Antonio Purroy est professeur titulaire de la chaire de production animale à l'École technique supérieure d'ingénieurs agronomes de l'Université publique de Navarre, dont il est Vice-recteur, membre de la Comisión Nacional Evaluadora de la Actividad Investigadora (CNEAI), organisateur des Jornadas sobre el toro de lidia, qui se tiennent tous les deux ans à Pampelune depuis 1998.

Jesus Miguel Reta Azcona, né à Pampelune est ingénieur technique agricole attaché à l'Instituto Tecnico de Gestion Ganadera. Il est connu pour son projet de réhabilitation de la casta navarra disparue des arènes depuis un siècle mais qui doit sa survie à l'utilisation de ses produits dans les courses de rue. Initié en 1997, son élevage se situe en Navarre à Yerri-Grocin. Après les nécessaires opérations d'identification des rames, la création du Registre de Contrôle Généalogique et la sélection il présente sa première corrida en juillet prochain à Céret où l'ADAC a accepté une expérimentation aficionada totalement inédite. Miguel Reta est aussi connu pour son rôle de pastor lors des encierros de Pampelune.

Antonio Purroy et Miguel Reta évoquent ici « une évidence » qui mérite d'être mieux prise en compte, l'incontournable synergie entre toutes les pratiques et cultures en lien avec le taureau, les TAUROMACHIES UNIVERSELLES.

Merci à Jean François COSTES pour la traduction

 

DEUX TAUROMACHIES JUMELLES

Peu de gens réfléchissent à la grande richesse de la Tauromachie, qui dispose de deux branches : la tauromachie classique, en combat ordinaire et la tauromachie populaire avec des spectacles dans les rues et les places. Aucune des deux n’est plus importante que l’autre et les deux ont coexisté au cours de l’histoire et se sont nourries mutuellement. Elles doivent continuer à cheminer ensemble car les deux se soutiennent et ont besoin l’une de l’autre.

Ceux qui pratiquent activement ces tauromachies, toreros, « coureurs d’encierro » ou « recortadores », se sentent artistes, chacun à leur façon ; tous exposent leur vie et veulent créer un art par leur propre plaisir et le divertissement des spectateurs. Souvent, pour soutenir l’une d’entre elles, on ignore l’autre.

Les « animaux » que l’on utilise dans les deux tauromachies sont de même origine : le groupe de toros de combat, produits par les éleveurs de « bravo » pour la charge instinctive qui les caractérise quand on les provoque. La méthodologie est la même : sélection de futurs étalons et de vaches mères parmi les fils des meilleures reproductrices, qui doivent prouver leur bravoure au cours de la « tienta » ; et qui de plus ont le devoir de transmettre cette même bravoure à leur progéniture. La tienta » avec picador en tant qu’épreuve fondamentale est le véritable laboratoire de la bravoure.

Un fait est totalement acquis : si la tauromachie classique n’existait pas, son homologue populaire ne pourrait exister. Car l’élevage du toro « bravo » disparaitrait du « campo » et des pâturages. Ainsi, les « animaux » pour les deux types de spectacles bénéficient du même type d’élevage. On peut constater qu’aujourd’hui, les éleveurs de toros braves ont trouvé un complément de ressources appréciable grâce à la vente d’ »animaux» pour les spectacles de rues et de places. Ces derniers s’enorgueillissent de pouvoir disposer de toros de « trapío » et bravoure provenant des élevages réputés durs et parmi le plus prestigieux.

Ne perdons pas de vue que l’origine des spectacles de rues en Espagne se trouve dans les « encierros » des toros qui vont depuis l’extérieur des villes et villages jusqu’aux arènes où ils seront combattus en corrida classique ou traditionnelle. Le meilleur paradigme, bien que détourné de sa conception originelle, est l’ «Encierro de Pamplona » qui a obtenu une médiatisation inattendue en seulement deux ou trois décennies. Que l’on ne pense pas que ces « encierros » puissent persister s’il n’y avait pas de corridas l’après-midi. La Feria de Pampelune a acquis sa réputation parce que l’ »Encierro » existe et celui-ci n’aurait pas cette importance si l’on ne « courait » pas les toros qui doivent être combattus l’après-midi : soit « bonnet blanc et blanc bonnet » ; ceci est un exemple frappant de combien les deux tauromachies sont dépendantes l’une de l’autre.

L’origine de la divergence – tauromachie classique ou tauromachie populaire ? – réside une fois encore dans le syndrome des deux Espagne. Au-delà de cette aberration, il s’agit d’une erreur majeure qui porte préjudice à la Tauromachie dans son ensemble. Seule l’union permettra de lutter avec détermination contre les intransigeants qui ne connaissent ni ne respectent les ressentis ni l’histoire de notre peuple.

