| Nîmes
proposait une affiche à faire pâlir d’envie n’importe quelle arène de la planète,
mises à part Séville et Madrid : elle n’a malheureusement pas tenu ses promesses,
et de loin ! Pourtant, les hommes ont vraiment joué le jeu et fait honneur
à leur présence à Nimes ; en général, ils ont été au moins au niveau des toros,
et très souvent au-dessus d’eux : merci, toreros ! Deux
types de réalités sont la cause de la déception : D’abord,
les toros - globalement dans le son d’Arles - n’ont pas répondu à l’attente :
quelle peine ! Victorinos décastés sauf un (un grand Victorino, lui !), Miuras
anémiques, Jandillas sans race… Émergent du naufrage : la novillada de Fuente
Ymbro, globalement merveilleuse de caste, la corrida du Pilar, encastée, et les
San Pelayo du rejoneo, mobiles et nobles. Monopique plus un contact, voire deux
contacts, étaient de rigueur, sauf exception. Ensuite,
et c’est certainement grave pour l’avenir de la fiesta, les circonstances locales
ont favorisé une dérive vers la corrida de pueblo. Effet du réchauffement climatique,
à n’en pas douter : la mer arrive aux portes de la ville, nous étions à Nîmes
sur plage ! - Depuis
combien d’années n’avait-on pas vu autant de cornes dépointées ou carrément éclatées
?... Evidemment ! il n’y a plus de contrôle des cornes à Nimes, pourquoi se priver
?
- Les poids annoncés
n’avaient parfois qu’un rapport lointain avec la réalité (cf. un Miura de « 535
kg. », efflanqué et armé comme un cabestro, avait été pesé à 455 kg. le jour de
son arrivée…). Evidemment ! il n’y a plus de clubs taurins comme témoin de la
pesée, pourquoi se priver ?
- Les
deux premiers Juanpedro , minuscules, ont eu un comportement étrange : une vivacité
et une rapidité de réaction hors du commun, et en plus conservées jusqu’au moment
du coup d’épée : on croira difficilement que pareil comportement relève de la
seule nature, qui, normalement, accuse le coup de la fatigue.
- Et
les trophées ? Ah ! les trophées… « Générosité » plagiste et incohérence ont «
présidé » à leur attribution. Deux oreilles après bajonazo, voilà qui n’effraie
plus guère la « Madrid française »… Ben voyons !
Trop,
c’est trop. Nîmes se doit et doit à l’aficion française de redresser la
barre, et vite, quoi qu’il en coûte. Les dithyrambes de la presse française ou
espagnole discréditent le journalisme.
Castella
dans le gotha des toreros ! Le
grandissime événement de la Feria aura été la faena de Sébastien, le samedi après-midi,
au dernier toro du Pilar, en remplacement de M. TEJELA blessé. Un grand
manso pourvu d’une agressivité, d’une violence, d’une vitesse et d’une force exceptionnelles.
CASTELLA, retrouvé au plus haut niveau, d’un « sitio » absolu depuis ‘A’ jusqu’à
‘Z’, empreint d’une sérénité et d’une douceur de gestes sidérantes, et désormais
habité de cette plénitude que donne la maturité, a signé l’une des plus grandes
œuvres tauromachiques qu’aient pu voir les arènes de Nîmes. Comment maîtriser,
dominer et réduire autant de violence meurtrière avec une telle douceur de gestes
et une telle économie de moyens ? Il fallait le voir pour le croire. Ce toro,
arrivé « cru » dans la muleta, sur demande du changement de tercio par le torero
après une pique, a fini langue pendante et a alors subi sans broncher le « numéro
» incimiste de Sébastien… tout en restant prêt à l’exploser à la moindre erreur.
Et pourtant, pas un seul geste brusque sous les retours agressifs de l’adversaire,
pas un seul piétinement dans le replacement, pas une passe qui n’ait été douce,
tirée loin et templée. Magique ! A l’estocade, le toro a fait un véritable bond
en l’air et l’épée en a résulté tendida : ce fut la seule scorie, et elle était
excusable : il aurait fallu être monté sur la corne à 1,50 mètre de haut pour
lui donner le bon angle. Eh bien, croyez-le ou ne le croyez pas : le public,
conditionné par les médias sur la corrida fioritures, n’a pas soutenu
sa pétition pour une 2e oreille ; le président n’en avait lâché qu’une d’emblée…
Mais les mêmes avaient donné les 2 oreilles à TEJELA après sa blessure alors qu’une
seule était légitime : pour son pundonor . Nîmes sur plage, je vous dis.
