Pour un renouveau du tercio de varas

L'un de nos souhaits constants, à la FSTF, est que le tercio de varas retrouve son plein intérêt et son intense beauté.
Nous nous associons volontiers au slogan de nos amis vétérinaires, "La fiesta commence au premier tiers".

Voici que nour enregistrons quelques raisons d'espérer :
Le public de nos arènes s'intéresse de plus en plus au premier tiers.
A côté des encastes attendus dans cet exercice, Saltillo, Santa Coloma, Albaserrada, Miura, Prieto de la Cal, ... voici que des Domecq comme Fuente Ymbro ou même Victoriano del Rio, des Carlos Nuñez comme Alcurrucén ... se mettent à produire des taureaux qui tiennent debout et qui assument l'épisode des piques convenablement.
A l'exemple de Stéphane Meca qui, le premier, a su mettre le tercio de varas en valeur, des maestros, tel Javier Castaño et son picador Tito Sandoval, s'appliquent à soigner et faire aimer ce tercio. Se souvenir de leur prestation Nîmoise devant six Miuras lors de la Pentecôte 2012.
Il y a dans notre pays deux cuadras de caballos de très grande qualité et des picadors de talent comme Gabin Rehabi.
De nombreux prix leurs sont décernés et notre Fédération y a contribué, en 2012, en organisant de tels prix à l'occasion des corridas "Toros de France". A ces occasions, à l'exemple de Vic et Céret, des arènes de troisième catégorie, très sérieuses, il y en a beaucoup en France, affichent les noms des picadors, organisent le premier tiers avec un seul des deux en piste, indiquent parfaitement la position du cheval à l'opposé du toril. Cette pédagogie porte ses fruits puisque le public de ces arènes devient, réceptif, discute du sens de montage de la puya, réprouve les cariocas, siffle les puyas trop en arrière et applaudit les bonnes.

Bien sûr tout est loin d'être encore parfait. C'est pourquoi, chaque année, nous renouvelons nos suggestions d'amélioration du Règlement Taurin Municipal à l'Assemblée Générale de l'Union des Villes de France.
Pour ce qui concerne le premier tiers, nous demandons :

  • qu'un modèle unique de pique soit, après expertise et avis vétérinaire, défini dans le règlement et imposé dans toutes les arènes,
  • qu'une marque rouge sur la partie métallique de cette pique emboitant la hampe, visible des tendidos, garantisse le respect du sens de montage,
  • que les noms des picadors de turno soient affichés en dessous de celui du maestro,
  • que les cercles concentriques soient en bonne place, quitte à ne tracer que des arcs de cercle dans les arènes de diamètres réduits et la position opposée au toril parfaitement indiquée,
  • qu'un seul picador soit en piste, le picador de réserve étant posté, prêt à intervenir, derrière la puerta de caballos...
  • que les délégués aux piques soient munis d'un escantillón (gabarit) afin qu'ils puissent vérifier, en compagnie du président de la course, les dimensions des piques et la planéité des faces de la pyramide.

Ci-après, un article de Jean-Jacques Dhomps en forme d'introduction historique et deux du Docteur Vétérinaire Yves Charpiat, tout à fait en prise avec l'actualité et scientifiquement argumentés. Yves Charpiat éclaire la voie qui conduira à des tercios de varas de qualité pour peu que leurs acteurs veuillent jouer le jeu.

Ceux qui liront ces articles et qui souhaiteront poursuivre un débat sur ce sujet des piques, sont invités à le faire sur notre Forum.
Tous les aficionados ont à militer pour un renouveau du tercio de varas.

 

Accès aux articles :

 

"L’évolution du modèle de la pique du XVIII° siècle à nos jours" par Jean-Jacques Dhomps

"La localisation des Piques lors de la SUERTE de VARAS et ses conséquences" par Yves Charpiat

"Une pique dans les règles" par Yves Charpiat

 

 

 


 

L’évolution du modèle de la pique du XVIII° siècle à nos jours

 

1 ) Avant l'existence d'un règlement taurin national espagnol

2 ) Durant la primauté de Règlements taurins nationaux en Espagne

3) Quand l'émergence des autonomies multiplie des règlement régionaux et locaux

4 ) Vers un retour au tope (butoir) ?

5 ) Et après ?

6 ) L'indispensable recours aux vétérinaires

 

 

1 ) Avant l'existence d'un règlement taurin national espagnol

Les figures de piques, A, B, C, D, E, F, G, H, J et I sont empruntées au blog "La razón incorpórea"

