Du jeudi 18 au dimanche 21 septembre, "Feria des vendanges à Nîmes"


NÎMES SOUS LE SIGNE DU JULI

Les vendages nîmoises ont vécu un grand millésime. Pas sans réserves, mais un grand millésime quand même.

L'artisan majeur de cette réussite se nomme EL JULI, dont l'encerrona avec 6 Daniel RUIZ a été réellement historique. Certes, les toros étaient plutôt petits dans leur ensemble et ils paraissaient souvent discrètement dépointés. certes, ils n'étaient pas des foudres de guerre à la pique (la peste soit le toro « moderne » que nous concocte le mundillo !). mais aucun n'était marqué du « 5 », et ils ont montré un fond de caste un tantinet âpre qui demandait un maestro : ils l'ont rencontré ! D'un engagement total de la première à la dernière minute, d'une science jamais prise en défaut, d'une envie insatiable, d'une variété inépuisable, d'une générosité extraordinaire, d'une expression et d'une profondeur exceptionnelles, Juli a écrit sur le sable des arènes de Nîmes une inoubliable page de tauromachie.
Le sommet fut atteint avec le 6e toro, le meilleur. Arènes chavirées, comblées. Un bonheur.

L'encerrona de Sébastien CASTELLA n'a pas atteint les mêmes sommets, avec 2 Garcigrande minables à tous les sens et marqués du « 5 », 2 JP Domecq (marqués du « 4 ») nuls, 1 très bon Victoriano del Rio (en 4e, et marqués du « 4 ») et un autre vide (en 6e, et marqués du «5 »), plus un réserve de Toros de Cortés, lui aussi marqué du « 5 », très léger, très vif et noble.
Avec les 2 bons toros , Sébastien a été très bien, même s'il n'est pas encore redevenu tout à fait celui qu'il était avant son accident de Cali. La sympathie du public à son égard, fondée sur les merveilles qu'il lui a déjà données (en dernier lieu, le 6e Pilar du samedi de Pentecôte : un prodige !), va sans doute l'aider à poursuivre dans sa bonne voie.

La présentation des Margé, qui ouvraient la Feria, a été fort honorable. Dans le style du toro « moderne », discret à la pique et plutôt doux, il y a eu 3 ou 4 bons toros, particulièrement le 2e et le 3e. Le 5e a été abusivement piqué et le 6e s'est ruiné sur une vuelta de campana. Le 3e a
frisé l'indulto et a été gratifié de la vuelta al ruedo . alors qu'il fut manso à la pique et que son excellente charge avait le défaut d'être entrecoupée d'arrêts intempestifs qui enlevaient du rythme à la faena : les cire-pompes en tout genre et la presse servile veulent-ils absolument nous tuer la Fiesta ? Les toreros se sont fort honnêtement débrouillés, Curro DÍAZ se montrant le plus artiste.

La novillada de Manolo GONZÁLEZ était pleine de qualités mais non sans aspérités ; les novilleros ne les ont pas totalement dominés.
Roman PEREZ a fait preuve de son métier et de son abattage habituels, avec une belle conviction.
Alejandro ESPLÁ a carrément déçu : truqueur et pas dans le coup, déplaisant, il s'est attiré l'hostilité du public.
TOMASITO s'est montré vert (normal !), a eu quelques beaux gestes et à tué honorablement ; à l'inverse, il a gagné la sympathie du même public.

Le vent a perturbé la bonne volonté manifeste de APARICIO, CONDE et MORANTE, qui n'étaient pas seulement venus pour le cachet. Chacun a montré ce qu'il aurait pu faire si.
On a particulièrement retenu quelques derechazos, et 2 véroniques lors d'un quite, d'Aparicio ; Conde a fait une entame de faena tonitruante à son 2e, plus quelques beaux gestes maison ; Morante nous a régalés d'une somptueuse série de véroniques et de quelques passes de muleta de son cru.

Le dimanche matin a consacré la « résurrection » de JUAN BAUTISTA retrouvé et bien servi par le sorteo : envie, sobre classicisme, saveur, épée coup de canon. Un bonheur. Mais pourquoi le rabo au torero et la vuelta al ruedo au toro, à son 2e ??? il n'était pas un grand toro, mais un toro noble et sans bravoure : qui veut nous tuer la fiesta et ridiculiser les arènes de Nîmes ? Indigne ! Populisme médiatique ?
TEJELA a été bien mais un peu plat. Dans son style prenant, TALAVANTE s'est « pégué un arrimón » remarquable à son second arrêté et court.

L'après-midi, PONCE a tenu à montrer à tous qui il était à son bouillant 2e, alors qu'il avait toréé son 1er Victoriano del RIO en sénateur.
PERERA a été bien mais il a manqué de charisme ; il lui faut un toro de plus de présence.
Rubén PINAR a montré de fort belles promesses.

Et les réserves ?
Si le « tir » a été sérieusement rectifié par rapport à la Pentecôte en ce qui concerne les cornes (ouf !), beaucoup sinon toutes paraissaient légèrement arrangées ; quant aux poids affichés, on a atteint de sommets de mascarade : Arles et Béziers battus par KO. Notez bien, Nîmes est la première arène de France, n'est-ce pas ?...
Et les guarismos « 5 » ! le nombre de toros déclarés nés en juillet, août et septembre, période de mise bas s'il en est ! Incroyable, fabuleux.!
Et les lots disparates !
Et les toros faibles qui ressuscitent en cours de faena : il est bien connu que plus les muscles fatiguent, plus les mouvements se font vifs et forts. Il faudra en aviser le Comité Olympique !
Et les récompenses qui tombent comme à Gravelotte.
Et les prix prohibitifs, dont une presse locale à la botte explique qu'ils ne sont pas un obstacle quand on a la passion.

Bref, il reste du pain sur la planche pour retrouver une dignité. Mais quelle dignité peut-on reconnaître et quelle confiance accorder à un pouvoir qui élimine les contre-pouvoirs ?
L'avenir reste très assombri. Hélas !

Ce fut pourtant une bien belle feria, dont Juli aura été l'extraordinaire enchanteur. Merci.