Nîmes sur plage ! On connaissait le CASTELLA héroïque de Madrid. On
connaissait le CASTELLA capable d’un temple merveilleux. Avec ce toro, les deux
se sont si bien rejoints que l’héroïsme ne s’est pas vu. Par là, son toreo a rejoint
la peinture minimaliste et pourtant si forte de Sylvain
FRAYSSE, qui exposait à côté des arènes… « Aujourd’hui, tu as
retrouvé le sitio », lui a commenté Juan Pedro DOMECQ… soi-même ! Enhorabuena
! Sébastien. Et merci. P.S.
- Un peu de malice, mais sans méchanceté aucune : ce n’est pas la première fois
que les Nimois partis à Vic ont (hélas ! pour eux ; hélas ! pour Vic) laissé derrière
eux le grand événement torista de la Pentecôte…
Juli
et Castella devant, les autres derrière Les
Garcigrande du 8 mai n’étaient pas des foudres de guerre, mais la grande
faena de JULI à son 1er (2 oreilles) restera dans les mémoires. Curiosité,
ce toro a failli être refusé pour faiblesse calamiteuse : par quel miracle, après
les banderilles, a-t-il supporté des trajectoires sans fin et répétées, museau
au sol et en galopant dans la muleta ? Dieu le sait. Et quelques autres aussi,
peut-être… Mais quel grand moment de toreo ! Le meilleur JULI. Au
dernier toro, CASTELLA (rabo… excessif !) a été prodigieux d’enchaînements imprévisibles
et d’un dominio absolu a un toro ensorcelé, qui n’avait pourtant pas grand-chose
dans le ventre. Deux
sommets.
Les
autres… Dans l’ordre
des dates : - Pepín
LIRIA sans option…
- Marc
SERRANO, d evant un authentique Victorino (610 kg. ! solide, puissant,
armé large et asaltillado) qui demandait les papiers, a été plus que digne : il
a compris le toro, et il a fait en s’arrimant comme un lion, même si le manque
d’oficio se sentait. Si l’épée ne l’avait pas trahi, il aurait coupé une oreille
méritée. Public plutôt bon, et sympa avec les toreros.
- Bon,
Antonio FERRERA, dans son style, avec les demi-victorino sorti 5e.
- Camille
JUAN remarquable de générosité et en progrès techniques avec un Fuente
Ymbro formidable de race dans la muleta ( mais quelconque à la pique), et
que Ricardo GALLARDO, le ganadero, aurait souhaité voir gracier.
- Marco
LEAL a confirmé son excellent moment.
- Abel
VALLS, desservi par sa taille immense, a toréé sans âme.
- Alejandro
ESPLÁ, lui, bien qu’encore vert, a montré une muleta qui avait de l’âme ;
il a eu la cape d’or : il n’y aurait pas eu injustice si elle était allée à Camille
ou à Marco.
- Javier
CONDE n’a pas été mal, mais lorsque les toros empêchent la continuité dans
le toreo, ses « particularités », désormais bien connues, font artifice plaqué…
- Juan BAUTISTA,
cette année, a perdu le sentiment du toreo et son épée ne passe plus. Quelque
chose ne va pas chez lui en ce moment ; souhaitons-lui de se retrouver vite.
- Miguel
Ángel PERERA a fait une grande faena classique (2 oreilles) devant le seul
bon Puerto de San Lorenzo qui soit sorti. De la graine de grand en croissance…
- Alejandro TALAVANTE,
à force de volonté et d’engagement, avec sa personnalité très particulière, a
volé une oreille méritée à l’ultime.
- Enrique
PONCE, CASTELLA et CAYETANO ont fait de leur mieux avec des
Zalduendo qui ne cassaient pas les briques !
- César
JIMÉNEZ, toujours raide et compassé, a toréé avec qualité mais brusquerie
dans le geste et surtout dans les replacements, un excellent et encasté toro du
Pilar.
- Matías
TEJELA, un bon ton en-dessous, a fait de son mieux. Vilainement pris à l’aine
à l’estocade, il s’est relevé et, avec pundonor, a mis avec conviction une lame
caida.
- CID est
à créditer d’une excellent faena à l’un des Juanpedro de la discorde ;
la mobilité et solidité du toro lui permettaient de peser sur la charge : c’est
là qu’il est bon !
- MANZANARES,
décidé mais avec un lot absolument sans option. Dommage…
- FUNDI
toujours à son zénith, tant avec un Miura quelconque qu’avec un sobrero
difficile.
