Samedi 5 septembre, "El Juli" seul contre six à Bayonne
Deux reseñas : Nos deux revisteros ont bien vu, toro par toro, la même chose à d'infimes détails près. Tous deux se montrent des "Julistes" convaincus l'un plus cérébral, l'autre plus enthousiaste.
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Imaginons un instant qu'en plus, il y ait eu des toros …
Corrida pour Julian LOPEZ "EL JULI" (vert empire à parements blancs et or), ùnico espada.
L'encierro du jour est composé de six toros de trois origines : deux PUERTO DE SAN LORENZO (Atanasio Fernàndez), deux ANA ROMERO (Santa Coloma par Buendia) et deux TOROS DE CORTES / VICTORIANO DEL RIO (Juan Pedro Domecq).
Présentation et armures correctes dans l'ensemble, mais un manque de présence et de poder quasi-général aux piques : 12, ou plutôt 12 rencontres, brèves, voire levées de suite ; aucune mise en suerte de loin,même "pour voir".
Le matador entre en piste au pas de charge, montrant ainsi sa détermination. Celle-ci se confirmera durant tout l'après-midi, par sa présence permanente dans la lidia, et aussi par sa démonstration de toreo de cape, tant lors de la réception de ses adversaires que par des quites magnifiquement variés. Malheureusement, il connaîtra plusieurs échecs à la mort, qui limiteront logiquement le nombre de trophées octroyés.
1er : Puerto de San Lorenzo (4 ans, donc limite novillo). Il montre déjà sa faiblesse à la cape, pousse comme il peut à la 1ère pique, dont il est sorti rapidement (comme quoi quand ils veulent …) et en prend une 2ème symbolique.
Le toro suit aux banderilles, correctes, et ouvre déjà la bouche.
Après des doblones élégants, El Juli déroule une faena d'infirmier, avec sortie donnée par le haut et temps de repos ménagés entre les séries, citant quand même son adversaire de loin, au moins au début. Final par circulaires inversées, desplante dans les cornes et passes aidées.
Les problèmes à l'estocade commencent avec deux pinchazos profonds et entière légèrement contraire.
Salut du burladero.
2ème : Ana Romero (4ans et demi), avec une robe "pie noire" peu courante, armé moyennement. Il se révèle d'une grande noblesse dans la réception par véroniques au ralenti et larga, puis n'est quasiment pas piqué : 1ère très brève, en secouant, suivie d'un picotazo ; on attendait autre chose d'un Santa Coloma …
Au 2ème tiers, il attend les hommes, puis les suit sans ambiguïté.
A la muleta, El Juli utilise la charge noble et vive, au moins au début, pour faire tourner l'animal autour de lui dans tous les sens, les pieds dans un mouchoir, sans l'obliger, ce qui n'empêche pourtant pas les agenouillements ; le toro se replace quasiment tout seul et la plaza est en délire …
Un mete y saca précédant une entière en place limitent les récompenses à une oreille.
L'arrastre est bien sûr fortement applaudi (peut-être parce que le toro est mort bouche fermée ?!).
3ème : Toro de Cortes (5 ans), toro con trapio y morillo, reçu par véroniques genou ployé. Il s'échappe à la mise en suerte pour malmener le cheval, reste collé au peto à la 2ème rencontre, puis suit aux banderilles, avec une 2ème paire exposée.
L'animal, mobile, doté d'une charge vive, encense et se retourne très vite. Le matador évite de peu l'accrochage et, au 2ème avertissement, abrège par passes de châtiment.
Entière un peu en arrière d'effet immédiat et salut aux tiers.
On peut penser qu'El Juli ne s'est pas arrimé outre mesure devant ce Domecq peu "avenant" et hors des "normes" actuelles (!) ; peut-être pour être sûr de tenir la distance face aux trois suivants ?
4ème : Puerto de San Lorenzo (4 ans et 8 mois), très armé, mais qui trébuche deux fois dès la réception, et de nouveau à la pique, se relevant néanmoins pour pousser le cheval à la limite de la chute. Le torero se trouve en difficulté lors du quite en frente por detràs et de la mise suerte ; la 2ème rencontre est bien sûr symbolique, mais le toro fonce de nouveau sur le cheval qui sort ! Il aura laissé son peu de force dans ce 1er tiers.
Il chute à la 1ère paire de banderilles et ne suit pas les hommes.