Depuis la naissance de la corrida moderne à Séville et de "La Tauromaquia o el arte de torear de pié y a caballo" de José Delgado "Pepe-Hillo", puis de la "Tauromaquia completa" de Francisco Montes Paquiro, la nécessité, pour ne pas dire l'exigence, d'établir, de promulguer, de faire évoluer, bien ou mal, des règlements taurins ne s'est jamais démentie.
Ces règlements essentiellement inspirés par des professionnels furent rapidement édictés par les plazas de toros de chacune des principales villes taurines espagnoles. Il fallut attendre que le XX° siècle soit entamé pour qu'apparaisse un Reglamento Estatal obligatorio en todas las Plazas de Toros qui connut plusieurs éditions successives, chacune d'elles apportant des modifications plus ou moins importantes. Les modifications successives de ce règlement "nacional" furent toujours principalement influencés par les professionnels mais on y vit apparaîte le souci d'entendre des souhaits aficionados afin de lui conférer une coloration éthique.
En France, c'est même notre FSTF qui fit adopter par l'Union des Villes Taurines de France, en 1972, un Règlement Taurin Municipal Français largement décalqué du règlement Espagnol.
Dans notre débutant XXI°siècle, en Espagne, l'émergence des Régions et Juntas plus ou mois autonomes remet à la mode des règlements locaux si bien qu'une cacophonie préjudiciable à l'image et au sérieux de notre commune fiesta de toros nous menace. Tous les aficionados du monde rêvent d'un unique règlement taurin universel.
Voir ici la liste de tous les règlements qui se sont succédés en Espagne jusqu'à nos jours.

J'ai choisi de passer ici en revue les modèles de pique qui se sont succédés du XVIII° sièle à aujourd'hui. C'est un bon fil conducteur de l'évolution historique du tercio de varas et des finalités que ses acteurs lui ont progressivement assignées.

Au XVIII° siècle et durant une bonne partie du XIX° siècle, la pique ne se concevait pas sans un butoir qui limitait tout à fait efficacement sa pénétration à la seule pointe métallique, qui sera de fer forgé jusqu'en 1908.

À l’époque du célèbre Picador José Daza, aux alentours de 1750, la pique se présentait avec une pointe de fer suivie d’un butoir de bois en forme de citron recouvert de corde collée (figure A).

Au temps de Pepe Hillo, fin XVIII°, le butoir était en forme de cœur (figure B).

La pique avec butoir en forme d’orange, dite du Duc de Veragua (milieu du XIX°), inaugure la pointe en forme de pyramide (figure C). Cette pique a été peu utilisée car elle dérapait trop facilement provoquant des désastres dans les rangs de la cavalerie.

Ce fut donc le retour du butoir en forme de citron en 1869 - Époque de Lagatijo, Frascuelo, Guerrita …(figure D).

Dans ces époques, les taureaux étaient beaucoup plus mansos que ceux d'aujourd'hui d'où la nécessité de leur appliquer des piques brèves et nombreuses, mais surtout les picadors d'alors qui partageaint encore le haut de l'affiche, étaient propriétaires de leus chevaux. Les ayant, eux-mêmes, soigneusement dressés, ils avaient pour souci de préserver leur précieux capital.

En 1880 la pique avec citron est toujours en usage (figure E)

Mais apparaît en même temps une pique suivi d'un cylindre de bois recouvert d'une corde enroulée et collée qui perd son rôle de butoir puisque les picadors vont s'ingénier à le faire pénétrer à la suite de la pyramide. C'est encore l'époque de Lagatijo, Frascuelo, Guerrita ... (figure F).

En 1906 le cylindre recouvert de corde devient une prolongation de la pyramide et il n'y a plus de limite à la pénétration de la pique - Époque de Rafael Gómez « El Gallo » (figure G)

Durant la seconde partie du XIX° siècle les picadors deviennent de plus en plus subalternes et leurs montures, véritables haridelles non préparées pour l'exercice, leurs sont procurées juste avant la course. Rafael Guerra "Guerrita", très grand matador actif de 1878 à 1899, remarque que le taureau qui s'est acharné dans le ventre du cheval, d'abord debout puis à terre, a beaucoup fatigué sa nuque et arrive plus rectiligne et suave dans sa muleta. Il demande alors à ses picadors de laisser crever leurs chevaux sous eux. Ces pauvres vieux chevaux de fiacre ou réformés de l'armée, baptisés "chevaux de pique" et harnachés en conséquence demi-heure avant d'entrer en piste, font de leurs ventres, de leurs flancs et de leurs entrailles une préfiguration du peto. Et pourtant ce peto ne les sauvera qu'à partir de 1928, quand ils deviennent rares parce que les véhicules automobiles les auront rendus inutiles aussi bien dans les transports en commun que dans l'armée, tandis qu'un nouvelle sensibilité du public ne supportera plus leur carnage.
Avec le peto, le dressage du cheval de pique peut reprendre mais il est passé dans les mains de cuadras de caballos indépendantes des picadors..

2 ) Durant la primauté de Règlements taurins nationaux en Espagne

Au cours du XX° siècle, les dimensions de la pyramide - à compter de 1908 elle est d'acier, ses arêtes sont tranchantes comme des rasoirs - ne varient pratiquement pas et c'est encore celles qui sont définies aujourd'hui dans le Règlement Taurin Municipal Français par référence au Règlement Taurin Espagnol.
Par contre, la forme et les dimensions du butoir ont fortement évolué :

Le règlement de 1917, premier règlement qui s’applique dans toutes les arènes de première catégorie définit, au-dessous de la pyramide d’acier suivie d'un cylinde encordé, un butoir en forme de rondelle. Cette pique fut la seule utilisée de 1917 à 1962. - Époque de Joselito, Belmonte – Manolete – Dominguin – Ordóñez … (figure H)

L'efficacité de la rondelle se révela assez illusoire puisqu'elle s'enfonçait assez fréquemment dans le corps du taureau à la suite des cordes.
De toute manière cette pique déçut.

