Fédération des Sociétés Taurines de France - Temporada 2009

Dimanche 31 mai 11 h, corrida concours

Deux reseñas (et trois revisteros) :

La promotion du taureau moderne

Cette corrida concours n'était pas de très grande qualité mais, si nous exceptons les réserves qui suivent sur le Fuente Ymbro, elle se situait dans une honnête moyenne. Elle a comporté des moments intéressants mais a été plombée par les médiocres prestations des bipèdes. Il faut regretter l’absence du « Fundi », un chef de lidia qui par sa dimension et son exemple peut influencer favorablement une course de ce genre.

Un toro méritait-il le prix ?
Il aurait été sage de ne pas décerner de prix car aucun des toros ne fut assez complet pour le mériter.
Si le public avait démocratiquement voté, vox populi vox dei, il l’aurait donné au Palha, son comportement aux piques devant rester dans tous les souvenirs comme le grand moment de la course. Cette décision aurait été respectable.

A Vic, nous le déplorons ici chaque année, les prix sont décernés par un mystérieux jury étroitement dépendant du club organisateur et qui a besoin de plusieurs heures pour délibérer. D’où, cette année, cette décision digne du roi Salomon : partageons le prix entre le Palha et le Victorino ainsi nous ne heurterons personne et surtout pas Victorino. Le résultat est que le public de la course ignore la décision du jury, connue seulement après 16 h par un bref communiqué rédigé sur une feuille de papier au format A4, punaisée au revers de la porte principale des arènes et donc invisible tant qu’elle reste ouverte et repliée sur elle même vers l'intérieur. Il faut ajouter que ce public qui s’est fait lui-même son opinion dès la fin de la course se moque complètement et heureusement de celle des « officiels ».
En réalité ces prix des corridas concours vicoises n’offrent pas d’autre intérêt que d’inspirer les commentaires d'un personnel médiatique généralement peu inspiré. Et puis, attribuer deux prix, ça aurait pu laisser croire que la corrida avait été de grande qualité !

Revenons à ce toro de Victorino, trop discret de force, de puissance et de détermination, lors d’un premier tiers qui fut pourtant conduit et dosé tout en douceur, avec superfétatoire quatrième simulacre (pique de tienta ?), sous la surveillance attentive des Victorinos père et fils qui, des gradins, semblaient diriger discrètement la manœuvre.
La preuve, même si ce n'était pas le but, fut ainsi administrée que quand un taureau faible et douillet est piqué sans excès, il peut supporter trois ou quatre piques et que ces trois ou quatre piques sont moins nocives et compromettent moins la suite de la lidia qu'une seule longuement "carioquée" et "pompée".
Au troisième tiers, la pure noblesse de l'animal, son alegría, son indéniable continuité, lui conférèrent le profil d'un toro parfaitement « moderne ».
Avec un peu moins de cornes pour l'accomoder à d’autres lieux et le confier à d’autres mains ( ponciennes, pereriennes, condiennes… ), il aurait pu été indulté.
« A quand le premier indulto vicois ? » est d’ailleurs le titre de l’un des récents éditoriaux d’André Viard.
En mettant en avant ce type de taureau, les Vicois le préparent-ils ?
Dieu nous en préserve !

Je livre à présent nos notes puisque nous les avons rédigées à deux, l'un chargé des toros, l'autre des toreros :

Dimanche 31 Mai, 11 h : Arènes de Vic Fezensac, temps ensoleillé, arène quasi pleine.
Corrida concours avec par ordre de sortie :

1 ) Un Miura, n°68, naît en décembre 04. Bien fait sans excès de graisse, haut, cornes bizco, la gauche éclatée dés la sortie. Pelage cárdeno salpicado courant dans l’encaste.
1ère pique : part et pousse bien.
2ème : part mais sort seul.
3ème : part, ne pousse plus.
Suit bien aux banderilles.
Il s’avère court de charge et n’humilie pas.

Fernando Robleño, blanc et or soutaché de noir, le reçoit avec prudence par embryons de véroniques.
Banderilles à l’avantage du toro.
Robleño dédie au public, il va avec bonne volonté mais sans trop d’inspiration vers un toro sans charge. Après quelques derechazos potables et un échec patent à gauche, il conclue par un mete y saca suivi d’un bajonazo. Salut des planches.

