Du jeudi 28 mai au lundi 1er juin, feria de Pentecôte à Nîmes
Promenade en zigzag à travers la feria de Nîmes ou du sommet aux abîmes
Du caviar
Le grand sommet de la Feria de Nimes aura été la course du vendredi 29 mai après-midi : Javier Conde, José Tomás et Matías Tejela ; toros de Garcigrande. Après avoir laissé passer son 1er bon toro, Javier Conde, peut-être piqué par le succès des 2 autres, s’est dépassé avec un formidable toro (très bonne 1ère pique ; 2e plus discrète) doté jusqu’au dernier instant d’une charge prompte, longue, noble et encastée, inlassable ; sans doute la plus grande faena de sa vie, alliant le vrai toreo et les « génialités » les plus baroques mais sans aucune vulgarité. Il ne s’est pas trouvé grand monde pour contester la grâce de ce toro vraiment exceptionnel, bien qu’il n’ait pas été exceptionnel à la pique.
José Tomás a touché le mauvais lot. Avec son second, andarín, il a fait avec calme et clarté tout ce qui était possible, sans pouvoir résoudre le problème. Mais devant son premier, il a transporté les arènes jusqu’à des hauteurs inaccessibles ; l’animal était pourtant incertain dans sa charge : il l’a réglée en 4 ou 5 doblones genou en terre d’une douceur et d’une autorité sans pareilles ; ensuite, il nous a régalés de cette fluidité « naturelle » qui vous laisse pantois. Fabuleux. Ah ! que n’a-t-il touché l’un des deux grands toros !!!
Matías Tejela passait après un rêve éveillé : comme ses mouvements paraissaient rêches et brusques avec son merveilleux toro... Cette comparaison l’a fortement desservi. Heureusement, il a terminé par une somptueuse série de derechazos main très basse, templés et liés sur place, suivie d’une grande estocade.
Surprise : Le lot de toros, sans être d’anthologie, était digne des arènes de Nimes… enfin !
Mystère : Comment des toros peuvent-ils finir avec tant d’alegría après des faenas aussi longues et poderosas ?
Du grand toreo
Le jeudi 28 mùai, Julio Aparicio, El Juli et Sébastien Castella ; “toros” de Zalduendo.
Julio n’a pas fait grand chose. Par contre, Juli et Castella sont apparus dans leur plénitude, au sommet de leur art. Maîtrise confondante de Juli, qui en plus améliore sa plastique d’année en année ; quelques estocades « maison » de gala. Simplicité, fluidité et finesse souveraines de Castella, qui a retrouvé son meilleur niveau, maturité en plus. Du grand, grand toreo.
Malheureusement, la présentation du lot de « toros » était fort loin de ce qu’on est en droit d’attendre de Nimes, tant pour le tamaño que pour les cornes, courtes et archi suspectes.
Le lundi 1er juin après-midi, mano a mano Sébastien Castella - Miguel Ángel Perera; “toros” de Domingo Hernández. Castella est tombé, en premier, sur le seul mauvais toro de la course, faible et soso ; il s’en est sorti au mieux. Le bras de fer entre les deux protagonistes, qui ne semblent même pas s’être serré la main, a tourné au net avantage de Castella. Il y a eu concours de quites, l’un répondant à l’autre ; au 3e toro ( ?), Perera a fait son quite après la 2e pique et il s’est quelque peu embrouillé : Castella lui a répondu avec limpidité. C’est là que Perera semble avoir pris un coup au moral dont il ne s’est pas remis : très volontaire, il a toréé « forcé » pour imposer aux toros ce dont il rêvait, au lieu de passer « par » les toros afin de leur faire exprimer ce qu’ils avaient. Mûr et souverain, Castella est loin d’avoir commis une telle erreur.