"La Tauromaquia en Tarifa" nous révèle qu'en 1952, un concours fut ouvert aux inventeurs d'un nouveau modèle de pique qui serait moins pénétrant et il donne les images des vingt modèles proposés que voici :

Certaines de ces piques présentent des croisillons et des faux butoirs de formes tronconiques. Ces modèles ont très certainement inspiré le premier véritable "Reglamento Taurino Nacional", promulgué en 1962 et valant pour toutes les arènes d'Espagne. Il imposait la pique que nous connaissons encore :

Le butoir a vu quelquefois sa longueur allongée à 70 mm comme sur le figure de gauche puis a été ramené définitivement à 60 mm comme sur le schéma de droite.
La forme légèrement tronconique du cylindre facilite sa pénétration.

Ce système, toujours en vigueur, n'est pas satisfaisant puisque le croisillon, par un effet de compression des tissus, produit une pénétration de la pique encore plus profonde.

Cette pique pratiquement toujours portée trop en arrière est l'une des plus dévastatrice de l'histoire du tercio de varas.

3) Quand l'émergence des autonomies multiplie des règlement régionaux et locaux

 

La pique andalouse
En mars 2006 la Junta de Andalucia  à promulgué un  « Règlement taurin andalou » qui a défini un  nouveau modèle de pique, la « pique Andalouse » dont l’arrête de la pyramide mesure 3 mm de moins que la  pique espagnole et dont le butoir est un cylindre de bois ou de pvc (sans corde) de 50 mm de haut et 25 mm de large.

La partie pénétrante de la pique andalouse fait 26+50=76 mm, soit 11,39 mm de moins que la pique espagnole.
Ceci nous permet de calculer que la pique andalouse provoquera des blessures 13 p 100 moins profonde que la pique espagnole. Si nous nous rapportons à la profondeur moyenne de 17,49 cm constatée pour la pique espagnole par des vétérinaires à Madrid, la pique andalouse, avec l'aide du croisllon compressif, provoque des blessures profondes, en moyenne, de 15,22 cm.
2,27 cm de moins, la différence moyenne est bien mince !

La Pique de Bonijol
Au cours de l’Assemblée Générale de l’UVTF, en 2010 à Beaucaire, Alain Bonijol a présenté sa propre pique.
En réalité il a présenté deux modèles de pique : l'un à gauche aux dimensions de la pique andalouse, l'autre à droite aux dimensions de la pique espagnole.
Ces piques dont le bois encordé est remplacée par une pièce de téflon lisse et profilée permettant une pénétration encore plus facile et immédiate, jusqu’au croisillon. Leur concepteur argumente qu'ainsi elles provoquent des lésions plus nettes et moins larges

La pique d'Heyral
Depuis le début de la temporada 2012, Philippe Heyral  fournit, lui aussi, aux picadors, en même temps que ses chevaux, ses propres piques. N'ayant jamais vu une de ces piques de près, ignorant ses caractéristiques et dimensions je ne peux en dire plus, mais il est très vraisemblable qu'elle soit aux dimensions de la pique espagnole.

Au cours de la temporada 2012 en France, au gré des cuadras de caballos engagées, nous avons pu voir sans y trouver des effets bien différents, la pique espagnole de 1962, la pique andalouse de 2006, la pique de Bonijol de 2010 et celle d’Heyral de 2012.
Et nous ne préjugeons pas des futurs modèles 2013 !

Au passage, il est à remarquer que la traditionnelle boite de pique scellée, toujours rituellement présentée aux délégués aux piques et, accessoirement, au Président et à ses assesseurs, s'ils prennent la peine, comme ils doivent le faire, de rendre visite aux picadors avant la course, n'a plus aucune signification.
En effet, nous n'en sommes plus aux règlements espagnols antérieurs à celui de 1992 qui précisaient que :
"Les piques seront présentées par l'organisateur au délégué de la C.T.E.M avant l'apartado, dans une boite scellée que celui-ci ouvrira.
Elles ne serviront que pour une course et porteront, sur la partie entourée de corde, le sceau préalablement posé par les organisateurs compétents à savoir "La asociaciôn de Matadores Espanoles de Toros y Novillos y de Rejoneadores", la "Union Nacional de Picadores y Banderilleros", y la "Union de Criadores de Toros de Lidia" "

Depuis la version du règlement espagnol des spectacles taurins du 28 février 1992, la mention de ce contrôle préalable des piques a disparu. Les scellés qui sont maintenant apposés par leurs seuls fabricants sur les piques ou la boite les contenant ne sont là que pour la frime et n'offrent aucune garantie. Comment savoir si les piques n'ont pas été frauduleusement aiguisées pour les réutiliser ou pire pour creuser les faces de la pyramide et rendre la pique plus tranchante et plus dévastatrice.
Le contrôle appartient désormais au délégué aux piques qui devrait vérifier au moyen d'un escantillon (gabarit), les dimensions de la pyramide et la planéité de ses faces. Malheureusement aucun délégué au pique, dans aucune arène n'est doté d'un escantillon, accessoire pourtant très facile à fabriquer (cf. René Chavanieu).

