20, 21 et 22 juin, Feria d'Istres

La jolie petite Feria que Bernard Carbuccia " Marsella " et la ville d'Istres sont en train de nous composer ! Ambiance festive et conviviale dans les rues, musiques, animations gratuites des plus sympathiques pour les petits… et programmes alléchants dans les arènes, avec du toro de respect et des hommes capables de les affronter. Qui dit mieux ?
Évidemment, les promesses n'ont pas toujours été réalisées, mais l'ensemble résulte bon, et le public se déplace de plus en plus.

Vendredi soir une portugaise

Tout commençait le vendredi soir avec une portugaise : il s'est dit que les 2 premiers toros de Fano avaient mal commencé mais que la course s'était bien poursuivie ; et que les forcados de Chamusca, très brillants, avaient enthousiasmé un public connaisseur de la bouvine et qui mesurait ce que c'est de recevoir ainsi la charge d'un toro.

Le samedi matin, novillada sans picadors de Colombeau

5 apprentis en décousaient avec 5 becerros de Colombeau d'un allant et d'une combativité inlassables. Pas le moindre fléchissement ! Les 3 premiers, costauds, demandaient les papiers ! Charge très courte, ils ne permettaient pas d'enchaîner les passes.
A ce petit jeu, Vincent Cardo a fait ce qu'il pouvait, sans cependant démériter.
Tomas Cerqueira (Béziers) a été remarquable : par la justesse de ses placements comme de ses déplacements, il a fait oublier que les passes étaient le plus souvent données une à une ; ses véroniques étaient admirables de pouvoir et d'expression. Il progresse à pas de géant, et a gagné un prix mérité.
Tomas Bournel (Nimes), moins mûr, a été aussi à son avantage ; en particulier, il a montré quelques gestes isolés de grande classe : le jour où il arrivera à les répéter dans toute une série, puis de série en série, il fera un fameux torero. Suerte !
Tomas Duffau (Sud-Ouest) a fait une faena complète, allurée et excellente à un becerro qui permettait de lier les passes ; sans un gros " pétard " à l'épée, il aurait certainement remporté le trophée. Ses progrès aussi sont flagrants.
Le dernier était un becerrito destiné au local : Sofiane " Morenito d'Istres ". Vert, il l'est ! Mais quelle envie ! quelle joie de toréer ! quel enthousiasme ! Il s'est gagné chez les siens un joli triomphe. Très bonne matinée.

L'après-midi, corrida de Cruz Madruga

Les toros de Cruz Madruga étaient très attendus, après la triomphale novillade de 2007. Dommage : personne n'avait mis en valeur le fait que la lignée Martínez, que tout le monde croit complètement éteinte, vit encore pure ( ?) chez Cruz Madruga ; en tout cas, les 3 novillos de 2007 et le toro de 2008 qui arboraient un pelage " berrendo en negro aparejado " trahissaient leur sang.
Las ! Tous étaient atteints d'une affligeante faiblesse de patte, à tel point que l'un n'a pas pu se relever en cours de faena et a dû être puntillé. En plus, ils avaient " bastellé " (tapé) durant tout le voyage ; et sans doute après ! Le 1er est sorti avec une corne cassée à la base ; le sobrero avait cassé 10 bons cm d'une corne, et elle saignait un peu ; un autre s'est 'déchaussé' la corne gauche en cours de lidia : elle bougeait un peu, mais elle a tenu (mais on n'a pas pu l'aider à se relever en tirant sur sa corne gauche…) ; bien peu présentaient des cornes intactes.
Ces toros, un peu inégaux en présentation (mais Istres est une petite plaza et cet élevage aussi est petit) faisaient illusion à leur sortie par leur vivacité et leur trapío, puis ils se " désarticulaient " peu à peu : comme le passage de 3 à 4 ans est difficile !

Antonio Ferrera avait fourni un certificat médical… qui ne l'a pas empêché de triompher le lendemain en Espagne.
Excellent remplacement avec Luis Bolívar.

