face et inversées, enchaînées pieds immobiles, numéro d’« encimise » ébouriffant… Ah ! que tout cela aurait été sublime s’il y avait eu un véritable toro en face !
Un pinchazo, une demie-lame chanceuse d’effet rapide. Les deux oreille tombent simultanément ! Délire !
Alejandro Talavante, rouge et or, donne deux ou trois bonnes véroniques au troisième, un brocho grassouillet qui fait mine de secouer le peto lors de la mono-pique.
Au cours d’une faena qui ne pouvait qu’aller a menos, l’animal permet deux derechazos puis raccourcit sa charge, puis s’éteint complètement.
Une profonde estocade tombée.
Sifflets nourris à l’arrastre.
Avec l’ultime negro bragado, Alejandro fut encore bien à la cape. Petite pique unique.
Brindis au public.
Entame par statuaires au centre. Poursuite par derechazos en courant bien la main, puis ça se gâte. Médiocres naturelles gênées par le vent et le toro se met à donner de la tête. Talavante persiste, torchonne, n’en finit plus, s’obstine dans d’ultimes manoletinas.
Un avis et fin laborieuse.
Voir vidéo reportage de Corrida Tv
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REGLEMENT TAURIN MUNICIPAL - ARTICLE 85
Le président pourra ordonner le renvoi des animaux sortis en piste si ceux-ci s'avèrent manifestement impropres au combat en raison de défauts ostensibles ou de comportement empêchant son déroulement normal.
Lorsqu'un animal deviendra inutilisable au cours du combat, de telle sorte qu'il sera nécessaire de le mettre à mort en piste au moyen de la puntilla, il ne sera pas remplacé par un autre.
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