Malheureusement, la présentation du lot de « toros » était, refrain connu, fort loin de ce qu’on est en droit d’attendre de Nimes, surtout pour le tamaño car les cornes, certes peu impressionnantes, étaient bien moins suspectes qu’en d’autres occasions. Par contre, ces cousins des Garcigrande évoquaient la caste de leurs glorieux prédécesseurs du vendredi, sans toutefois les faire oublier, et de loin.
De bons moments
Vendredi matin 29 mai, la novillada de Dos Hermanas (Patrick Laugier; Juan Pedro par Sánchez Arjona), aux pointes irréprochables (enfin!), a manqué de fond. Román Pérez, techniquement bien, a manqué d’inspiration. Luis Miguel Casares a montré sa bonne volonté et quelques belles attitudes. C’est Patrick Oliver (Villebrun) qui a étonné : temple, enchaînements parfaits, bon goût et saveur des gestes avec son premier, le meilleur et le plus facile de la matinée ; son manque d’oficio a été révélé par son compliqué second, mais il débute ! Inexplicablement, la « cape d’or » a été déclarée déserte…
Rejones :
Samedi matin 30 mai, au cours de la corrida mixte, Mendoza a été très brillant avec son gros second, malheureusement occis d’une épée « descordando »… mais cela n’a pas empêché l’octroi du rabo !
Lundi matin 1er juin,: Andy Cartagena, qui s’est beaucoup laissé inspirer par Mendoza, a surclassé Diego Ventura (très brusque) et Leonardo Hernández (bon).
Des souris et des éléphants
Parlons maintenant de ce qui fâche. Quand le Midi Libre a annoncé que la présentation des toros de la Feria était exceptionnelle, et digne de la plus grande arène du monde (suivez mon regard !), bien des aficionados avertis se disaient que la presse locale cirait les pompes, et qu’on semblait préparer le bon peuple à confondre les souris avec des éléphants. Hélas, ils ne se trompaient pas. Et quand, en prime, ils ont vu combien on distribuait d’oreilles de pueblo, ils ont souffert dans leur afición et pour leur ville ; ce genre de conduite fait, certes, des succès à court terme, mais à long terme, c’est la corrida que l’on tue et l’image de la ville. Évidemment, quand on élimine tout contrôle par la sortie de l’UVTF et l’éviction des clubs taurins, tout devient possible… « La démocratie est le système qui marche le plus mal, à l’exception de tous les autres », disait Churchill.
Un lot de Miura (mercredi 27 mai après-midi) de 3e catégorie ; seul le 6e arborait à la fois des cornes et une corpulence au niveau de ce qui est correct pour Nimes. L’ensemble a été soso et faible, les cornes en pinceau. Sur les 6, il y avait 2 souris, et un éléphant sans cornes (5e) au comportement de diable.
Padilla a fait le spectacle. Rafaelillo s’est battu comme un beau diable… avec le « diable » ; et il l’a tué d’une grande estocade à la loyale (voilà qui change des bajonazos qui deviennent « réglementaires » !). Avec le lot le plus facile, Juan Bautista a été techniquement très bien, mais sans saveur.
Samedi matin 30 mai, dans la corrida mixte, les Parladé étaient petits à tout point de vue et sans race ; rien à faire avec eux. Espartaco a montré de beaux restes, et Cayetano de belles promesses.
Les Jandilla (samedi après-midi) étaient creux comme des tambours. Juli sans réussite à l’épée. Bautista plat. Daniel Luque a conquis le public par le sentiment et la finesse de ses gestes.
Dimanche matin 31 mai annulé en raison d’une forte pluie.
Après midi, les Margé, de grande présentation, n’avaient, hélas, pas de caste. Miguel Abellán a bien toréé le bon 4e. Antonio Barrera a étonné avec le dangereux et crocheteur de 5e, donnant l’envie de le revoir. Marc Serrano a montré sa bonne volonté et ses limites ; mais son second, manso réfugié aux tablas, était impossible.
Quand Nimes acceptera-t-elle d’assumer loyalement son statut de première arène de France ?
NDLR : Voir sur Feria Tv, en cliquant ici, l’indulto du Garcigrande.