Vendredi 14 août, corrida de Margé
Deux reseñas
1
Beau temps chaud, arènes presque pleines.
Six toros de Robert Margé (origine Santiago Domecq) pour Jean Baptiste Jalabert " Juan Bautista " et Sébastien Castella, mano a mano, Morenito de Nîmes étant sobresaliente de espada .
Encore des Santiago Domecq mais, cette fois-ci, « revus et corrigés » par Robert Margé, peut-être un peu mâtinés de Cebada Gago et de Nuñez Del Cuvillo.
Convenablement encornés, avec des poids annoncés allant de 480 à 540 kg, trois dans leur quatrième année et trois dans leur cinquième, trois noirs, deux roux et un châtain, il affichèrent des comportements divers. A six, ils prirent sept piques, mieux donc, il ne faut pas rire, que ceux de la veille qui n’en prirent que six.
Le premier un colorado oscuro, bien reçu à la cape par « Juan Bautista », pousse avec force sur une pique pompée qui ne sera pas rééditée, le principe de la monopique semblant de règle dans ces arènes.
Banderilles difficiles.
Brindis au public.
Vers la muleta, le toro semble partir avec détermination quand il est sollicité de loin puis se montre très difficile dès l'approche, interrompant ses charges à droite et refusant de baisser la tête à gauche.
La faena ne peut que tourner court par la seule faute de l’animal mais Jean-Baptiste perd les pédales à la mort. Pinchazos qui commencent à déclencher des sifflets, une entière caída, multiples descabellos, un avis. Sifflets redoublés.
Jean-Baptiste perd son sang froid et dans un vilain geste frappe rageusement du plat de l’épée le toro mort, ce qui a pour seul effet d’amplifier la bronca.
Par dérision le toro est applaudi.
Sébastien Castella "véronique" bien le second, noir, qui sort seul d’une première pique et, selon l’usage maintenant bien établi ici, n’en prendra pas d’autre.
A la muleta, l’homme montre son métier en imposant sa domination sur les deux cornes à un toro qui d’emblée ne paraissait pas très franc. En grand professionnel qu’il est maintenant devenu, il ne prolonge pas la faena et va chercher l’épée quand il n’y a plus de passes à tirer.
Une bonne estocade libère deux oreilles, la deuxième paraissant obéir à la demande du public plus qu’à la volonté de la présidence..
Le troisième noir, veleto, spectaculairement enmorrillado, est applaudi tandis que « Juan Bautista » brille à la cape.
Une poussée relativement banale à la pique et fin du tercio demandée et acceptée.
Dans cet esprit du minimum, les banderilles sont stoppées après deux paires et alors que seulement trois palos restent plantés. Excellentes séries de derechazos. données à un noblote animal mobile et qui répète bien. La gauche est un peu plus difficile mais déclenche la musique. Adornos de bon goût, classicisme serein.
Bonne estocade al encuentro.
Sans doute pour rétablir un certain équilibre, le président exhibe immédiatement deux mouchoirs.
Sébastien donne des véroniques au quatrième, un colorado capirote aux cornes relevées, en gagnant le centre.
Le toro supporte une pique unique avec beaucoup de classe mais nous ne saurons jamais s’il était réellement brave car il n’en prit pas d’autre.
Morenito de Nîmes intervient par belles navarraises et revolera terminale.
Brindis au public.
Encore une fois, Sébastien va montrer son pouvoir, « inventer » un toro qui n'était pas évident et refusait de baisser la tête. Doblones en gagnant le centre pour prendre la mesure, derechazos imposants et puis, surtout, des séries de naturelles longuement conduites de bout en bout et d’une fluidité parfaite. En guise ce cerise sur le gâteau, une circulaire inversée époustouflante.
Une épée tendue et une série de descabellos interdiront tout trophée.
Applaudissements et salut au tiers sous l’ovation.
Le taureau a aussi été applaudi.
Le cinquième est un noir bien armé qui ne s’emploie que par à coups lors d’une monopique placée trop en arrière.
A la muleta, l’animal présente un charge brutale, irrégulière, plus défensive qu’offensive. Jean-Baptiste est souvent désarmé, perd confiance et finit, lui aussi sur la défensive, en reculant.
Conclusion prudente par un mete y saca, une entière sans conviction, jusqu’à ce que l’animal finisse par se coucher après un avis.
Silence.
Sébastien reçoit le dernier toro, un castaño aux cornes respectables par une larga cambiada, afarolada, de rodillas du plus bel effet sur le conclave et poursuit par de bonnes véroniques.
