Fédération des Sociétés Taurines de France - Temporada 2009

Samedi 12 septembre corrida goyesque avec des toros de Jandilla

Il fait beau, les tendidos sont remplis aux deux tiers.

A 17 h, débute un prélude goyesque hétéroclite mais bien mouvementé et animé. Des attelages, des cavaliers et cavalières, des danseuses sévillanes, des dizaines de piétons bigarrés envahissent l’arène pour évoluer selon une chorégraphie parfaitement orchestrée. Alexis Gruss dresse ses chevaux sur leurs jambes postérieures et cette démonstration de bipédie équestre rencontre un franc succès. Puis la piste est laissée à des écarteurs et recortadores spectaculaires.
Une brune et belle soprano, un chœur lyrique et l’orchestre de Chicuelo II, le tout bénéficiant d'une bonne sono, déversent à grands flots les airs immortels de Carmen pendant la demie heure que dure ce spectacle.

A 17h 30, la piste est dégagée et les clarines déclenchent le paseillo.

Six toros de Jandilla pour Julio Aparicio, Matías Tejela, José María Manzanares

Matías Tejela remplace « El Cid » qu a été blessé la veille à Navalcarnero (voir).

J‘étais venu assister à cette course sans illusion. Des aficionados locaux qui avaient vu les taureaux dans les corrals me les avaient décrits comme fort petits et je m’attendais à assister à une piètre corrida pour vedettes comme sont devenues trop souvent les corridas goyesques, même à Ronda
Effectivement trois de ces Jandillas, le 1 le 2 et le 6, étaient anovillados, indignes d’une plaza de première catégorie, même si leurs poids annoncés étaient respectivement de 510 kg, 525 kg, 500 kg. Comment peut-on afficher des poids aussi fantaisistes dans des arènes de première catégorie, ça n’arrive pas qu’à Arles, dépourvues de balance ?
Ces réserves faites, le lot ne manqua pas d’intérêt. Chacun des taureaux prit deux piques avec plus ou moins de mérite, leurs armures étaient convenables, tous restèrent debout, cinq sur six allièrent une franche noblesse à une vivante mobilité. Une corrida fort agréable à suivre en fin de compte.

Julio Aparicio, en costume goyesque noir et jais, reçoit son premier petit torito, negro mulato, par des véroniques un peu électriques, sans rien de cette salsa qui imprègne son capeo des grands jours.
Le torito pousse brièvement sur une première pique et en sort seul. Il en reçoit une seconde agrémentée de "pompe" et de carioca. Le picador le lâche quand il estime que le compte y est.
Le tercio de banderilles, vite et bien fait, révèle les bonnes dispositions du bicho que la deuxième pique n’a pas réussi à achever.
Julito débute par des derechazos convenables et poursuit par des naturelles de fort bonne facture. Faena juste mais trop sobre qui laisse le public de marbre car il n’y retrouve pas les éclats, les détails qu’il attend de ce torero fantasque.
Une bonne épée contraire déclenchera enfin quelques applaudissement et l’autorisera à saluer au tiers.

Matías Tejela, en costume goyesque fraise écrasée brodé de noir, sert classiquement trois belles naturelles et la demie à un petit negro mulato chorreado, à la corne gauche astillée.
Le bicho pousse avec assez d’application sur deux piques pas très prolongées mais assez pour mériter le qualificatif de bravito.
Il est facile aux banderilles.
Matías double jusqu’au centre et poursuit très facilement sans avoir besoin de trop s’engager par de bons derechazos. Ça passe aussi bien à gauche. Pour finir, cambio de espalda précédant un lame entière un peu en avant mais concluante.
Le public demande une oreille, le président en accorde deux .Cette décision inattendue ne sera pas sans conséquence néfaste pour lui comme nous allons le voir.

José María Manzanares, en costume goyesque fort seyant, blanc brodé de noir,  reçoit un noir grassouillet, affiché à 540 kg, par des véroniques en tablier.
L’animal pousse bien sur une première pique qui transporte le cheval vers la barrière.
Il pousse un petit peu sur la seconde et sort seul.
Aparicio s’autorise un quite encore une fois peu inspiré.
José María double vers le centre et poursuit par derechazos suaves. Puis il donne une première série de naturelles médiocre et une deuxième série supérieure. La suite est bonne mais le torero reste froid, un peu marginal. Le public ne mord pas, d'autant qu'une demie épée tendue et un descabello ternissent le final.
Salut au tiers.