4 ) Vers un retour au tope (butoir) ?

L'évolution depuis le XVIII° du modèle de la pique utilisée, nous montre que tout est allé vers une élimination à la fois insidieuse et légale du butoir afin que la pique s’enfonce de plus en plus facilement et de plus en plus en profondément dans le corps du taureau en même temps que le caparaçon permet de la prolonger aussi longtemps que le souhaitent le picador et son maestro.
Jamais la pique n'avait été aussi dévastatrice qu'aujourd'hui !

J'ai vu mes premières corridas dans les années 50 du siècle dernier et depuis j'ai toujours entendu les aficionados dont je ne me dissocie pas, déplorer la décadence de la suerte de varas.
Mais la décadence par rapport à quoi ? Par rapport au toro qui n'est plus ce qu'il était ? Au cheval qui est trop petit ou trop gros ou trop statique ou trop mobile, ou pas assez dressé ou trop dressé ? Par rapport au peto de kevlar sur lequel les cornes du taureau dérapent vers le haut au point qu'il se stresse de ne pouvoir l'accrocher et qu'il se fracture le crâne contre le volumineux et lourd estribo (étrier) métallique ? Par rapport au picador qui n'est pas assez bon cavalier, qui ne respecte pas le règlement, qui vrille, "pompe" et "carioque", qui pique mal et là où il ne faut pas ? Par rapport à des mises en suerte catastrophiques ? Par rapport à la pique elle-même qui est devenue trop traumatisante ? ... Et j'en passe !

Notre fédération a organisé lors de son congrès de 2008 à Arles, dans l'après-midi du samedi 25 octobre, un colloque sur le tercio de pique et j'en reproduis la photo qui montre quels en étaient les participants :

De gauche à droite : Laurent Giner, président de l’A.N.D.A., Jean-Charles Roux, revue « Toros », Alain Dervieux, représentant la Ville d’Arles, Alain Bonijol, empresa de caballos, Yannick Jaoul, président du club organisateur « la Muleta », Roger Merlin, Président de la F.S.T.F., Hubert Yonnet, ganadero, Gérard Bourdeau, président de l’Association des Vétérinaires Taurins Français, Michel Volle, presse taurine « Toromag », Dominique Dubois, administrateur de l’Union des Clubs Taurins Paul Ricard

Toutes ces questions furent abordées sans que les réponses esquissées qui s'inspiraient toutes d'un vaque sentiment d'imprécise nostalgie, aient réussi à convaincre. Si bien que vers la fin du débat, Alain Bonijol posa la question fondamentale : « Quand vous envisagez de restaurer le tercio de varas, à quel moment du passé vous référez-vous ? » Personne n'a répondu.
Je pense que, depuis la fin du XIX° siècle, toutes les générations d'aficionados qui se sont succédées ont été très mécontentes des tercios de varas qui leurs étaient, de manière générale, présentés. De manière générale, parce qu'heureusement, de temps à autre, un taureau d'exception ou un torero animé du souci de bien faire, ou, encore mieux, la rencontre des deux, laisse entrevoir la grandeur et les beautés potentielles de ce premier tierco.

Trois exemples tout à fait contemporains puisque empruntés aux chroniques des aficionados qui alimentent les "Regards sur la temporada" de ce site :

1) Le toro fait seul le spectacle.
"11 septembre 2009, Arles, corrida concours : Maria Luisa Perez de Vargas, n°38, né en septembre 2004. 610Kg. Bien proportionné, belles armures. Sortie lente vers le centre de l’arène… le calme avant la tempête : cinq grands coups de tonnerre, cinq grandes piques prises allégrement, avec puissance et envie, occasionnant deux chutes de la cavalerie. Systématiquement piqué au milieu du dos mais sans pomper et sans carioca."

2) Le picador fait seul le spectacle.
"12 août 2012, Vic Fezensac, corrida concours : Gallon 5 ans et 4 mois
Ce taureau est faible mais part bien au cheval. Cela permet au picador Gabin Réhabi de faire une démonstration. En bougeant très bien son cheval pour appeler le toro, il donne, en piquant, là où il faut, dans la partie arrière du morrillo, trois piques brèves."

3) Une rencontre des deux
"15 septembre 2012, Céret, corrida de Prieto de la Cal, 5ème toro, fev 2007, 535kg, dont la dépouille fera la vuelta al ruedo.
Grande tauromachie de Tito Sandoval ; quatre piques dont une deuxième somptueuse. Pour l'anecdote, la citation de ce que rapporte Paco, dans "Torobravo", de sa conversation avec Tito, après la course : " - A quoi pensais-tu en attendant le toro pour la deuxième rencontre ? - Que, si je le manquais, je me retrouvais dans les gradins "

Au cours du colloque arlésien, la question d'une modification de la pique pour la rendre moins dévastatrice est venue, bien entendu, sur le tapis. Après qu'il ait été convenu qu'un trait de peinture rouge recouvrant la partie métallique de la pique emboitant la hampe de bois, trait aligné sur une arête de la pyramide, obligerait le picador à présenter, au vu du public, la pyramide dans le bon sens, couleur blanche et donc face plane vers le haut, certains envisagèrent d'aller plus loin en revenant à des butoirs absolus comme le "citron", ce qui laissa tout le monde perplexe.