On retrouve ce phénomène également dans les autres pays taurins où la tauromachie populaire jouit d’un grand prestige. Il suffit de regarder les deux pays voisins dans lesquels on donne des spectacles taurins. Au Portugal, les « forcados » et les toros dans les rues ont une importance particulière, tout comme les corridas présentes aux Açores. En France, avec la course landaise (Sud-Ouest) et la course camarguaise (Sud-Est), les deux formes de tauromachies persistent en parfaite harmonie.

Les bons aficionados doivent s’opposer à la séparation des deux tauromachies, car ils les aiment pareillement ; et aussi qu’ensemble on défend mieux la « Fiesta » attaquée par l’ignorance, le rejet de la tradition et tout ce qui représente la tauromachie au XXIème siècle, en Espagne et aussi ailleurs dans le monde.

 

DOS TAUROMAQUIAS HERMANAD

Pocos se paran a reflexionar sobre la gran riqueza que posee la Tauromaquia, con dos vertientes bien distintas pero complementarias: la tauromaquia clásica de lidia ordinaria y la tauromaquia popular con festejos en calles y plazas. Ninguna de las dos es más importante que la otra y ambas han coexistido a lo largo de la historia y se han retroalimentado mutuamente. Tienen que seguir caminando juntas, porque ambas se apoyan y se necesitan.

Los que participan activamente en estas tauromaquias, toreros y corredores o recortadores, se sienten artistas, cada uno a su manera, todos exponen su vida y procuran crear arte para su propio goce y divertimento de los espectadores. Muchas veces, desde dentro, para apoyar a una de ellas se ningunea a la otra.

El ganado que se utiliza en ambas tauromaquias tiene el mismo origen: la agrupación racial de lidia, animales producidos por los ganaderos de bravo para el cometido de responder con fiereza cuando se les provoca. La metodología de selección es la misma: elección de los futuros sementales y de las vacas madres de entre los hijos de los mejores reproductores, que tienen que mostrar su bravura en la tienta y además tienen que transmitirla a sus descendientes. La tienta con la suerte de varas como prueba fundamental es el verdadero laboratorio de la bravura.

Hay un hecho que es totalmente cierto: si no existiera la tauromaquia clásica no podría existir la tauromaquia popular, porque desaparecería la cría del ganado bravo de campos y dehesas. Los animales para ambos tipos de festejos tienen la misma forma de cría. Es constatable que, en la actualidad, los ganaderos que crían toros para la lidia ordinaria han encontrado un gran alivio económico en la venta de animales para los festejos populares en calles y plazas. Los festejos populares se sienten orgullosos de disponer de toros con trapío y bravura procedentes de las ganaderías duras más prestigiosas.

No hay que perder de vista que el origen primario de los festejos populares en España se encuentra en el encierro de las reses desde extramuros de ciudades y pueblos hasta las plazas donde iban a ser lidiados al estilo clásico o tradicional. El mayor paradigma actual aunque desvirtuado de su concepción original es el Encierro de Pamplona, con una repercusión mediática insospechada hace tan solo dos o tres décadas. Que nadie piense que estos encierros se iban a celebrar en la actualidad si no hubiera corrida de toros por la tarde. La Feria del Toro de Pamplona ha adquirido tanta relevancia por existir el Encierro y este no tendría la importancia que tiene si no lo corrieran los toros que se van a lidiar por la tarde: “tanto monta, monta tanto”, este es un ejemplo rotundo de cómo se necesitan ambas tauromaquias.

En la raíz de esta disyuntiva -¿tauromaquia clásica o tauromaquia popular?- se encuentra una vez más el síndrome de las dos Españas. Además de ser una aberración técnica, es un grandísimo error que perjudica a la Tauromaquia en su conjunto. Sólo la unión permitirá luchar con determinación contra los intransigentes que no conocen y no respetan los sentimientos y la historia de nuestro pueblo

Y lo mismo ocurre en el resto de países taurinos, donde también la tauromaquia popular tiene una gran relevancia. Basta con echar un vistazo a los dos países vecinos donde se celebran fiestas con toros. En Portugal son muy importantes los forçados en el ruedo y los toros por las calles, especialmente, los toros ensogados en las islas Azores. En Francia con la corrida landesa (Sud-Ouest) y la corrida camarguesa en la región de la Camarga (Sud-Est), las dos tauromaquias conviven en perfecta armonía.

Los buenos aficionados no tienen que permitir el divorcio entre ambas tauromaquias, porque las aman por igual y porque juntos se defiende mejor la Fiesta de quien la ataca por ignorancia y por odio a la tradición y a lo que representa la tauromaquia en el contexto del siglo XXI, no solo en España, sino en otros lugares del mundo.