Du 7 au 12 mai, Pentecôte taurine à Nîmes

Nîmes proposait une affiche à faire pâlir d’envie n’importe quelle arène de la planète, mises à part Séville et Madrid : elle n’a malheureusement pas tenu ses promesses, et de loin !
Pourtant, les hommes ont vraiment joué le jeu et fait honneur à leur présence à Nimes ; en général, ils ont été au moins au niveau des toros, et très souvent au-dessus d’eux : merci, toreros !

Deux types de réalités sont la cause de la déception :

D’abord, les toros - globalement dans le son d’Arles - n’ont pas répondu à l’attente : quelle peine ! Victorinos décastés sauf un (un grand Victorino, lui !), Miuras anémiques, Jandillas sans race… Émergent du naufrage : la novillada de Fuente Ymbro, globalement merveilleuse de caste, la corrida du Pilar, encastée, et les San Pelayo du rejoneo, mobiles et nobles. Monopique plus un contact, voire deux contacts, étaient de rigueur, sauf exception.

Ensuite, et c’est certainement grave pour l’avenir de la fiesta, les circonstances locales ont favorisé une dérive vers la corrida de pueblo. Effet du réchauffement climatique, à n’en pas douter : la mer arrive aux portes de la ville, nous étions à Nîmes sur plage !

  • Depuis combien d’années n’avait-on pas vu autant de cornes dépointées ou carrément éclatées ?... Evidemment ! il n’y a plus de contrôle des cornes à Nimes, pourquoi se priver ?
  • Les poids annoncés n’avaient parfois qu’un rapport lointain avec la réalité (cf. un Miura de « 535 kg. », efflanqué et armé comme un cabestro, avait été pesé à 455 kg. le jour de son arrivée…). Evidemment ! il n’y a plus de clubs taurins comme témoin de la pesée, pourquoi se priver ?
  • Les deux premiers Juanpedro , minuscules, ont eu un comportement étrange : une vivacité et une rapidité de réaction hors du commun, et en plus conservées jusqu’au moment du coup d’épée : on croira difficilement que pareil comportement relève de la seule nature, qui, normalement, accuse le coup de la fatigue.
  • Et les trophées ? Ah ! les trophées… « Générosité » plagiste et incohérence ont « présidé » à leur attribution. Deux oreilles après bajonazo, voilà qui n’effraie plus guère la « Madrid française »… Ben voyons !

Trop, c’est trop. Nîmes se doit et doit à l’aficion française de redresser la barre, et vite, quoi qu’il en coûte. Les dithyrambes de la presse française ou espagnole discréditent le journalisme.

Castella dans le gotha des toreros !

Le grandissime événement de la Feria aura été la faena de Sébastien, le samedi après-midi, au dernier toro du Pilar, en remplacement de M. TEJELA blessé. Un grand manso pourvu d’une agressivité, d’une violence, d’une vitesse et d’une force exceptionnelles. CASTELLA, retrouvé au plus haut niveau, d’un « sitio » absolu depuis ‘A’ jusqu’à ‘Z’, empreint d’une sérénité et d’une douceur de gestes sidérantes, et désormais habité de cette plénitude que donne la maturité, a signé l’une des plus grandes œuvres tauromachiques qu’aient pu voir les arènes de Nîmes. Comment maîtriser, dominer et réduire autant de violence meurtrière avec une telle douceur de gestes et une telle économie de moyens ? Il fallait le voir pour le croire. Ce toro, arrivé « cru » dans la muleta, sur demande du changement de tercio par le torero après une pique, a fini langue pendante et a alors subi sans broncher le « numéro » incimiste de Sébastien… tout en restant prêt à l’exploser à la moindre erreur. Et pourtant, pas un seul geste brusque sous les retours agressifs de l’adversaire, pas un seul piétinement dans le replacement, pas une passe qui n’ait été douce, tirée loin et templée. Magique ! A l’estocade, le toro a fait un véritable bond en l’air et l’épée en a résulté tendida : ce fut la seule scorie, et elle était excusable : il aurait fallu être monté sur la corne à 1,50 mètre de haut pour lui donner le bon angle.
Eh bien, croyez-le ou ne le croyez pas : le public, conditionné par les médias sur la corrida fioritures, n’a pas soutenu sa pétition pour une 2e oreille ; le président n’en avait lâché qu’une d’emblée… Mais les mêmes avaient donné les 2 oreilles à TEJELA après sa blessure alors qu’une seule était légitime : pour son pundonor . Nîmes sur plage, je vous dis. Nîmes sur plage !
On connaissait le CASTELLA héroïque de Madrid. On connaissait le CASTELLA capable d’un temple merveilleux. Avec ce toro, les deux se sont si bien rejoints que l’héroïsme ne s’est pas vu. Par là, son toreo a rejoint la peinture minimaliste et pourtant si forte de Sylvain FRAYSSE, qui exposait à côté des arènes…
« Aujourd’hui, tu as retrouvé le sitio », lui a commenté Juan Pedro DOMECQ… soi-même !