C'est désormais un pauvre animal qui tombe dès qu'il essaie de mettre un sabot devant l'autre (pourtant le principe fondamental de la marche chez le toro), et qui se défend sur place. L'homme insiste en arrachant les passes une à une, et une partie du "bon public" bayonnais commence à réclamer "Des toros !".
Bajonazo (applaudi !), suivi de deux descabellos. Silence.
5ème : Ana Romero (4 ans et 7 mois), càrdeno claro bragado, fin de ligne, avec ce magnifique regard de Santa Coloma, reçu par un capoteo volontaire et mis en suerte par chicuelinas marchées. Il ne manifeste d'abord que peu d'intérêt pour le cheval, poussant mollement, mais n'est pas loin de faire avorter le quite en faroles qui suit, puis fait sauter la 2ème pique, bouscule le cheval et réussit à lui passer la corne sous l'antérieur, le déséquilibre par une sorte de croc-en-jambe ; le picador, coincé sous sa monture, se relève mais quitte le ruedo en boîtant.
Banderilles sans poursuite.
Doublé prudemment, le toro, sur la gauche, saute dans la muleta et se retourne de suite ; à droite, il serre et cherche. Rageur, le matador, en se bagarrant, arrive à dominer son adversaire à gauche, puis revient à droite pour un résultat proche, quoique imparfait. Il a le succès au bout de l'épée mais échoue complètement à la mort : 7 (ou 8) pinchazos plus ou moins profonds, certains portés prudemment, et une entière basse, le tout avec le soutien du public qui, à l'occasion, sait se montrer élégant. Salut aux tiers et applaudissements à l'arrastre.
6ème : Victoriano del Rio (4 ans et 10 mois). Belle réception par larga à genoux, suivie de véroniques mains basses, au ralenti. A la pique, le toro pousse sur la corne gauche et cogne contre le cheval à la 2ème, très brève.
Le matador, encore rageur de son échec au 5ème, nous offre un quite par zapopinas au centre de la piste, suivie de deux largas, puis banderille lui-même son toro, qui suit en accélérant.
La démonstration continue avec un brindis au public et une passe changée au centre. El Juli a vu depuis longtemps le sujet noble, à la charge idéale ; il sert des naturelles templées quoique bien lointaines à la 2ème série, le toro s'éteint vite et cherche les planches…Il poursuit par des circulaires qui bien sûr enflamment le public et un final genou en terre.
Cette fois, il tue d'un estoconazo en se jetant, suivi d'un descabello porté sans l'aide des peones. Deux oreilles.
Peut-être y aurait-il eu plus à faire avec ce toro "de rêve" (enfin, pour certains), mais … c'était le 6ème.
Grand succès et sortie a hombros d'un torero qui a montré tout au long de la tarde sa technique, son envie et son pundonor. Imaginons un instant qu'en plus, il y ait eu des toros …
Aucune intervention en piste des sobresalientes (Morenito de Nîmes et .?.) [*] .
Présidence : Marc Amestoy, assisté de Bernard Peytrin et Lucien Barat.
Cliquer pour voir un extrait de la Faena d'El Juli à face au bon sixième - Via Corrida Tv
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[*] N.D.L.R. Autrefois, les affiches et cartelitos mentionnaient toujours le nom des sobresalientes de Espada en conformité avec le deuxième paragraphe de l'article 27 du règlement taurin de l'U.V.T.F. :
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"Aucune affiche concernant les spectacles énumérés ci-dessus, et auxquels participeraient seulement un ou deux matadors ne pourra être approuvée si le nom d'un sobresaliente -matador de remplacement- n'y figure pas. Ces sobresalientes seront, obligatoirement de même rang que le spectacle annoncé."
Nous savons bien qu'il ne reste plus beaucoup d'organisateurs pour lire et, à plus forte raison, pour appliquer le règlement.
Dans tous les cas, l'absence des noms des deux sobresalientes sur les affiches et documents annonçant cette corrida est une lacune regrettable. C'est un manque d'égard pour les professionnels en question mais aussi et surtout une marque d'indifférence à l'égard du public qui paye son billet et a le droit d'être complètement informé.
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2
Une oasis de bonheur...
10000 personnes.
Président : Mr Amestoy
Les trois élevages concernés : Puerto de San Lorenzo ; Ana Romero ; Victoriano del Rio.