Pourtant, les 26 et 27 avril de cette même année 2008, de nombreuses associations d'aficionados réunies à Saragosse pour les "II° rencontres de aficionados" publiaient le 10 mai un "Decalogo de la suerte de varas", voir ici. "Campos y Ruedos" a publié dans son blog sa traduction en français, voir ici.

Un important alinéa du 3ème point de ce décalogue, inspiré par le critique taurin Péruvien, Fernando Marcet, aujourd'hui disparu, est à détacher :

"Modificar el diseño de la puya de modo que se pique sólo con la pirámide de acero; para ello habrá que poner una cruceta giratoria en la base de la pirámide o volver al uso del “limoncillo"
(Modifier le dessin de la pique de façon à ce qu'il soit piqué seulement avec la pyramide d'acier ; pour cela il faudra mettre un croisillon tournant à la base de la pyramide ou revenir à l'usage du "limoncillo").

Remarquons que, parmi les 69 personnes morales signataires d'un soutien à ce décalogue, figurent la Fédération des Sociétés Taurines de France ou encore des clubs taurins français comme "La brega d'Orthez" ou "Pour une tauromachie authentique 33".

Un croisillon tournant, pourquoi pas la pique de "Hache" ?

À gauche, dessin de cette pique avec butoir giratoire immédiatement sous la pyramide.

Antonio Fernández Heredia "Hache", a abondamment illustré son projet avec des dessins détaillés et des plans dans son livre, "Doctrinal Taurino", publié en 1904. Son croisillon giratoire devrait interdire toute pénétration profonde.

Cette pique n'a jamais été réellement utilisée mais la perspective de son utilisation ressurgit périodiquement tel un serpent de mer.
Fernando Marcet et les partisans du "Decalogo" l'ont remise en avant.

Je ne terminerai pas cette revue générale, sans mentionner une nouvelle proposition, la pique de "Curro Rivero" (image de droite) !

Le picador Francisco García Martín “Curro Rivero” a présenté, en décembre 2011, un modèle de pique de sa conception qu'il prétend avoir expérimenté.

Elle a les mêmes dimensions que la pique espagnole mais sa particularité est que la pyramide s'efface en rentrant dans le "butoir" dès que le croisillon vient en contact avec la peau du taureau.
"Curro Rivero" prétend qu'ainsi, quand elle a ouvert le chemin à la pénétration du faux butoir, son retrait instantané ne lui permet plus de percer, ni tailler, ce qui la rendrait beaucoup moins dévastatrice que la pique à pyramide fixe. Lire ses explications sur son blog.

L'utilisation de piques moins pénétrantes modifierait l'allure du premier tiers s'il s'accompagnait de rencontres plus brèves et plus nombreuses, compatibles avec un impact de la pique en avant du garrot. Ce qui est sans doute le point le plus important à respecter.

5 ) Et après ?

Il conviendrait, avant de poursuivre, de s’entendre sur la réponse qui est loin de faire l’unanimité à une question d’apparence simple : À quoi sert le premier tiers ?
Un aficionado pur et dur vous répondra sans hésiter : " à éprouver le taureau, à tester sa bravoure, sa puissance et sa force." J’avoue que je ne partage pas complètement ce point de vue. Le premier tiers permet, c'est indispensable, d’apprécier les qualités ou les défauts du taureau, ce qui inspire la stratégie du matador et permet aux spectateurs, non seulement d'admirer le taureau s’il le mérite, mais, dans tous les cas, de juger de la pertinence et de la qualité de cette stratégie.
Ceci convenu, ne nous voilons pas la face, la finalité majeure du premier tiers est, au vu et au su de tous, la seule façon admise et légale d’amoindrir le taureau. L’effet recherché est de réguler le port de sa tête et de le fatiguer juste assez, difficile dosage, pour qu’il s’économise en donnant par la suite des charges moins désordonnées et plus prévisibles. Cela seul devrait suffire à permettre une bonne lidia et interdire de frauduleuses manœuvres clandestines préalables : tromperies sur l’âge, afeitado, administration de drogues diverses …
Ne perdons jamais de vue que l’estocade est le but et le point culminant du combat et que tout ce qui la précède ne sert qu’à la préparer.
Le premier tiers est un des éléments fondamentaux de la course. Mais il doit être conduit avec art et toreria pour devenir l’un des grands moments attendus du spectacle et non, toléré comme un écœurant mal nécessaire.

Pour en revenir à la question posée par Alain Bonijol,  « Quand vous envisagez de restaurer le tercio de varas, à quel moment du passé vous référez-vous ? », la difficulté vient de ce que notre culture taurine et notre vision du premier tiers sont imprégnées de deux notions contradictoires, celle du mouvement et celle de l’immobilité.
Le modèle dynamique s’inspire de l’époque du XVIII° siècle où les varilargueros protégeaient leurs chevaux très mobiles en administrant des piques brèves et multiples. Ils devaient être à la fois excellents cavaliers, montés sur des chevaux réactifs, relativement légers, soigneusement dressés. Ils devaient être aussi parfaitement toreros, sachant prévoir le comportement des toros, capables d’aller les chercher et affronter dans tous les terrains de l’arène quand ils étaient mansos.
En France, Alain Bonijol et Philippe Heyral élèvent et dressent des chevaux orientés vers cette brillante tauromachie équestre.