Enhorabuena ! Sébastien. Et merci.

P.S. - Un peu de malice, mais sans méchanceté aucune : ce n’est pas la première fois que les Nimois partis à Vic ont (hélas ! pour eux ; hélas ! pour Vic) laissé derrière eux le grand événement torista de la Pentecôte…

Juli et Castella devant, les autres derrière

Les Garcigrande du 8 mai n’étaient pas des foudres de guerre, mais la grande faena de JULI à son 1er (2 oreilles) restera dans les mémoires. Curiosité, ce toro a failli être refusé pour faiblesse calamiteuse : par quel miracle, après les banderilles, a-t-il supporté des trajectoires sans fin et répétées, museau au sol et en galopant dans la muleta ? Dieu le sait. Et quelques autres aussi, peut-être… Mais quel grand moment de toreo ! Le meilleur JULI.

Au dernier toro, CASTELLA (rabo… excessif !) a été prodigieux d’enchaînements imprévisibles et d’un dominio absolu a un toro ensorcelé, qui n’avait pourtant pas grand-chose dans le ventre.

Deux sommets.

Les autres…

Dans l’ordre des dates :

  • Pepín LIRIA sans option…
  • Marc SERRANO, d evant un authentique Victorino (610 kg. ! solide, puissant, armé large et asaltillado) qui demandait les papiers, a été plus que digne : il a compris le toro, et il a fait en s’arrimant comme un lion, même si le manque d’oficio se sentait. Si l’épée ne l’avait pas trahi, il aurait coupé une oreille méritée. Public plutôt bon, et sympa avec les toreros.
  • Bon, Antonio FERRERA, dans son style, avec les demi-victorino sorti 5e.
  • Camille JUAN remarquable de générosité et en progrès techniques avec un Fuente Ymbro formidable de race dans la muleta ( mais quelconque à la pique), et que Ricardo GALLARDO, le ganadero, aurait souhaité voir gracier.
  • Marco LEAL a confirmé son excellent moment.
  • Abel VALLS, desservi par sa taille immense, a toréé sans âme.
  • Alejandro ESPLÁ, lui, bien qu’encore vert, a montré une muleta qui avait de l’âme ; il a eu la cape d’or : il n’y aurait pas eu injustice si elle était allée à Camille ou à Marco.
  • Javier CONDE n’a pas été mal, mais lorsque les toros empêchent la continuité dans le toreo, ses « particularités », désormais bien connues, font artifice plaqué…
  • Juan BAUTISTA, cette année, a perdu le sentiment du toreo et son épée ne passe plus. Quelque chose ne va pas chez lui en ce moment ; souhaitons-lui de se retrouver vite.
  • Miguel Ángel PERERA a fait une grande faena classique (2 oreilles) devant le seul bon Puerto de San Lorenzo qui soit sorti. De la graine de grand en croissance…
  • Alejandro TALAVANTE, à force de volonté et d’engagement, avec sa personnalité très particulière, a volé une oreille méritée à l’ultime.
  • Enrique PONCE, CASTELLA et CAYETANO ont fait de leur mieux avec des Zalduendo qui ne cassaient pas les briques !
  • César JIMÉNEZ, toujours raide et compassé, a toréé avec qualité mais brusquerie dans le geste et surtout dans les replacements, un excellent et encasté toro du Pilar.
  • Matías TEJELA, un bon ton en-dessous, a fait de son mieux. Vilainement pris à l’aine à l’estocade, il s’est relevé et, avec pundonor, a mis avec conviction une lame caida.
  • CID est à créditer d’une excellent faena à l’un des Juanpedro de la discorde ; la mobilité et solidité du toro lui permettaient de peser sur la charge : c’est là qu’il est bon !
  • MANZANARES, décidé mais avec un lot absolument sans option. Dommage…
  • FUNDI toujours à son zénith, tant avec un Miura quelconque qu’avec un sobrero difficile.
    Il a mis à son 1er l’estocade de la Feria : un chef d’œuvre d’exécution, d’une limpidité rare.
  • PADILLA sait faire le spectacle avec enthousiasme, si le toro ne permet pas !
  • RAFAELILLO toujours sincère et engagé, malgré l’adversité.
  • VENTURA, MONTES, HERNANDEZ, et MENDOZA brillantissimes sauf à l’épée ; mais le toro mutilé….
  • JULI et PERERA décidés, mais sans option avec des Jandilla qui avaient tout dit après 3 passes…