Le bicho pousse très bien sur un première pique et, surprise ! il lui en est administré une deuxième dont il sort seul rapidement et sans gloire. Ce n’est pas un brave mais cette fois-ci nous le savons..
Les banderilles sont réduites à deux paires à la demande du maestro.
Il commence la faena assis sur l’estribo, continue en tirant opportunément parti des quelques charges que recèle l’animal, puis se place près des cornes pour provoquer les dernières opportunités avec deux séries de trois redondos enchaînés sans modifier la position et sans solution de continuité.
Un pinchazo, un désarmé, une épée entière efficace.
Une oreille.
Conclusion :
Cinq oreilles, c'est beaucoup mais nous les discuterons pas.
Sébastien Castella, plein de ressources, d'inventions, doué d'une magnifique plasticité et souplesse corporelle, devant des taureaux relativement médiocres, a montré, comme il ne cesse de le faire au cours de cette temporada 2009, qu'il marche vers des sommets jusqu'ici peu attendus par la majorité des aficionados réputés purs et durs auxquels l'auteur de ces lignes, il l'avoue, a pu faire partie. Sébastien Castella commence, enfin, à devenir prophète dans son pays !
« Juan Bautista » — qui ne peut que souffrir de la comparaison — a paru en retrait. Il a, certes, tiré un excellent parti du meilleur toro, le noble troisième qui lui a abandonné les deux oreilles nécessaires au triomphe. Mais il s’est montré, par ailleurs, fragile et hésitant.
Quant aux toros de Margé, ils étaient sans conteste, ce n’était pas difficile, bien supérieurs aux Santiago Domecq de la veille. Mais pas au point d'associer le fils mayoral, Olivier Margé, au triomphe ! A-t-il suffi que le sixième taureau prenne deux piques dont la seconde tout à fait minable ?
Le public biterrois vient, pour une bonne part, des proches plages méditéranéennes surchargées. Peu averti, il puise ses références dans « le Midi Libre » local. Ce qu'il y prend pour des commentaires taurins des plus sérieux ne participe que d’une publicité rédactionnelle éhontée mais parfaitement orchestrée. Le succès total de cette corrida, "cent pour cent française" avait été proclamé d'avance.
La partie lucide des spectateurs a très justement protesté la sortie en triomphe de l’éleveur. Ça n’a été relevé nulle part.
2
Il faut savoir ou pouvoir raison garder
La corrida de ce jour a été un grand moment de l’aficion biterroise. En piste des toros élevés à quelques kilomètres de BEZIERS, un grand, très grand matador purement biterrois et un ami de l’aficion biterroise né en terre camarguaise. Autant dire qu’il faut être prudent pour commenter cette journée.
Les toros des Monteilles sont sortis très bien présentés avec une mention pour le premier et le troisième. Bien que l’éleveur soit resté discret sur les origines de ces 6 pensionnaires (pour quelle raison ?), nous avons bien distingué que les deux derniers n’avaient pas les mêmes origines que les 4 premiers plus petits, moins lourds et moyennement armés. Toutefois, les deux meilleurs sont à prendre dans chacune des deux origines présentées, encourageant pour l’éleveur.
D’une manière générale et dans l’ensemble, ces toros sont allés a menos, n’ont pris qu’une pique, quand ce n’était qu’un picotaso à l’exception du 6ème, ils ont nettement baissé leur rythme à la muleta, réduisant leur charge en appuyant leur coup de tête.
C’est d’ailleurs dans cette situation que nous avons pu admirer la parfaite maîtrise et le talent de Sébastien CASTELLA, qui a tenu les toros et leur a permis d’exprimer ce qui leur restait de volonté du combat.
Ce ne fut pas le cas de Juan BAUTISTA qui « perdit les papiers» lorsque les toros devenaient compliqués. Ses deux oreilles n’étaient évidemment pas méritées.
La deuxième de Sébastien CASTELLA à son 2éme toro venait par l’intermédiaire de cette présidence compenser, et de ce point de vue d’une manière méritée, l’ovation qu’aurait du faire le public à Sébastien, pour ses récents énormes succès (MADRID, BAYONNE et autres).
Bien évidemment, on se serait passé du côté patos de la fin de course avec pleurs et embrassades dans le cercle de l’éleveur autoproclamant le pseudo triomphe des toros . Nous ne sommes pas au théâtre, mais dans une arène où des hommes et des bêtes se livrent un combat à mort. Ce n’est donc pas le lieu de ce type d’effusions qui relève de la sphère de l’intime et du privé.