L’enracinement d’une feria
La « Feria du novillo » de Carcassonne s’inscrit de plus en plus solidement dans le paysage taurin français. Elle affirme d’année en année son style et son originalité.
Ce n’était pas gagné d’avance. Il fallait, d’une part, réveiller en douceur cette « belle au bois dormant » qu’était devenue l’afición populaire proprement carcassonnaise et, d’autre part, capter l’attention d’une clientèle exogène dans la zone largement périphérique qui va de l’Aquitaine à la Provence.
Le parti pris, plus facilement réalisable en novilada, qui consiste à retenir des lots de novillos avant de songer à recruter les toreros qui leur seront opposés, s’est avéré heureux.
A Carcassonne ont défilé, au fil de ces dernières années, des pensionnaires de Miura, de Zaballos, de La Campana (le choix le moins inspiré), de Ana Isabel Vicente ou de Mariano Vicente Muñoz, de Gutiérrez Lorenzo, de El Sierro, de Granier Frères (Santa Coloma)…
Les novillos
Cette année, une curiosité était proposée : des produits de cette ganaderia municipale, propriété du pueblo El Cubo de Don Sancho (Salamanca) et qui porte le nom de El Rollanejo. Ils furent peu armés, très beaux de trapío, mais pas tout à fait au point. L’Alcalde du pueblo en question et ses adminitrés, co-propriétaires de l’élevage, ont encore à travailler ferme !
A côté de cette invitation à la découverte, deux élevages désormais classiques à Carcassonne étaient programmés, Zaballos et Miura.
Si les Zaballos, superbement présentés, ne furent pas tout à fait à la hauteur de ceux de 2005, il offrirent néanmoins, devant des novilleros en dessous, une tarde fort entretenue qui eut le mérite d’aller a mas.
Quant aux Miuras, ils furent aux cornes près, comme il était espéré, intéressants et dificiles, de véritables Miuras en un mot.
Des novilleros, des présidences et du manque de tenue d’une cuadrilla
La plupart des novilleros, quelquefois vieux novilleros, furent dépassés mais tous firent avec une bonne volonté manifeste ce qu’ils savaient et pouvaient, assez pour recueillir les sympathies du public.
Les présidences furent correctes et en phase, débonnaires mais pas laxistes, quelquefois pédagogues.
Ce qui intervint après l’estocade de Marco Léal au dernier Miura mérite une explication.
Le palco est relativement mal placée car trop encaissé. Quand le public se lève pour demander des trophées et agiter des mouchoirs, la présidence est cachée à la plupart des spectateurs et même au personnel de l’arène et aux alguacilillos.
Le public hurlait alors que le président avait déjà accordé deux oreilles et une vuelta au novillo. C’était très largement suffisant mais, bien entendu, le péonage prit prétexte de la confusion pour soulever et agiter frénétiquement et ridiculement en direction du « respectable » la queue du défunt animal. Sinistres clowns !
Le public
Le public du vendredi et du samedi, trop peu nombreux, trop tendrement carcassonnais, même s’il ne sait pas encore juger les piques et leur intérêt, est en réel progrès. Quelquefois trop froid, par suite d’une compréhensible réserve tout à son honneur : « ne manifestons rien de crainte de nous tromper ».
Par contre le dimanche, les tendidos étaient remplis au quatre cinquièmes et l’afición importée plus dense. Le conclave ne siffla pas les picadors, les applaudit à une ou deux occasions, manifesta sans équivoque qu’il était en train de vivre un très bon après midi.
Les bonnes intentions de Marco Léal
Le grand vainqueur (3 oreilles) de cette feria est incontestablement Marco Léal.
Au cours de la tertulia qui suivit la novillada, il avoua qu’il avait cherché à faire partie de ce cartel parce qu’il souhaitait affronter ces animaux mythiques qu’étaient les Miuras. Chapeau !
Il fut félicité, d’autre part, pour la manière dont il avait essayé de montrer ses novillos à la pique et, en particulier le dernier, même si ce ne fut pas tout à fait réussi par la faute du picador et de son cheval.
Il affirma qu’en général il mettait en valeur ses adversaires pour faire plaisir et récompenser les ganaderos "qui le méritent bien". Il lui a été répondu qu’en outre ça faisait également plaisir au public qui ne demandait que ça et que, s’il restait dans cette disposition de s’appliquer à soigner les premiers tiers, il ne pouvait qu’en tirer l’estime et la considération des aficionados !
Qui vivra verra !
Une heureuse atmosphère festive
Enfin nous avons apprécié la solidarité qui soudait les organisateurs. Elle avait permis, par exemple, que le président du club doyen ait été invité à présider la novillada du samedi.
Carcassonne était en fiesta, les accueillantes bogegas du centre ville faisaient le plein, tandis que sur le large espace au pied des arènes, noir d’aficionados chevronnés et amicaux, régnait une agréable - nous empruntons ce qui suit à l’un de nos jeunes revisteros bénévoles - « ambiance de fête de village et familiale ».
Un seul bémol, les « anti »
Le samedi après midi, 35 anti-corrida, contenus trop près des arènes, perturbèrent la novillada par le hurlement continu d’une sirène.
Sera-t-il indéfiniment tolérable que 35 excités, à l’abri d’un mince cordon de police, enquiquinent 3000 de leurs concitoyens sous prétexte qu’ils ne partagent pas leur opinion ?
Conclusion
La " Feria du novillo 2008 " restera comme un bon souvenir. Bravo à "Carcassonne toros"!
Souhaitons :
Que la même politique soit poursuivie avec succès en 2009 !
Que les spectacles du vendredi et du samedi revêtent encore plus d'attrait si bien que les aficinados lointains prennent l'envie de vivre trois jours de feria à Carcassonne !
Que le palco soit exhaussé !
Que les anti soient tenus plus à l'écart !
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