Fédération des Sociétés Taurines de France - Temporada 2011

Du 9 au 13 juin, "Feria de Pentecôtes " à Nîmes

UN ÉCHO DE LA FERIA DE PENTECÔTE A NIMES

Une feria scandaleuse, qui a pourtant connu de bons et de grands moments.

Nimes : la glissade fatale

Dans l’histoire, le pouvoir absolu par élimination des contrepouvoirs et le « splendide isolement » s’avère toujours fatal. C’est ce qui est en train d’arriver à Nimes, arène devenue indigne de sa 1ère catégorie.

Côté toros, d’abord. A part la splendide novillada d’Enrique Ponce, des lots indignes. Miuras écornés, mais surtout la plupart des toros affichés à une cinquantaine de kilos de plus que la réalité et les deux tiers des mêmes en dessous du poids minimum réglementaire. Le bouquet ? Un La Quinta qui n’atteignait peut-être même pas les 400 kg… Tromperie sur toute la ligne. Aficion, sois belle et tais-toi ! Seuls m’intéressent tes sous et tes applaudissements.

Les récompenses, ensuite. Présidences incohérentes. Public sans référence. Pluie d’oreilles. On se croirait à Benidorm…

Voici qui dit bien l’ambiance. « La tête de Laurent Burgoa roule sur le sable des arènes », titre un journal local. Son crime ? Il a osé refuser la 2e oreille au Juli ; non pas parce qu’il n’avait pas vu son ébouriffante faena, mais parce qu’elle était donnée à un torito minuscule et sans cornes, mobile certes, mais tontito. Résultat ? Bien qu’élu proche du maire, il ne présidera pas, comme prévu, la corrida Miura-Victorino. Et lorsque l’élu délégué à la tauromachie envoyé comme sobresaliente paraît au palco, une bronca majuscule secoue l’arène sous les regards de la TV espagnole en direct.
Voir ci-dessous ce quen dit Julie Zaoui dans "La Provence"

 

En pareil contexte, comment s’étonner de voir le maire faire ouvertement des signes au « président » en fonction pour qu’il donne l’oreille ? Le croirez-vous ? il s’est trouvé des autorités pour le justifier en disant que seul le maire est le réel président des corridas.

La presse nationale, complice ou trompée, chante les louanges de la Feria de Nimes… L’image, il n’y a que cela qui compte. Peu importe ce qu’il y a derrière.

Fermez le ban !

Nimes : les grands moments

Du chaos nimois émergent tout de même quelques très grands moments, sur des registres divers.

La merveilleuse faena exhibition du Juli à son torito, bien sûr. Par la suite, il n’a pas touché de toro propice au triomphe ; dommage…

Sébastien Castella hérite d’un second sobrero de Los Galos (Maris Sara) : grand, maigre, violent, rapide, manso et pourvu de cornes de cauchemard. Plus d’un aurait monté l’épée. Mais lui, il s’est mis en tête de lui tirer une faena ; non pas en « gladiateur » mais posé, en figura. Certes, le toro prenait la muleta et il mettait la tête, mais avec une violence terrible et pour tailler en pièces ce qu’il parviendrait à toucher. Il a fini par lui imposer sur chacune des deux mains 3 passes liées, longues, émotionnantes. Merci, Monsieur Sébastien ! Le public n’a pas su valoriser cet effort à sa juste valeur ; mais quel moment !

Avec José María Manzanares, nous avons atteint deux fois des sommets d’art profond classique, sans un geste de trop, celui des Antonio Ordóñez et autres Antoñete. Son premier était léger, doux et docile : faena toute coulée. Son second était plus conséquent et encasté : faena un peu plus heurtée mais plus authentique. Au premier, un recibir d’école à tout point de vue. Au second, exécution parfaite mais épée « tombée ». Grand, grand moment.

Maître Enrique Ponce a transpiré à son second pendant les trois quarts de sa faena : toro rétif, malcommode, dont il semblait que même lui n’arriverait pas à le régler. Eh bien il y est parvenu : le toro s’est rendu à lui. Estocade de jeune aux dents longues, dont il sort avec un bon coup à la poitrine. Où il est prouvé que toréer, ce n’est pas seulement donner des passes…

Javier Conde. Il n’y en a eu que 3. Mais ces 3 muletazos resteront imprimés dans l’œil de ceux qui les ont « vus » : 3 torerissimes desprecios de la gauche, liés absolument sur place, en tout début de faena. Confondant.

Un Juan Bautista pimpant, plein d’envie, communiquant avec le public, relâché -comme il sait si bien le faire dans ses bons moments- en début et en fin de faena.

Un Castella majeur dans le mano a mano Fuente Ymbro-La Quinta. Il touche (enfin!) “le” toro: un Fuente Ymbro encasté et excellent. Tout y était: faena variée, pleine de surprises, donnant au toro de la distance, parfaite d’exécution, de temple, d’envie de toréer. Un régal. Torero aux anges… Le La Quinta était petit, très bien armé et très très santacoloma : aux aguets, prompt, ne supportant pas la moindre approximation de placement ni la moindre brusquerie. Ce n’est pas un toro auquel on peut se confier comme avec le juanpedro ! Notre Sébastien s’est excellemment adapté à ce comportement, nouveau pour lui, malgré quelques rares scories. Il est sorti des arènes rayonnant.

Alejandro Talavante, retrouvé, a montré qui il était à son La Quinta, petit, bon, mais presque à ses 6 ans ( ! ). Les promesses de ses débuts commencent à mûrir.

Morante, très décidé, est parvenu à placer quelques gestes de son corte à un toro malcommode et sans classe. Daniel Luque a montré le coulé de ses gestes et la fermeté de sa volonté à un autre Cuvillo de peu d’intérêt.

Patrick Oliver a montré un beau temple à son toro d’alternative (son second n’offrait aucune option), mais il a mal tué. Prometteur.

Une feria scandaleuse, qui a pourtant connu de bons et de grands moments…

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