Ce n’est pas la première fois que Julian Lopez affronte six totos. Il tenait à accomplir cet exploit à Bayonne pour exprimer sa reconnaissance au public qui lui a toujours été fidèle.
Tout ne fut pas parfait, notamment en raison du comportement de certains toros. Mais à aucun moment « El Juli » n’est tombé dans la facilité. Il a respecté sa profession, les aficionados et les autres ! Qu’il en soit ici remercié. Sa notoriété ne sera que renforcée. Puissent toutes les « figuras » posséder un sens aussi aigu du travail bien fait.
Après le paseo, l’arène a demandé au maestro de venir saluer, l’ovation fut unanime.
1er toro. Puerto de San Lorenzo (502 kg)
Les passes de cape furent, comme pour l’ensemble de la course, remarquables. Les deux piques règlementaires ont été infligées, sans bravoure particulière.
« El Juli » est un spécialiste du « quite » : il le démontra tout au long de cette fin d’après-midi.
Le banderillero Ambel Javier a été invité à saluer. Remarquons que ce tercio a dans l’ensemble été très bien exécuté.
Après plusieurs doblones, des derechazos, trois naturelles, le toro se révéla faible.
Un pincharo et une entière ont permis au matador de venir saluer.
2ème toro. Ana Romero (507 kg);
Toujours bien reçu par véroniques, il effectua une demie à la fin de la série.
La 1er pique en arrière précéda une 2ème quelconque.
En revanche le « quite » fut magnifique. La pose de banderilles est encore une fois remarquable.
Après des séries à droite admirables, quatre naturelles et quelques « derechazos » splendides ont terminé la faena. Une épée entière fut récompensée par une oreille grâce à l’insistance du public.
3ème toro. Victoriano del Rio (537 kg, plus de 5 ans !)
L’animal est parti tout seul au piquero.
Après une première rencontre mal exécutée et une deuxième en arrière, le « quite » par chicuelinas fut apprécié et les banderilles précises ont été impeccables.
Les séries à droite et à gauche sont données dans les règles de l’art. Mais « El Juli » est averti et s’en sort par un « pecho ». Le toro s’avère dangereux et l’épée entière permet au maestro de saluer.
4ème toro. Puerto de San Lorenzo (496 kg). Bien présenté, « veléto ». La première pique en arrière fut toutefois poussée. Les 2ème et 3ème n’apportent pas grand-chose.
Après une série à droite, le toro s’avère faible, il manque de charge. Une demie, une entière de côté et deux descabellos suscitent quelques applaudissements.
5ème toro. Ana Romero (486 kg. 4ans ¾). Cardeno, bien dans le style des Santa Coloma.
Très belles véroniques. Des chicuelinas permettent d’amener l’animal au cheval.
Après la première, la deuxième pique entraîne la chute du piquero sous le cheval. Après quelque émotion, le cavalier regagne le callejon sans dommage conséquent.
La faena commence par une série à gauche, puis un « pecho », vint ensuite une 2ème série.
A droite ce fut bien, les naturelles ont été remarquables. Après une 1ère épée, 8 pinchazos ont suivi. Malgré cet échec, « El Juli » fut invité à saluer au « tercio », ce qui montre la compréhension du public Bayonnais qui avant tout reconnaît la valeur d’un matador au-delà de l’estocade.
6ème toro. Victoriano del Rio (508 kg).
Nous pressentons que Julian Lopez veut terminer par un triomphe. Il entame sa série de cape au centre. Ce fut inoubliable !
La première pique moyenne et la deuxième en place nous firent espérer des lendemains qui chantent !
Le quite fut énorme !
Il posa les banderilles aussi bien, voire mieux qu’un spécialiste !
La faena des deux côtés fut une succession de gestes sublimes. Rien n’est à jeter de ce moment de courage et de « pundonor » d’un matador qui respecte les gens qui le regardent et qui le jugent.
L’épée entière et le descabello final ont permis l’octroi de deux oreilles.
Un moment de fraîcheur et d’authenticité dans un monde terrible. « El Juli » est un matador, une figure capable de combattre tous les toros. Il l’a montré ce samedi à Bayonne, où le public est prêt à respecter ceux qui se battent, les matadors de grande classe.
« El Juli » une oasis de bonheur dans un océan de dérision !