2 ) Un Palha, n°507, naît en août 2004. Exemplaire de couleur châtaigne trop grillée, un peu gras et à l’armure quelconque.
1ère pique : part bien, énorme poussée en deux temps d’abord avec les reins puis avec le cou, il soulève l’ensemble du groupe équestre et par là-même l’enthousiasme des gens sur les gradins.
2ème : se révèle tardo, finit par partir et pousse avec conviction, en mettant bien la tête et poussant avec les reins, piqué correctement.
3ème : hésite longtemps, longtemps, longtemps… trop longtemps. Après avoir labouré le sol, il finit enfin par s’élancer, pour mettre la tête et pousser encore et toujours.
4ème : inutile 4ème pique (de tienta) demandée par la présidence : le comportement n’a pas changé, voir les deux précédentes.
Présent aux banderilles.
La charge n’est certes pas allègre mais à droite il suit le leurre en humiliant bien et répète. Il restera inédit sur la corne gauche…

Ce lourd animal a abordé la cape de Javier Valverde, rouge orangé et or soutaché de blanc, avec réticence.
Le picador, Angel Rivas, et le remarquable cheval Icône sont à la peine, menacés d’être renversés dans le callejón lors de la première pique. Ils s’en tirent fort honorablement et seront l’un et l’autre très vivement applaudis.
A la muleta, Javier profite d’une corne droite fiable et donne quelques bon derechazos. Dommage qu’il n’ait pas réellement montré ce qu’aurait permis ou n’aurait pas permis la corne gauche.
Un pinchazo suivi d’une estocade profonde viennent à bout du Palha.
Sa dépouille sera très applaudie après qu’une partie du public ait demandé sa vuelta sans succès.
Le matador salue des planches

3 ) Un Victorino, n°133, naît en novembre 2003. D’âge (plus de 5 ans), de trapío (fin et charpenté) et de robe (negro entrepelado à la limite du cárdeno oscuro) typique de la maison. Bien présenté.
1ère pique : part bien, pousse, le picador relève la puya instantanément.
2ème : part bien, ne pousse pas, à peine piqué (effleurement).
3ème : part toujours bien, ne s’emploie pas, à peine piqué (effleurement).
4ème : inutile 4ème pique à peine marquée, si on ne pique pas aux trois premières pourquoi en faire une 4ème ?
Il se réserve aux banderilles et ne suit pas. Magnifique embestida au dernier tiers : longue, profonde, en baissant bien la tête et en répétant. Noblissime.

Luis Bolivar, blanc et argent, ne parvient pas à canaliser tout à fait l’allègre noblesse du cárdeno dans sa cape.
Muleta en main, fuera de cacho et profilé, il restera en dessous des luxueuses qualités de son vis à vis. De toute manière comme ça passe sans difficulté aussi bien à droite qu’à gauche nous avons droit à la musique.
Estocade entière trop basse.
Oreille accordée bien que la demande n’ait pas été tout à fait majoritaire.

4 ) Un Cebada Gago, n°39, naît en novembre 04. Ce negro burraco salpicado paraît un peu quelconque dés sa sortie : cornes commodes, poil triste, comportement fade.
1ère pique : part bien, pousse sans classe.
2ème : part bien, pousse moins.
3ème : part bien, poussée correcte.
N.B. Les 3 piques ont été appliquées au milieu du dos
Se confie peu aux banderilles. Impossible à gauche, il manque de jus à droite où il suit sans convaincre. Meurt dans l’indifférence.

Fernando Robleño s’applique à la cape où le toro dévoile d’emblée sa dangerosité à gauche.
Les premiers derechazos sont bons. Un essai sur l’assassine corne gauche tourne court et Robleño opte pour un corps à corps confus.
Un bajonazo pour conclure.
Quelques applaudissements à l’arrastre.
Silence.