Il a mis à son 1er l’estocade de la Feria : un chef d’œuvre d’exécution,
d’une limpidité rare. - PADILLA
sait faire le spectacle avec enthousiasme, si le toro ne permet pas !
- RAFAELILLO
toujours sincère et engagé, malgré l’adversité.
- VENTURA,
MONTES, HERNANDEZ, et MENDOZA brillantissimes sauf à l’épée ; mais
le toro mutilé….
- JULI
et PERERA décidés, mais sans option avec des Jandilla qui avaient
tout dit après 3 passes…
Malgré
quelques bons et mêmes grands moments, les 2 derniers jours ayant été très ternes,
cette feria, grande sur le papier, a laissé l’aficionado sur un mauvais goût…
et accentué ses frustrations, tant accidentelles que « structurelles ». Ces dernières
concernent toute l’aficion française : si l’autoproclamée 1ère arène française
ne redressait pas la barre, où irions-nous ?... Sans parler du prix prohibitf
des places ! Il n’y a plus que 30% de Nimois aux arènes ; si on veut
tuer l’aficion dans la ville et ailleurs, voilà le bon chemin ! *** Pour
information rétrospective " Acune arène,
y compris Madrid et Séville n'a fait mieux " Voici
comment était présentée la Feria sur le site des arènes
de Nîmes : | NEUF
ETOILES
Les ferias de début de saison (et la Pentecôte nîmoise est une feria de début
de saison comme celles de Valencia, Arles, Seville…) se construisent autour de
toreros en haut de l'affiche à la fin de l'année précédente. Selon l'ensemble
des observateurs taurins, dix toreros occupaient cette place en octobre dernier
et l'occupent encore au moment du coup d'envoi de la temporada 2008. Parmi
ces dix toreros, quatre, malgré leurs styles différents, ont la même conception
de leur art. Ainsi José Tomas et son indiscutable pouvoir d'attraction, Sébastien
Castella, triomphateur cet hiver à Mexico et Bogota, Miguel Angel Perera, l'étoile
qui lorgne vers les cimes et Alejandro Talavante, parfois déconcertant, mais capable
sur un seul geste de mettre debout une arène. Tous les quatre seront au rendez
vous de la Pentecôte. A leurs côtés, deux maestros : Enrique Ponce et El Juli.
Eux aussi participeront à la fête nîmoise. Ensuite, deux classiques : El Cid et
Juan Bautista. Le premier retrouvera Nîmes après trois saisons d'absence. Juan
Bautista reste fidèle à une arène où il collectionne les succès. Enfin deux
artistes dont Jose Maria Manzanares remis du virus de la dingue qui l'a éloigné
des pistes six mois ne manquera pas le rendez-vous de Nîmes qui accueillera neuf
étoiles. Aucune arène, y compris Madrid et Séville, n'a fait mieux. Ni
aussi bien d'ailleurs ! A ces neuf étoiles viendront s'ajouter d'autres toreros
de talent. Pepin Liria pour son ultime rendez-vous avec le public de Nîmes, Antonio
Ferrera, Javier Conde en inhabituelle heure vespérale, Cesar Jimenez très rarement
vu en terre gardoise, Matias Teleja, El Fundi, Juan Jose Padilla, Rafaelillo,
sans oublier la garde montante Cayetano, Joselito Adame et le tricolore qui a
une chance à saisir : Marc Serrano. Autre tricolore, le novillero Camille Juan
aux côtés de deux inédits en France : Abel Valls (4 oreilles et la queue à Castellon)
et Alejandro Espla (fils de Luis Francisco) excellentissime à Valencia. Etoiles
encore : Pablo Hermoso de Mendoza à la corrida de clôture, Alvaro Montes, Diego
Ventura et Leonardo Hernandez en matinée le lundi. Evènement également côté
toros avec le retour en France après trois saisons d'absence des Victorino Martin,
Fuente Ymbro, Zalduendo et Jandilla.Les Miura, déjà là aux Vendanges, reviennent
à la Pentecôte. Fidélité aussi aux toros de la région de Salamanca : Domingo Hernandez,
Puerto de San Lorenzo, Gutierrez-Lorenzo, El Pilar… Sept
corridas, une corrida de gala, une corrida de rejon, une novillada, toutes les
étoiles de la tauromachie, près de quarante acteurs, six jours de feria dont trois
jours fériés. Une première dans la belle histoire de la Pentecôte !
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