Le modèle statique qui semble aujourd’hui dépassé, est tout en lourdeur. Il impose de lourds chevaux, équipés de lourds petos matelassés, montés par de lourds piqueros impassibles se laissant pousser jusqu’à prendre lourdement appui contre la barrière par des taureaux braves ou, plus souvent, bravitos et faibles. Impossible de piquer dans le morrillo car, neuf fois sur dix, la pique tombe sur l’arrière du dos de l’animal quand sa nuque est déjà enfouie dans le peto.
La fatigue des muscles du cou est ici obtenue, non par l’effet des piques mais, avec une redoutable efficacité, par les terribles efforts auxquels sont soumis ces muscles pour bouger, bousculer, soulever, en disposant d’un bras de levier de très faible amplitude, un groupe équestre de plus de 600 kg. Même le fameux « il faut mettre les cordes pour faire saigner le taureau » prend ici un intérêt bien secondaire. Dès lors pourquoi briser ses os, léser ses nerfs ou percer sa plèvre par de profonds puyazos dans le dos ou tombant sur ses flancs, au risque de le rendre invalide et inutilisable au troisième tiers ? Pourquoi les maestros et en particulier ceux du défunt "G10" n'entendent-il pas les pertinentes observations des vétérinaires à cet égard ? C'est complètement incompréhensible.

Dans tous les cas, il apparaît nécessaire d’utiliser des piques moins pénétrantes :

  • Une pique plus courte facilite la brièveté et la répétition de piques portées en avant du garrot.
  • Une pique encore plus courte, cette fois-ci limitée à la stricte pénétration de la pyramide, provoquerait moins de lésions invalidantes quand l'utilisation du peto comme "outil pour fatiguer le taureau" s'accompagne de piques portées en arrière.

6 ) L'indispensable recours aux vétérinaires

Constatons que jusqu’ici, mise à part l’obligation du caparaçon qui répondait à une volonté bien précise et qui fut précédée d'essais, toute modification intéressant le tercio de varas dans quelque règlement que ce soit a toujours procédé de l’empirisme et de l’arbitraire.
Pour prendre un exemple relativement récent, sur quoi, sur quelles constatations, sur quelles études et expertises, se sont appuyés les rédacteurs du règlement andalou de 2006 pour décider de réduire de 3 mm la longueur des arêtes de la pyramide et de 1cm la longueur du cylindre plus ou moins encordé qui lui fait suite ?

Comme l’ont fait récemment remarquer les sages de l’ANDA, il est urgent que le Règlement Taurin Municipal Français mette fin à cette prolifération anarchiques des modèles de pique actuellement utilisés. Pour définir un modèle de pique unique et règlementaire, l’UVTF doit s’appuyer sur l’expertise des vétérinaires taurins qui sont tout disposés à accomplir cette mission pour peu qu'elle leur en donne les moyens.

D’après ces vétérinaires, l’endroit où le taureau est piqué est encore plus important que les dimensions de la pique.
Le Docteur Vétérinaire Yves Charpiat a très aimablement accepté de nous apporter son précieux éclairage sur ce point en nous autorisant à publier son article intitulé : " La localisation des Piques lors de la SUERTE de VARAS et ses conséquences"

Un autre aspect important du tercio de varas, que je n'ai pas abordé jusqu'ici, intéresse le travail équestre du picador-torero. Comment doit-il recevoir le taureau ? Comment doit-il lui donner la sortie et mettre fin à la pique ? Quelles manœuvres doit-il s'interdire ?
Les deux dessins ci-dessous sont de Georges Lestié, ils illustrent le livre de Claude Popelin, "Le taureau et son combat" publié en 1952.

Le schéma de gauche illustre ce que professait "Pepe-Hillo" en 1796: " Le picador doit se trouver face au terrain qu’occupe le taureau et il doit planter la pique dans le morrillo, empêchant ainsi le contact avec le cheval, qu’il guide en même temps vers la gauche afin de laisser le taureau en position parallèle à l’encolure du cheval "
Claude Popelin légende ce schéma en indiquant qu'il s'agit de l'"Ancienne façon de piquer..." Dans son commentaire il accuse "Guerrita" d'avoir fait transposer dans l'arène la manière de piquer en tienta en citant avec le cheval parallèle à la barrière et perpendiculaire au taureau, comme sur la figure de droite. Ensuite le cavalier imprime au cheval un mouvement tournant (carioca) dans le sens des aiguilles d'une montre pour enfermer le cheval et prolonger la durée de la pique. Il désigne ce procédé comme, "Pique moderne avec le cheval de flanc suivie d'une carioca." Il est bien certain que nous ne voyons jamais ce qu'illustre la figure de gauche mais très souvent, malheureusement, ce qui correspond à la figure de droite.
Dans le premier cas, le cheval est maintenu hors d'atteinte des cornes, la pique est très brève et devra être répétée plusieurs fois.
Dans le deuxième cas, tête du taureau dans le peto, sortie obstruée, la pique peut être longuement prolongée et une seule peut largement suffire.