Julio Aparicio a beaucoup de mal à fixer un negro listón chorreado et bizco.
Cet animal va à la pique dans un mauvais style, pousse brièvement tête haute et sort seul. La deuxième pique est agrémentée de carioca et de "pompe" pour que l’animal bénéficie bien de sa pleine ration.
A la muleta, ce toro, le pire de l’envoi, cherche de la tête et Julito préfère plier boutique d’emblée en dépit de la bronca qui s’enfle. Il termine par un bajonazo.

Le cinquième Jandilla, le moins petit des six, un negro mulato affiché à 545 kg, est pour Matías Tejela. Il prend deux piques dans un mauvais style en donnant des coups de tête.
Il montre pourtant de bonnes disposition au deuxième tiers et encore plus au troisième. Il est très noble mais sans mièvrerie. Il va permettre une faena facile à Matías, un peu supérieure selon moi à sa précédente parce qu'elle vaut par des naturelles parfaitement allongées, arrondies, « templées »  et liées. Vraiment très bien !
Une entière tombée prélude à une spectaculaire agonie.
Une nouvelle fois, le président accorde deux oreilles.

Le dernier, pour Manzanares, un negro mulato, playero, humilie énormément. Tellement que lors d’une mise en suerte, il plante sa corne gauche dans le sable et effectue une vuelta de campana vrillée.
Il pousse brièvement et mollement sur une première pique. Jugé faible, il en reçoit une seconde symbolique.
Au troisième tiers ce petit animal est d’une excessive noblesse. Il ne se permettra jamais de relever la tête s’appliquant à pousuire inlassablement la muleta, le museau collé au sable.
Bien entendu José María ne se prive pas d’exhiber ses immenses qualtiés de muletero et enchaîne des passes de rêve. Du toreo de salon avec l’aide d’un toro au lieu d'un compagon maniant un frontal ou poussant un carretón, c’est épatant de douceur, de temple  et d'harmonie !. L’exercice plaît au bublic. Par dessus le marché, le volapié terminal est splendide, dans tout le haut et jusqu’aux doigts.
Le "respectable" réclame deux oreilles et là, le président n’en accorde qu’une. !I entend probablement la plus forte bronca de sa vie. Oreille en main, José María Manzanares, accomplit une vuelta particulièrement fêtée. Il quitte ensuite l’arène en compagnie de sa cuadrilla suivi de celle d’Aparicio. Mais alors, avant que Matías Tejela ne soit juché a hombros et ne savoure la rumeur du triomphe, José María Manzanares réapparaît inopinément en piste et entreprend un deuxième tour d'honneur sous les rugissements de plaisir du public.
Je me suis laissé dire que l’alguacilillo était allé le chercher en dehors des arènes pour l’inviter à revenir faire cette seconde vuelta.
Mais alors, cet alguacilillo a-t-il eu le culot d’agir de sa propre initiative ou, comme c’est plus vraisemblable, obéissait-il à des ordres ? Des odres de qui ? De l’empresa ?

La morale de cette fable est que la présidence n’a pas eu bonne mine. L’erreur fut de donner deux oreilles à Tejela puis de récidiver. Ou alors, après cela, il fallait en donner deux aussi à Manzanares pour satisfaire aux exigences de justice du public.
La bonne séquence eut été de n'accorder que la seule oreille du public dans les trois cas.

Autre constatation, à Arles, comme dans trop d’arènes françaises, la musique est envoyée systématiquement pendant l’arrastre.
La corrida est une fiesta tragique, la mort du toro y est le moment solennel, la suerte suprème, la musique est incongrue tant que la dépouille est présente dans l’arène.
D’un point de vue plus pratique, elle a l’inconvénient de masquer l’opinion du public en brouillant (surtout quand une partie des spectateurs bat la cadence de ses mains) les applaudissement ou sifflets inspirés par le toro.
Suivons partout l’exemple de Bayonne où la musique n’intervient que quand le train d’arrastre à quitté l’arène.
Je ne suis pas opposé, par contre, à ce que la musique accompagne la vuelta al ruedo d'un toro, surtout si elle est réellement méritée, car alors elle amplifie l'honneur qui lui est rendu.

Président : Jacques Garcin – Assesseurs : Daniel Blanc, Annie Gueyraud

Voir le vidéo reportage de Corrida Tv

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