Malgré quelques bons et mêmes grands moments, les 2 derniers jours ayant été très ternes, cette feria, grande sur le papier, a laissé l’aficionado sur un mauvais goût… et accentué ses frustrations, tant accidentelles que « structurelles ». Ces dernières concernent toute l’aficion française : si l’autoproclamée 1ère arène française ne redressait pas la barre, où irions-nous ?... Sans parler du prix prohibitf des places !
Il n’y a plus que 30% de Nimois aux arènes ; si on veut tuer l’aficion dans la ville et ailleurs, voilà le bon chemin !

***

Pour information rétrospective
" Acune arène, y compris Madrid et Séville
n'a fait mieux "

Voici comment était présentée la Feria
sur le site des arènes de Nîmes :

NEUF ETOILES

Les ferias de début de saison (et la Pentecôte nîmoise est une feria de début de saison comme celles de Valencia, Arles, Seville…) se construisent autour de toreros en haut de l'affiche à la fin de l'année précédente. Selon l'ensemble des observateurs taurins, dix toreros occupaient cette place en octobre dernier et l'occupent encore au moment du coup d'envoi de la temporada 2008.

Parmi ces dix toreros, quatre, malgré leurs styles différents, ont la même conception de leur art. Ainsi José Tomas et son indiscutable pouvoir d'attraction, Sébastien Castella, triomphateur cet hiver à Mexico et Bogota, Miguel Angel Perera, l'étoile qui lorgne vers les cimes et Alejandro Talavante, parfois déconcertant, mais capable sur un seul geste de mettre debout une arène. Tous les quatre seront au rendez vous de la Pentecôte.
A leurs côtés, deux maestros : Enrique Ponce et El Juli. Eux aussi participeront à la fête nîmoise. Ensuite, deux classiques : El Cid et Juan Bautista. Le premier retrouvera Nîmes après trois saisons d'absence. Juan Bautista reste fidèle à une arène où il collectionne les succès.
Enfin deux artistes dont Jose Maria Manzanares remis du virus de la dingue qui l'a éloigné des pistes six mois ne manquera pas le rendez-vous de Nîmes qui accueillera neuf étoiles.
Aucune arène, y compris Madrid et Séville, n'a fait mieux.
Ni aussi bien d'ailleurs !
A ces neuf étoiles viendront s'ajouter d'autres toreros de talent. Pepin Liria pour son ultime rendez-vous avec le public de Nîmes, Antonio Ferrera, Javier Conde en inhabituelle heure vespérale, Cesar Jimenez très rarement vu en terre gardoise, Matias Teleja, El Fundi, Juan Jose Padilla, Rafaelillo, sans oublier la garde montante Cayetano, Joselito Adame et le tricolore qui a une chance à saisir : Marc Serrano. Autre tricolore, le novillero Camille Juan aux côtés de deux inédits en France : Abel Valls (4 oreilles et la queue à Castellon) et Alejandro Espla (fils de Luis Francisco) excellentissime à Valencia.
Etoiles encore : Pablo Hermoso de Mendoza à la corrida de clôture, Alvaro Montes, Diego Ventura et Leonardo Hernandez en matinée le lundi.
Evènement également côté toros avec le retour en France après trois saisons d'absence des Victorino Martin, Fuente Ymbro, Zalduendo et Jandilla.Les Miura, déjà là aux Vendanges, reviennent à la Pentecôte. Fidélité aussi aux toros de la région de Salamanca : Domingo Hernandez, Puerto de San Lorenzo, Gutierrez-Lorenzo, El Pilar…

Sept corridas, une corrida de gala, une corrida de rejon, une novillada, toutes les étoiles de la tauromachie, près de quarante acteurs, six jours de feria dont trois jours fériés. Une première dans la belle histoire de la Pentecôte !

 

Voir vidéo-reportages de Corrida Tv :

8 mai matin,

8 mai après midi,

9 mai,

10 mai maitin,

10 mai après midi,

11 mai matin,

11 mai après midi,

12 mai matin,

12 mai après midi