Jean-Jacques Dhomps

Le Dr Charpiat nous a encore autorisés à reproduire un de ses articles, intitulé, "Une pique dans les règles" où il explique, déroulé photographique à l'appui, comment il est possible de piquer dans le morrillo en permettant que les cornes du taureau viennent en contact avec le peto, tout en maîtrisant et dosant la durée de la pique. Autrement dit, le Dr Charpiat montre qu'il est possible de piquer avec mobilité, de manière "moderne", en respectant les règles, l'éthique et l'intelligence du tercio.

Nous le remercions vivement et sommes très heureux de publier ses deux très précieuses contributions en parallèle, liens ci-dessous.

Ceux qui liront ces articles et qui souhaiteront poursuivre un débat sur ce sujet des piques, sont invités à le faire sur notre Forum.

 

28 novembre 2012

La localisation des Piques lors de la SUERTE de VARAS
et ses conséquences

Un peu d’Histoire

  • En 1796, Pepe Hillo écrivait dans sa Tauromaquia : « Le picador doit se trouver face au terrain qu’occupe le taureau et il doit planter la pique dans le morrillo, empêchant ainsi le contact avec le cheval, qu’il guide en même temps vers la gauche afin de laisser le taureau en position parallèle à l’encolure du cheval ».
  • Tous les Règlements Taurins jusqu’à celui de 1917 compris indiquent que le lieu où il faut piquer est le morillo et, jusqu’au début du 20ème siècle, toute pique donnée plus en arrière, et notamment dans la cruz, valait à son auteur une forte amende, voire de l’emprisonnement…
  • Depuis l’introduction du caparaçon en 1930, l’emplacement de la pique n’est plus précisé dans les Règlements, et il a nettement évolué vers l’arrière, pourtant sans raison logique.
  • En effet, le but essentiel de la pique, même s’il a quelque peu changé, et sans parler de l’intérêt de juger de la force du taureau,  reste de lui faire baisser la tête, lui interdisant des mouvements trop brusques, mais en le laissant apte à la faena de muleta.

Un peu d’Anatomie


Squelette du toro

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Comme tout bovidé, le taureau de combat n’a pas de clavicule. Les deux extrémités des membres antérieurs sont donc reliées au tronc uniquement par des muscles et c’est l’endroit où ces muscles se réunissent que l’on appelle la cruz, emplacement idéal de l’estocade, mais pas de la pique comme nous allons le voir…
  • En avant de la cruz se trouve le morrillo, masse musculaire qui correspond au bord dorso-supérieur du cou et qui va de la nuque à l’avant des omoplates.. Les muscles qui le composent sont uniquement des muscles extenseurs du cou ou élévateurs de la tête.
  • En arrière de la cruz, il n’y a plus de muscles sous le cuir pour protéger la colonne vertébrale et la moelle épinière.

Les Lésions et leurs Conséquences [1]

* En avant de la cruz   (I)

  • dans le morrillo :  Section des muscles trapèze et rhomboïde cervicaux. D’autres muscles releveurs de la tête sont situés plus en profondeur. Pour que la pique les atteigne (la profondeur moyenne de la lésion fait tout de même plus de 15 cms…), il convient en fait de piquer dans la partie arrière du morillo, juste en avant de la cruz. C’est l’endroit préconisé de tous temps.
  • sur les côtés du morrillo :   les muscles lésés ne sont qu’accessoires, alors qu’on risque en revanche de provoquer des fêlures, voire des fractures, des omoplates.

*  Dans la cruz  (II)

                        Les lésions intéressent des zones osseuses, vasculaires et nerveuses très sensibles. Le taureau baissera la tête, mais à cause d’une véritable « luxation » des muscles qui relient les membres antérieurs au tronc, qui va également laisser l’animal plus ou moins impotent, bien que sans boiterie.

*Tombée au niveau de la cruz

                        Ce ne sont plus les muscles qui seront lésés, mais les cartilages de conjugaison des omoplates, provoquant obligatoirement de graves boiteries.

*En arrière de la cruz   (III)

                        La pique atteint la colonne vertébrale et donc la moelle épinière, altérant la propulsion et la motricité arrière.

*En arrière de la cruz et tombé

                        Perforation de la plèvre et troubles respiratoires.

Conclusion

Pour des raisons anatomiques, et en respectant le but initialement recherché, il convient donc de piquer dans la partie arrière du morrillo.
Un autre raison à cette localisation est que l’hémorragie consécutive y est moins intense qu’ailleurs, la plaie de pénétration se refermant plus vite grâce à la pression des plans musculaires à cet endroit très développés.
Il convient cependant de noter que la perte de sang, comprise entre 1,5 et 2,5 litres, est très modérée (5%) pour un animal de 500 kilos qui en a environ 37 litres. (A titre de comparaison, cela correspond proportionnellement à la moitié du volume habituellement prélevé à un donneur de sang : 400 ml pour 4 litres, soit 10%)
Contrairement à l’idée couramment répandue, l’hémorragie ne met donc pas l’intégrité du taureau en danger, et encore moins sa vie.
Et le dicton « no hay buena puya sin sangre hasta la pesuna », même s’il n’est pas forcément justifié, est toujours d’actualité.