Avec le bétail tel qu'il était, les 3 toreros se sont accrochés avec beaucoup d'application.
Marc Serrano, devenu chef de lidia, laisse voir un manque d'oficio à côté d'un Bolívar : comment le lui reprocher ?
Après une bonne faena (un peu irrégulière malgré tout) et un coup d'épée… bas mais efficace, il a coupé à son 1er une oreille ; il aurait réédité au second, mais l'épée n'est pas passée.

Luis Bolívar est déjà un vieux briscard avec de la bouteille ; lui aussi a coupé une oreille du toro qui a daigné mourir sous son épée plutôt que sous la puntilla.

Joselito Adame a retrouvé son dynamisme, on s'en réjouit pour lui ; mais il lui reste à retrouver le " rythme de compétition " dans les 3 tercios ; avec 1 et 1 oreilles, il est sorti en triomphe.

Dimanche matin, novillada de Hoyo de la Gitana

Là encore, faiblesse navrante. Au point de vue armures, tous étaient gachitos et brochitos, sauf 1, cárdeno, qui, lui, était dans le type Buendía et non dans le type ibarreño.

Les novilleros, une fois encore, ont essayé de donner le meilleur d'eux-mêmes.

Daniel Martín connaît son affaire, mais il n'a pas personnalité.

El Payo est de la graine de bon torero, souriant, sûr de lui.

Román Perez a paru en bien meilleure forme qu'à Arles pour Pâques ; comme on avait coupé à tous les toros et que la sortie en triomphe des 2 autres était assurée, il n'a pas voulu rester derrière : alors que le dernier était quasi invalide, il est arrivé à lui tirer une faena longue et de qualité croissante (quand le toro fatigue, il charge moins fort et il tient mieux !) : une demi estocade en bonne place et concluante lui a permis de couper 2 oreilles.

Tout le monde est sorti en triomphe.
Où trouver des toros à la fois toréables et solides ?!...

Dimanche après midi corrida d'Ecolar Gil

Sisx toros d'Escolar Gil pour El Fundi, Rafaelillo, Julien Lescarret.

L'après-midi, c'était le grand plein pour la corrida d'Escolar Gil.
On se disait que le beau-père n'allait quand même pas envoyer son gendre au casse-pipe… et on avait raison !
Le lot était moins homogène que les poids affichés ne le disaient et un peu léger dans l'ensemble, mais bien suffisant pour une arène de petite catégorie. Les cornes, bien asaltilladas, étaient telles que la nature les avait faites… et comme on ne les voit plus dans certaines arènes hupées. Les comportements faisaient souvent penser aux Victorinos… et pour cause !

Les 2 premiers toros ont donné du fil à retordre à Fundi et à Rafaelillo : ça partait mal.

Le 3e, corpulent et sérieux s'avère brave et excellent : 'le' toro du jour !
Tant au capote qu'à la muleta, Julien Lescarret s'en sort comme un vieux briscard et avec qualité : une bonne estocade lui permet de couper une oreille qui n'a rien d'une oreille de pueblo.

Après lui, le Fundi nous gratifie d'une faena fleuve liée et templée ; manifestement, il se régale, et le public avec lui : 2 oreilles…
Et vuelta au toro, justement protestée par une minorité : le toro, noble et 'long', avait été très quelconque à la pique.

Rafaelillo, bien rodé, coupe une oreille du 5e, bon lui aussi.

Pas malheureux au sorteo, Julien Lescarret touche encore un bon toro doté d'une merveilleuse charge longue et templée ; 2 belles oreilles à prendre pour un torero " fait ".
Julien prend bien sa mesure pour commencer ; il lui tire quelques passes de gala, dont 2 naturelles magnifiques, mais à mi-faena, le toro lui a tout " pris " et il finit plus besogneux…. On se prend à penser au Cid ! Julien aurait malgré tout coupé au moins une oreille, mais, à l'épée, il perd… la " foi " et l'oreille.
Dommage, il serait sorti en triomphe avec le Fundi et le mayoral, sous les applaudissements d'un public ravi.

Très bonne après-midi authentique de toros : la feria d'ISTRES finissait sur une excellente note, bien dans le ton de ce qu'avaient cherché les organisateurs.
Suerte pour 2009 !

N.D.L.R. : Nous sommes dans l'attente d'un autre "regard" sur cette corrida.