5 ) Un Escolar Gil, n°57, naît en octobre 04. Bien dans le type, cape gris plomb, cornes fines et hautes, il est tout de même juste « à la maille » au niveau du trapio (léger et petit)
Il prendra ses trois piques sans trop s’employer et sans montrer ni envie ni puissance.
Quelconque aux banderilles. Réservé pour la faena.

Javier Valverde a manié la cape avec habileté.
A la muleta, début confus à gauche. Les derechazos qui suivent sont de qualité mais Valverde se découvre, subit une voltereta qui l’enverra à l’infirmerie avec une luxation du coud gauche.
Robleño achève par une entière desprendida suivi d’un descabello réussi au quatrième essai.
Silence.

6 ) Un Fuente Ymbro, n°98, naît en octobre 04. Grosse barrique noire de Jerez : gras et sans cornes. Ce qui reste de la corne gauche est imprésentable lors d’une corrida concours dans une arène qui se veut respectueuse du toro de lidia.
3 piques sans intérêt, il parait noble à la muleta mais avec de la niaiserie, et sans véritable classe (sentiment augmenté par la toreo médiocre de son opposant).

L’animal serre à gauche dans la cape.
Le tercio de banderilles sera réduit à deux paires.
Faena cahotante, quelques bons enchaînements à droites, confusion et désarmés à gauche.
Fin pénible au terme de deux avis par bajonazo et trois descabellos.

***

Autres commentaires sur la corrida concours

Mêlé au flot des aficionados sur le parcours menant aux arènes, c’est avec un brin d’inquiétude que j’ai franchi la porte du Tendido J. Qu’allait nous réserver cette rencontre tant attendue des meilleurs élevages actuels et l’attente qu’en ont les aficionados de verdad, alors que depuis le début de cette temporada, nous parvient des quatre coins du territoire de l’aficion, le bruit des déceptions sur le comportement des toros ?
Heureusement, il suffit de peu à l’aficion pour donner au gris du ciel, un petit rayon de soleil. Ce rayon de soleil a pris le nom de Palha. Superbement présenté, armé simplement comme il sied pour une corrida concours, d’alegría et de la puissance. Le premier piquero de Valverde bien intentionné nous a servi un tierco de piques de haut niveau, la distance, la position, la graduation dans l’effort, la sortie.  Le tempo a été presque parfait. Le Palha en a reçu trois avec la même puissance, la quatrième avec l’utilisation pertinente de la pique de tienta, après un échange apprécié  entre la présidence et Javier Valverde. Le tour de piste réclamé par le public pouvait se justifier, refusé par la Présidence probablement pour le grattement du toro sur le sol, signe du conflit entre la bravoure et la caste de ce toro et le souvenir de la douleur. Ce fut le seul moment de bonheur de l’après-midi.
Qui a vu se succéder un Miura aux cornes douteuses et d’une réelle bravoure qui prit trois petites piques sans conviction de part et d’autre.
Un Victorino peu épais qui a reçu quatre très petites piques, données à la sauvette avec l’utilisation non justifiée de la pique de tienta.
Un Cebada Gago astifino ne pouvant supporter que trois petites piques.
Un Escolar Gil bien présenté , mais sans force et trois piques tout simplement réglementaires.
Le Fuente Ymbro, astifino, a été dans le même registre.

L’ensemble du bétail fut moyen et assez bien présenté. La déception est venue des toreros. Robleno, Valverde et Bolivar, peu dominateurs et très largement en dessous du jeu que pouvaient donner ces toros, notamment Valverde avec l’exemplaire de Palha, puissant mais pas vicieux, simplement encasté.

Autre interrogation, le prix attribué au Victorino qui n’a pas montré des qualités exceptionnelles et n’a pu comptabiliser quatre piques que par l ‘effet de leur douceur et de l’utilisation honteuse de la pique de tienta. Côté Présidence, nous avons apprécié les échanges directs car discrets, mais efficaces, avec le ruedo ; mais une faiblesse dans l’acceptation de l’utilisation de cette pique de tienta au Victorino.

Attention, cette décision n’est pas anodine ; il ne faut qu’elle préfigure la généralisation de cette pratique et par la même aller à petits pas vers la banalisation de ce tierco si important pour le déroulement de la lidia avec des toros dignes de ce nom.

 

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