Yves CHARPIAT

Docteur vétérinaire

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 [1] N.D.L.R. Les autopsies pratiquées dans les arènes de Madrid sur 90 taureaux, lors de la San Isidro 1998, par les docteurs vétérinaires Julio Fernández Sanz et Juan Villalón González-Camino confirment tout à fait l'analyse du Dr Charpiat. D'assez nombreux blogs comme "Toros , toreros y afición" diffusent leur compte-rendu. Il s'en trouve ici une traduction.

                                                                                                   

 

28 novembre 2012

UNE PIQUE DANS LES RÈGLES :

On y voit le picador respecter parfaitement les règles du tercio de piques moderne, mettant en valeur le toro, sans tricher, piquant au bon endroit et laissant la sortie à son adversaire. Ces photos ont été prises lors de la première pique donnée par Gabin Rehabi, qui monte un cheval de la cuadra Heyral, face à Poléo, troisième toro de la corrida de Victorino Martín à Dax le 14 août 2010. Le tout dure moins de vingt secondes.

 

PHOTO 1
Le picador est en attente. On voit nettement que le cheval fait un angle d’environ 60° avec le premier cercle, offrant ainsi son épaule et non son flanc au toro. La hampe est tenue un peu en arrière de sa moitié.

 

 

 

 

 

 

PHOTO 2
Le toro s’est élancé. Le picador a fait amorcer une rotation vers la gauche au cheval afin d’amortir le choc de la rencontre avec le toro. La hampe est tenue à hauteur de son quart arrière. On note que les deux yeux du cheval sont masqués, le règlement de l’UVTF étant muet à ce sujet. Mais le règlement espagnol, qui prévoit que seul l’œil gauche doit être masqué, n’est plus respecté nulle part, pas même à Madrid.

 

 

PHOTO 3
C’est le moment de la rencontre entre le toro et le cheval. Le picador tire sur la rêne droite pour interdire au cheval de pivoter à gauche le temps de placer sa pique. Sous le choc, la hampe a reculé et la main du picador est maintenant en son milieu.

 

 

 

 

 

PHOTO 4
Le picador a détendu la rêne droite et, sous la poussée du toro, le cheval pivote vers les planches. Le picador maintient sa pique en place, sans « pomper ». On voit que la puya est parfaitement placée à l’endroit préconisé : la base du morrillo.

 

 

 

 

 

PHOTO 5
Le toro poursuit son effort, en « mettant les reins », et continue de faire tourner le cheval dont l’antérieur droit est légèrement soulevé. La puya est toujours bien en place, et le picador maintient la pression.

 

 

 

 

 

PHOTO 6
On voit sous un autre angle la position idéale de la puya : proche de l’axe vertébral, entre la chute du morrillo et la ligne des omoplates. Le picador tire maintenant la rêne gauche pour accélérer le mouvement de rotation afin de ne pas enfermer le toro entre le cheval et la talenquère.
(Il convient ici de ne pas confondre le passage normal mais bref du toro entre le cheval et les planches, la rotation se faisant dans le sens inverse aux aiguilles d’une montre, avec la « carioca », manœuvre frauduleuse qui vise à enfermer le toro pour le châtier sans lui laisser de possibilité de sortie en faisant pivoter le cheval vers la droite.  Rappelons cependant que la carioca reste néanmoins une manœuvre indispensable lors du combat d’un toro manso,  ce qui devrait conduire l’aficionado à moduler son jugement en fonction des conditions de l’animal.)

 

 

PHOTO 7
L’encolure du cheval est toujours déviée vers la gauche, diminuant la résistance à la poussée du toro qui peut toujours continuer d’exprimer sa bravoure authentique : son frontal n’a jamais quitté le caparaçon tandis que le picador continuait de piquer de manière uniforme.

 

 

 

 

PHOTO 8
Le cheval a achevé une rotation complète. Le picador a aussitôt relevé la pique et relâché sa pression, sans effectuer les mouvements de haut en bas aussi inutiles que crapuleux que l’on observe parfois. Le toro est ainsi « libéré ».

 

 

 

 

Cette pique donnée dans les règles n’a que des avantages : elle ne mutile pas le toro qui reste apte à une seconde rencontre et garde sa mobilité pour les autres tercios, et elle révèle son caractère. Et le picador n’est plus la méchante brute honnie par le public, mais au contraire il devient le cavalier applaudi pour sa dextérité. Que les matadors – car ce sont bien les matadors qui donnent les ordres – lui  préfèrent souvent l’ignoble monopique assassine et crapuleuse reste un mystère pour moi.

 

Commentaires : Yves CHARPIAT              Reportage photo : Francis PASCAL

(Article paru en février 2011 dans le numéro 27 de la revue TOROMAG :
Toro-Cultures, BP 19 – 33850 LEOGNAN)

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